Vaste coup de filet à Hong Kong contre l’opposition pro-démocratie

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Une cinquantaine d’opposants hongkongais, dont certaines figures célèbres comme James To, Andrew Wan et Lam Cheuk Ting, ont été arrêtés mercredi en vertu de la nouvelle loi de sécurité nationale, la plupart pour des accusations de “sédition”. Un avocat américain figure parmi les personnes arrêtées dans ce vaste coup de filet.

Une cinquantaine de figures de l’opposition pro-démocratie ont été arrêtées mercredi 6 janvier à Hong Kong au nom de la récente loi sur la sécurité nationale, dans le plus grand coup de filet mené en vertu de ce texte drastique imposé par Pékin.

Les autorités chinoises ont engagé en 2020 une reprise en main musclée de l’ex-colonie britannique, un an après une mobilisation populaire sans précédent dans ce territoire semi-autonome depuis sa rétrocession en 1997. Et ces interpellations, dont beaucoup sont liées aux primaires organisées par l’opposition l’été dernier, en sont une nouvelle illustration.

Plusieurs personnalités et partis d’opposition ont confirmé sur Twitter et Facebook au moins 21 arrestations, la plupart pour des accusations de “sédition”. Deux sources haut placées au sein de la police ont, sous couvert de l’anonymat, fait état d'”environ 50″ interpellations menées par l’unité chargée d’enquêter sur les infractions relevant de la loi sur la sécurité.

Le domicile de Joshua Wong perquisitionné

L’opération a visé d’ex-parlementaires pro-démocratie comme James To, Andrew Wan et Lam Cheuk Ting, mais aussi des militants plus jeunes. Parmi ces derniers, deux ont confirmé leur propre arrestation via Facebook : Gwyneth Ho, une ancienne journaliste de 30 ans passée dans le militantisme, et Tiffany Yuen, une conseillère de district de 27 ans. Des proches de Joshua Wong, l’un des visages les plus connus de la mouvance pro-démocratie, actuellement incarcéré, ont affirmé sur son compte Facebook que son domicile avait été perquisitionné.

L’Américain John Clancey, avocat chez Ho Tse Wai and Partners, un cabinet engagé sur les dossiers relatifs aux droits de l’Homme, a lui aussi été interpellé sous des accusations de “subversion”, selon des sources proches du dossier, ce qui a été confirmé de source policière sous couvert de l’anonymat.

Ce coup de filet a été rapidement condamné par Antony Blinken, l’homme choisi par le président élu américain Joe Biden pour diriger sa diplomatie et qui a dénoncé une “attaque contre ceux qui défendent courageusement les droits universels”. “L’administration Biden-Harris se tiendra aux côtés du peuple de Hong Kong et contre la répression de la démocratie par Pékin”, a-t-il promis. L’opération de police a aussi ciblé les médias : trois groupes de presse – Stand News, Apple Daily et Inmediahk – ont dit avoir reçu la visite de policiers.

De son côté, la police de Hong Kong n’a officiellement répondu à aucune question sur ce coup de filet, qu’il s’agisse du nombre de personnes arrêtées ou des chefs d’accusation. Mais des personnalités pro-démocratie ont déclaré que ces arrestations étaient liées aux primaires organisées en juillet par l’opposition avant les législatives qui étaient prévues en septembre.

“Grave provocation”

Ces élections, au cours desquelles l’opposition entendait capitaliser sur la popularité de la mobilisation de 2019, ont été reportées d’un an par le gouvernement au prétexte de l’épidémie. Le but des primaires était d’éviter un éparpillement des votes de l’opposition et de désigner les 35 candidats qui brigueraient ceux des sièges du Conseil législatif (Legco, le parlement local) qui sont attribués au suffrage universel. Les autres sont attribués selon un système alambiqué qui garantit presque à coup sûr la majorité au bloc pro-Pékin.

L’opposition espérait rafler les 35 sièges en question, et être ainsi pour la première fois majoritaire dans la législature, afin de constituer un contre-pouvoir réel à l’exécutif hongkongais qui est aligné sur Pékin. La Chine avait présenté ces primaires comme une “grave provocation” et affirmé que faire campagne pour prendre le contrôle du parlement pouvait relever de la “subversion”, au nom de la loi sur la sécurité nationale qui était entrée en vigueur le 30 juin.

La loi sur la sécurité nationale a été imposée par Pékin, sans discussion au LegCo, pour répondre à la crise politique de 2019, quand Hong Kong avait pendant des mois été le théâtre de manifestations quasi quotidiennes, et parfois violentes, contre les ingérences de la Chine. Les critiques de cette loi la présentent comme le dernier clou sur le cercueil de la semi-autonomie hongkongaise, pourtant théoriquement garantie jusque 2047 dans le cadre du principe “Un pays, deux systèmes” qui avait présidé à la rétrocession.

Les autorités avaient initialement assuré que la loi ne viserait qu’une “extrême minorité”. Mais elle a très vite été invoquée pour étouffer la dissidence et criminaliser l’expression de certaines opinions politiques.

 

Avec AFP

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