Hereba Soumana Kouyaté, co-fondateur de la plateforme Hope For Mali : “Hope For Mali est une application qui met en relation les coopératives d’agriculteurs et des investisseurs …”

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Battant et très engagé dans la promotion de l’entreprenariat-jeune, Hereba Soumana Kouyaté est le directeur général de l’agence de voyage “Hereba Voyage”, manager général et co-fondateur de la plateforme “Hope For Mali”. Il a bien voulu nous accorder une interview, dans laquelle il fait état de son application “Hope For Mali” en précisant notamment comment elle fonctionne, les difficultés rencontrées lors de sa mise en place et enfin comment il aperçoit le développement de l’économie numérique au Mali, dans les années à venir.   

Aujourd’hui-Mali : Parlez-nous de la plateforme Hope For Mali ?

Hereba Soumana Kouyaté : La plateforme Hope for Mali a été créée en fin 2017 par trois co-fondateurs, à savoir Abdoulaye Sall, Kola Cissé et moi-même, Heraba Soumana Kouyaté. C’est une jeune plateforme qui met en relation des coopératives d’agriculteurs qui ont des terres et qui sont en besoin de financement à des particuliers qui veulent investir dans l’agriculture, en achetant des actions agricoles. Elle a pour objectif de faciliter l’accès à l’investissement aux différents porteurs de projets agricoles. Elle est accessible via www.hopeformali.org.

De quel constat est venue la volonté de lancer cette plateforme ?

Nous nous sommes lancés dans cette aventure depuis fin 2017. Au départ, nous avions comme pour but de vouloir financer tous les secteurs d’activité parce que nous avons constaté, qu’au Mali, le problème majeur des entrepreneurs était le financement. Avec les conseils de nos mentors, nous avons vu que partir avec tous les secteurs d’activité n’est pas évident et là nous avons décidé d’aller avec le secteur de l’agriculture parce que le problème le plus récurent au Mali est l’agriculture.

D’abord, il y a un accès difficile à l’argent parce que ce secteur n’est pas supporté par les banques, ensuite il y a la méconnaissance des techniques agricoles parce que nous n’allons pas seulement se limiter à la mise à disposition du financement. Nous voulons aussi assister les agriculteurs en leur offrant de meilleures techniques et outils agricoles que nous appelons les Smartfarming, c’est-à-dire les technologies qui permettront d’améliorer la productivité, le rendement et d’anticiper sur les intempéries de la saison. Et le dernier élément est le plus important parce qu’après avoir eu le financement, être formé aux nouvelles techniques, il y a le problème du marché qui se pose, c’est-à-dire il va falloir couler les produits et Hope For Mali, via toujours la plateforme, donne accès à nos agriculteurs à une plateforme de E-commerce agricole sur laquelle depuis au niveau de leurs champs, ils pourront vendre directement leurs produits aux consommateurs, sans intermédiaire. Donc, c’est après avoir constaté ces différents problèmes que nous avons décidé de mettre en place cette plateforme dénommée Hope For Mali. Par rapport au financement, Hope For Mali est comme un facilitateur qui met en relation des porteurs de projets agricoles à des investitures potentiels. La particularité de Hope For Mali c’est qu’elle est facile à utiliser par tous.

Comment fonctionne cette application ?

Pour pouvoir utiliser la plateforme, il suffit seulement de taper Hope For Mali sur Google et cela va vous donner un lien qui va vous diriger vers la plateforme. Il y a une fiche d’inscription qui va s’afficher. Via cette fiche, vous pouvez facilement ouvrir votre compte. Il y a deux types de comptes sur Hope For Mali. Il s’agit d’un compte pour les porteurs de projets agricoles et un autre compte pour les investisseurs qui sont à la recherche de différents projets.

Le projet soumis à notre plateforme sera suivi d’une évaluation parce qu’au sein de Hope For Mali, il y a un comité d’experts qui évalue et ensuite valide les projets des postulants. Le processus de validation varie de 5 à 7 jours. Une fois le projet validé, nous allons poster le projet du porteur sur la plateforme et envoyer un message de feedback à tous nos investisseurs, comme quoi tel projet est disponible. Les actions ont une durée de 6 à 12 mois et l’investissement minimum est 5000 Fcfa. C’est-à-dire qu’à partir de 5000 Fcfa, vous pouvez investir dans n’importe quel projet que vous souhaitez.

Après son lancement, la plateforme Hope For Mali a-t-elle rencontré du succès ?

Nous pouvons dire oui et non. D’abord, je commence par non parce que nous ne pouvons pas dire que nous sommes officiellement lancés parce que de 2017 à aujourd’hui, il faut savoir que nous avons eu le temps, nous avons eu le feedback nécessaire de pouvoir nous développer. Comme vous le savez, le monde de la finance n’est pas évident, il y a assez de barrières qui sont là, mais c’est des challenges que nous allons évidemment surpasser. Vous savez, nous espérions avoir plus d’appui de la part des institutions financières et particulièrement celles de la microfinance. Ensuite, il n’y a pas cet environnement que le gouvernement a mis en place pour notre type de projet parce que nous sommes fiers de le dire, nous sommes la première plateforme au Mali qui fait du financement participatif 100% agricole et 100% malien.

Je dis oui parce que nous avons atteint notre objectif, c’est-à-dire nous sommes aujourd’hui reconnus par le gouvernement du Mali. Grace à la Chambre de commerce et l’industrie du Mali (Ccim), nous avons eu un stand au niveau de la Foire d’exposition de Bamako (Febak) où nous avons passé deux semaines. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons pu recenser sur Hope For Mali plus de dix coopératives d’agriculteurs de femmes.

Avez-vous rencontré des difficultés dans la création de cette application ? Si oui, lesquelles ?

Dans notre équipe, nous n’aimons pas le mot difficulté. Nous ne disons pas difficulté, mais challenge. Nous disons que les difficultés font partie du travail. Par ailleurs, d’une manière générale, il y a le problème de ressources humaines parce qu’il faut le dire, le digital est un monde qui n’est pas encore très connu au Mali. Donc, souvent, nous avons besoin de développeurs et de programmeurs pour nous compléter afin d’être plus efficaces dans le travail, mais souvent ce n’est pas évident.

Par exemple pour cette plateforme, il nous a fallu faire appel à un développeur aux Etats-Unis qui est très qualifié parce que, qui parle de l’argent, parle forcément de sécurité. Jusqu’à présent, nous sommes là, nous sommes débout et les difficultés sont des challenges pour nous.

Pensez-vous que l’économie numérique peut-être un moteur pour le développement du pays ?

Vous savez, il y a eu plusieurs cycles de développement dans le monde. Après le développement industriel, nous sommes dans cette phase qui est le développement technologique et je crois que la technologie, que cela soit dans le domaine de la médecine, de la juridiction à n’importe quel type de domaine, le digital à sa place. J’oser de le dire, la technologie a vraiment favorisé l’expansion de la mondialisation. Nous pouvons citer le Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) comme exemple. Ces industries contrôlent le monde actuellement.

Comment voyez-vous le développement de l’économie numérique au Mali dans les prochaines années ?

Depuis 2016, nous avons constaté un boom des startups au Mali. La jeunesse commence déjà à regarder ailleurs et comprendre que le digital est le moyen qui permettra réellement de créer de l’emploi pour la jeunesse, parce que c’est un secteur à corps vierge.

Nous pouvons également dire que depuis 2017, le gouvernement commence à s’impliquer dans ce secteur à travers MalistartUp Tech Falls Days du ministère de l’Economie numérique. Je peux dire que les autorités commencent peu à peu à s’intéresser à ce domaine. Nous leur demandons de fournir encore d’effort parce que dans un pays où le forfait et l’accès à l’internet n’est accessible à tout le monde, ce n’est pas facile.

Pour finir, avez-vous un message à transmettre aux jeunes entrepreneurs maliens qui hésitent peut-être encore à lancer leur propre startup ?

D’abord, je conseille les jeunes entrepreneurs maliens qui veulent lancer leur propre startup de se former, d’être pédagogues. Vous savez, il y a une illusion qui se créait autour de l’entreprenariat qui est la passion et l’amour de la chose. Je pense à beau avoir l’amour ou la passion sans pédagogie vous n’allez pas loin.

A mon avis, tout jeune qui a une idée, qui est convainquant, qui est courageux pourra réussir sa vie dans le domaine de l’entreprenariat et pour cela il faut se former, s’entourer de bonnes personnes et ne pas hésiter à s’associer parce que dans le monde de l’entreprenariat, c’est seulement en s’associant qu’on arrive à devenir ce que nous souhaitons être.  J’invite tous les jeunes à prendre le flambeau, le Mali compte sur chacun de nous tous.

  Réalisé par Mahamadou TRAORE   

 

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