Sidi Ongoiba Président du Mouvement DANA ATEM : “D’abord la pacification totale”

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Toujours sur le terrain pour s’enquérir des nouvelles de ses hommes, Sidi Ongoïba du Mouvement Atèm invite à soutenir les FAMas.

 Mali Tribune : Le DDR rencontre des difficultés. Pour vous ces difficultés sont dues à quoi ?

Sidi Ongoïba : Nous, nous n’avons pas pris part au premier DDR parce que nous n’avions pas été consultés. Ensuite, on nous a sollicités pour donner une cinquantaine de combattants. C’était trop juste et précipité. C’était juste pour faire un habillage politique car il ne répondait pas à ce que nous nous voulons réellement. Voilà pourquoi nous avons décliné la première phase du DDR.

Mali Tribune : Que doit-on faire concrètement pour pallier ces lacunes ?

S .O. : Dans ces conditions, si nous partons à un DDR, il est important d’impliquer toutes les communautés confondues au Centre du Mali des 4 cercles Douentza, Koro, Bandiagara et Bankass. Il faut d’abord des concertations par secteur intracommunautaire, des Dogons qui se concertent sur les modalités d’aller à une paix durable. Alors les autres communautés sédentaires, les Bwas, les Mossi, les Dafing et la communauté peuhle… pour voir dans quelle modalité nous irons à un désarmement.

Si on va directement à un DDR, la situation ne serait pas arrangée aussitôt. Si toutes les communautés discutent et donnent des conditions avec l’implication des chefs religieux et coutumiers, on pourra faire une synthèse, ce qui est en commun entre les communautés et aussi les différences. Et de voir après cela une discussion intercommunautaire entre les communautés avant d’avoir une grande rencontre régionale ou au niveau des 4 cercles. C’est en ce moment qu’on peut parler de désarmement et de tout ce qui s’en suit.

Il faut d’abord des modalités de paix, le déploiement de l’Armée et ses partenaires dans certains endroits pour la sécurité. C’est en ce moment que nous pouvons aller vers un désarmement. Car c’est le démantèlement de plusieurs bases militaires : Diankabou, Diougani, Wankoro… qui a exacerbé la communauté et les gens se sont mis à se sécuriser eux-mêmes. Il faut donc d’abord penser au redéploiement de l’Armée et le retour de certaines bases ou des patrouilles militaires pour sécuriser les gens.

Les solutions ne doivent pas venir d’ailleurs. Nous devons commencer les discussions à partir des villages pour trouver des solutions propres à eux. Pas de solution préfabriquée pour pouvoir ramener la paix. On a essayé avec les ressortissants, le Premier ministre a fait tellement d’efforts avec les ressortissants mais cela n’a jamais servi à quelques choses parce que la plupart des gens ne sont pas au courant de ce qui se passe. Il faut ramener la question au niveau de chaque chef traditionnel pour que la solution puisse être trouvée. Certaines ONG ont fait l’expérience et cela a marché dans les zones comme Somadougou, Pignari et Bana. Plus on a des solutions un peu sectaires plus cela affaiblit les zones touchées.

Propos recueillis par

Koureichy Cissé

 

MOUVEMENT DANA ATEM

Le DDR après la paix

Dana Atèm est une milice dogon sous la coordination de Sidi Ongoïba qui milite à sécuriser dans les 4 Cercles du centre : Bankass, Koro, Douentza et Bandiagara, les personnes et leurs biens.

 Le mouvement est né de la discorde entre certains chefs traditionnels chasseurs et la branche armée de Dana Ambassago. La branche politique de Dana Amabassago de l’époque a rejoint la branche traditionnelle des chasseurs parce qu’il y’avait des malentendus entre eux et le chef de l’Etat major Youssouf Toloba. Donc ils ont décidé de mettre en place un mouvement qui répond à l’assise traditionnelle. C’est-à-dire un mouvement basé sur des chefs traditionnels et non sur des individus armés seulement. Il est composé des chasseurs armés mais reste sous la coupole des chefs religieux et traditionnels de toutes les communautés confondues. “Nous croyons qu’il faut mettre les mouvements sous la coupole des chefs traditionnels. Ce qui permettra de contrôler un peu la personnalité des gens qui se trouvent dedans et qui sont armés et contrôler le retour de la paix”, dit-il.

Sidi Ongoïba est père de famille, entrepreneur vivant à Bamako originaire de Yankassadjo dans la Commune de Mondoro d’où le conflit est parti. “Les premiers morts qui ont eu lieu c’était chez nous dans le village de Yankassadjo. C’est en ce moment que je suis intéressé à ce conflit et c’est comme ça je me suis retrouvé dans ce truc”, se justifie-t-il.

Koureichy Cissé

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FAHAD AG ALMAHAMOUD

Pourquoi nous nous battons”

Fahad Ag est le président de la Plateforme signataire de l’Accord d’Alger et secrétaire général du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia). “Je suis né dans la commune de Téssit (zone des 3 frontières), cercle d’Ansongo, à Gao. J’ai fait mon DEF à Ansongo. Je suis marié et père de famille. Jusqu’en 2012, je travaillais au sein de l’Agence de Développement du Nord. En 2012, quand il y’a eu les insurrections, le Nord n’était plus contrôlé. Je fais partie des gens qui sont partis au Niger jusqu’à l’arrivée de l’Opération serval. Je suis parti au Niger puisqu’avec le coup d’Etat ce n’était pas rassurant pour nous autres touarègues.

Après la défaite du Mali le 21 mai 2014. L’Etat s’est effondré et nous, communauté Imghad et ses alliés, avons su que nous ne pouvons plus continuer à ne pas avoir des armes sur le terrain comme tout le monde. Donc on a décidé de nous organiser pour que nos parents ne restent à la merci de MNLA et Hcua. Cela a été une longue lutte. Il fallait adhérer à l’une des structures la CMA ou la Plateforme. Nous avons adhéré à la Plateforme. Nous avons signé l’Accord au nom de la Plateforme. Notre position nous a coûté très cher en termes d’humains et biens matériels. Nos parents ont perdu beaucoup de fils. Nos bétails ont été emportés tous pillés par des terroristes. Des campements massacrés. Aujourd’hui, la Plateforme composée de Gatia, MAA et CMFPR. Depuis plus d’un an, il y a des difficultés au sein de la Plateforme. Il y’a pratiquement quelques personnes qui ont rejoint la CMA mais qui veulent garder le nom Plateforme. Aujourd’hui, nous avons deux courants de Plateformes. Les gens qui sont restés fidèles aux idéaux de la Plateforme et des gens à l’intérieur de la CMA qui se disent de la Plateforme. Or la Plateforme n’est composée que de Maliens qui ne veulent pas la division du Mali.

Mon vœu c’est que le Mali se réveille à Bamako et que tous les Maliens se lèvent comme une seule personne pour aider le Mali à s’en sortir. Nous avons remarqué que quelles que soient les difficultés du pays, les problèmes de Bamako sont différents des autres problèmes du Mali, s’est indigné Fahad après son souhait.

Koureichy Cissé

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 MICRO-TROTTOIR

Oumar Sidibé (jeune peulh de Douentza):

“On a vraiment hâte de voir ce DDR au centre ici. Je suis de Bankass. C’est terrible ce qui se passe chez la communauté peuhle. Du fait que certains Peulhs ont rejoint le jihad, tous les Peuhls sont indexés de terroristes. A cet effet, les Peulhs sont tués par tous les porteurs d’armes dont d’abord le premier certains militaires de l’Armée malienne suivis des milices dogons et les terroristes eux-mêmes pour souvent de comptes rendus. Le DDR afin de responsabiliser le gouvernement des exactions subies par les Peulhs, je pense qu’il mettra fin à ces crimes qui au lieu de vaincre le terrorisme le renforce. Le DDR définitif permettra de repérer facilement l’ennemi de la paix et de l’éliminer”.

Aminata Cissé (activiste originaire du Centre) :

“Le DDR doit vraiment aller plus vite que ça. On ne sait plus qui fait quoi au Centre. Tous les jours les gens meurent. Les femmes sont tuées et aussi les enfants sans oublier ce qui ont pris les armes pour défendre le Mali ou leur territoire. Malheureusement trop de groupes armés amènent une certaine confusion. On ne sait pas qui est ennemi ou pas. Il faut réintégrer ceux qui veulent être militaires, les former et les envoyer sécuriser leurs parents. Il n’ ya rien de grave dans ça. Seulement ce qui est grave, c’est quand on tue des innocents civils parce qu’on est frustré ou autres.

Adama Guindo, (jeune dogon cadre au Mali) :

“Bon quand même je pense que le DDR est impossible chez moi. Il y’a trop de terroristes ici et l’armée est absente. Si on désarme les jeunes qui protègent nos villages c’est livrer des milliers de femmes et d’enfants aux jihadites. Il faut d’abord travailler à ramener la paix et la sécurité et après désarmer les milices. D’ailleurs comme on le sait, si la raison d’être d’une chose n’est plus, la chose disparait ipso-facto”.

Mohamed Ag Ibrahim, (jeune originaire de la région de Gao):

“Je ne suis pas trop optimiste à la réussite de ce DDR. Tantôt on entend qu’il ya ceci cela. Les éléments de tel groupe a fui, tel homme est parti avec des armes. On entend aussi qu’il ya des éléments de Moc qui ne sont pas prêts à aller affronter les terroristes. Il y’a trop de non-dits dans ce truc. Tout dernièrement, c’est le gouvernement du Mali qui refuse le partage des commandements de bataillon avec les autres parties signataires. “Le gouvernement veut l’os et la sauce”, comme on le dit chez souvent”.

 Fanta Coulibaly, (ménagère à Bamako) :

“Je pense que le DDR est une très bonne chose. Il faut désarmer tous les groupes armés. Cela facilitera le travail à nos soldats. Dans ce cas, toute personne aperçue avec une arme sans être militaire est l’ennemi du Mal. Il faut imposer le DDR à tous les groupes armés dans le Nord et le Centre du Pays. Qu’allah sauve le Mali”.

Propos recueillis par

Koureichy Cissé

 

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