Ibrahima Sangho, pool d’observation citoyenne du Mali (POCIM) : “Il faut aller aux élections quoi qu’il en soit”

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Le chef de mission du Pool d’observation citoyenne du Mali (Pocim), Ibrahim Sangho, dans l’interview ci-dessous affirme qu’il faut coûte que coûte aller aux législatives malgré beaucoup d’imperfections.

Mali Tribune : Quelles sont les nouvelles attentes de configuration d l’Assemblée nationale nouvelle ?
Ibrahima Sangho :
Pour les législatives de 2020, il y’a beaucoup d’attentes non comblées à ce jour, d’abord le nombre de députés à élire n’est pas inscrit dans le décret de convocation du collège électoral.
Ce nombre est fait à partir de la loi organique de 2002 qui fixe le nombre des représentants à l’Assemblée nationale. Selon cette loi, les 147 députés ont été obtenus à partir du réensemencement administratif de 1996. En ce moment la population du Mali était de 9 800 000 d’habitants. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 20 millions d’habitants mais le nombre n’a pas changé. Quelque part le peuple malien n’est pas représenté comme il le faut au sein de l’Assemblée nationale. C’est un premier défi important qui n’a pas pu être relevé par les députés. Ça veut dire que durant tous les deux reports, les parlementaires n’ont même pas travaillé à changer la loi organique pour répondre aux défis des législatives de 2020.
Le deuxième défi est lié à la loi de mars n° 2012 qui a créé les circonscriptions administratives. La loi a défini les 19 régions à partir de 2012, mais qui ne seront opérationnelles qu’après 5 ans. Actuellement, on peut dire qu’au lieu de 8 régions, nous avons 19 régions.
De 2012 à 2020, on a dépassé les 5 ans. Normalement ces 19 régions doivent être subdivisées en cercles et participer au processus électoral mais, cela n’a pas été fait.
Le troisième défi est relatif aux cercles du nord. Depuis 2012, il y a 11 cercles qui ont été identifiés dans la région Taoudénit, de Ménaka, Gao et Kidal. En 2020 normalement, comme le décret de convocation du collège électoral a visé la loi 2012 portant sur les circonscriptions administratives, on estime que ces 11 nouveaux cercles vont participer au processus électoral du 29 mars.
A cet effet, le Pool d’observation citoyenne du Mali (Pocim) a fait un communiqué la semaine passée pour attirer l’attention de la Cour constitutionnelle sur le fait que les lois visées par le décret de convocation concernent seulement les 147 circonscriptions électorales. Pour nous, les 11 nouveaux cercles doivent aussi être concernés parce que dans la loi électorale, il est dit que pour l’élection des députés les circonscriptions électorales sont des cercles et des Communes. Nous pensons aujourd’hui qu’il y a 158 députés au lieu de 147 pour le scrutin du 29 mars.

Mali tribune : Avec toutes ces attentes non satisfaites, le Mali aura finalement des élections législatives inclusives ?
I. S. :
La démocratie a ses règles qu’on doit respecter. Si on veut évoluer dans un processus démocratique, les élections sont indispensables. Evidemment qu’on doit faire des élections. Les reports ne sont pas un bon exemple de démocratie.
Nous avons salué le fait que le chronogramme ait été édité par le ministre de l’Administration territoriale et la convocation par le gouvernement du collège électoral pour le 29 mars pour le premier tour. Nous nous félicitions de ces actions parce que nous disons qu’il faut que le Mali puisse revenir dans la République et dans la démocratie tant qu’il n’y a pas de législatives, on ne parlera pas de démocratie. Aujourd’hui nous pensions qu’il faut aller aux élections quoi qu’il en soit.

Mali Tribune : Est-ce que les conditions sécuritaires permettent d’organiser ces élections sur toute l’entendue du territoire ?
I. S. :
Je ne suis pas un spécialiste des questions sécuritaires mais, mon avis c’est que de 2013 à nous jours, le problème sécuritaire s’est toujours invité dans le processus électoral.
Il n’y avait pas la sécurité à 100 % mais en 2013, l’élection présidentielle tout comme les législatives ont eu lieu.
Jusqu’à présent il y a une soixantaine de communes du nord qui n’ont pas connu d’élections communales de 2016. Cela n’a pas empêché le renouvellement à 95 % des élus au niveau des conseils communaux et des maires. En 2018, la sécurité n’était pas totale quand on a fait la présidentielle.
Le problème sécuritaire s’invite aux débats mais, il y a des débats et rencontres entre le ministère de l’Administration territorial, le ministère de la Sécurité, celui de la Défense et des partis politiques par rapport aux problèmes sécuritaires.
Maintenant on se pose même la question est-ce que tout le monde a intérêt à ce que la sécurité revienne. C’est une question cruciale.
De 2013 jusqu’à présent, le problème sécuritaire est là et est-ce que tout le monde s’investit pour que la sécurité puisse être au Mali de façon satisfaisante ? Tout le monde est interpellé, le gouvernement, les forces de défense et de sécurité les populations aussi. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu une bonne communication entre les parties prenantes pour que la sécurité puisse être maintenue sur l’ensemble du territoire national.
Il y a le défi aussi de la gouvernance. Si on prend par exemple le nombre de sièges à pouvoir aujourd’hui, le Mali n’a pas droit à 147 députés. On doit aller avec 300 députés vue la population. S’il y avait plus de parlementaires ça allait impacter sur le problème sécuritaire. Les gens se plaignent du fait que la démocratie est en train d’être monopolisée par une minorité au détriment de la majorité. Si la majorité ne se sent pas concernée dans les jeux démocratiques et politiques, le problème sécuritaire va toujours se poser. Mais encore il faut dire que la sécurité à 100 % n’est jamais totale, acquise.

Mali Tribune : Peut-on s’attendre à une Assemblée qui ressemblerait à l’actuelle ?
I. S. :
Avec la loi 052, qui a été a été transposée dans la loi électorale de 2016, on aura assez de femmes qu’auparavant. Cette année, on table au moins sur 30 % des femmes à l’Assemblée nationale, mais tel n’est pas le cas pour les jeunes. Il faut faire un appel aux partis politiques pour qu’ils puissent présenter beaucoup de candidatures de jeunes parce que l’avenir de toute nation c’est la jeunesse et il faut qu’elle soit préparée.
Par ailleurs, le mode d’élection à l’Assemblée nationale fait partie des insuffisances de ce processus actuel. Le cercle de Kati, par exemple, a droit à 7 députés. C’est le scrutin majoritaire à deux tours.
C’est dire que s’il y a dix listes, c’est les deux premières listes avec plus de voix qui vont au deuxième tour. Au deuxième tour si une liste a 50,01 % et que l’autre liste a 49, 99 %, c’est la liste des 50,01 % qui prend les sept députés. Ça veut dire que quelque part le choix des électeurs n’est pas vraiment représenté au niveau de l’assemblée nationale. A notre niveau on a dit qu’il faut la proportionnelle. Aujourd’hui avec le mode de scrutin majoritaire à 2 tours le choix des électeurs n’est pas respecté à 100 %.

Mali Tribune : Il y’a des risques pour la majorité et l’opposition ?
I. S. :
Quand il s’agit des élections communales ou législatives, il n’y a pas d’opposition ou de majorité. En 2013 et 2016, il y a eu des alliances contre nature parce que l’opposition et la majorité se sont mises sur une même liste pour conquérir le pouvoir. Ça désoriente les électeurs mais c’est des alliances stratégiques que les partis politiques font et ça fait partie de cette politique aussi. Une fois élu, chacun va garder sa position. Il n’y a pas de risques majeurs par rapport à ça.

Mali Tribune : Dans votre communiqué en date du 12 février adressée à la Cour constitutionnelle, la Pocim encourage les parties prenantes à œuvrer pour des élections législatives 2020 crédibles et apaisées. Qu’est-ce que vous prévoyez cette année ?
I. S. :
En tant qu’organisation de la société civile, nous jouons un rôle de veille, d’alerte et d’accompagnement du gouvernement malien par rapport aux élections. Nous donnons des avis par rapport aux questions du processus électoral que nous maîtrisons. C’est des avis qui ne sont pas contraignants.

Mali Tribune : Des observateurs seront déployés sur le terrain ?
I. S. :
Les organisations de la société civile au Mali n’ont pas de financements de la part de l’Etat malien. C’est avec des partenaires techniques et financiers que nous cherchons des financements.
Pour le moment, nous sommes à la recherche des financements pour pourvoir faire l’observation électorale sur l’ensemble du territoire national et donner notre avis en temps réel. Nous avons sollicité le ministère de l’Administration territorial et d’autres partenaires pour que la société civile malienne puisse jouer son rôle dans le processus d’éclairage, de veille, d’alerte et puis d’appui le jour des élections pour que les Maliens puissent voter dans la paix, la tranquillité et que soit des élections inclusives.
Pour le nombre, ça va dépendre des ressources. En 2018, nous avons déployé près de 2000 observateurs et cette année si nous avons des ressources, nous allons les déployer ou plus.

Propos recueillis par
Kadiatou Mouyi Doumbia

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