Tièman Hubert Coulibaly sur TV5 Monde : «Nous ne pouvons pas continuer à assister à ce cycle de prise de pouvoir par la force»

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Dans un entretien accordé le mercredi 16 juin 2021 à la chaîne TV5 Monde, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Tièman Hubert Coulibaly, s’est prononcé sur l’évolution de la situation sociopolitique du Mali, le départ de la force française Barkhane du Mali. Il a insisté sur la mission de la transition et surtout la nécessité de la cohésion sociale pour une paix définitive.

TV5 : On  l’a appris donc dans la journée que les armées française et nigérienne ont capturé un cadre du groupe Etat Islamique au Sahel. Selon un communiqué de l’état-major des armées françaises, il s’agit de Dadi Ould Chouhaïb, connu sous le nom Abou Dardar. Il y a une semaine, Emmanuel Macron (le président français, NDLR) avait annoncé le retrait progressif de Barkhane. Comment vous, ancien ministre des Affaires étrangères, avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Tièman Hubert Coulibaly : Ce cadre terroriste dans notre région sahélienne avait été appréhendé. Je crois savoir aussi qu’il fait partie des personnes qui avaient été utilisées comme monnaie  d’échange, au moment de la libération du regretté Soumaïla Cissé et de Sophie Potronin.

Et, donc, ça veut dire que le travail des forces continue sur le terrain. Parce que vous savez, à un moment donné, il faut concéder certaines choses pour avancer. Quitte à se rattraper, un peu plus loin. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Vous savez que les terroristes sont libérés, et après, rattrapés, certains arrêtés et d’autres totalement neutralisés.

TV5 : Et l’annonce de la force française Barkhane, du retrait progressif de ses forces, comment avez-vous réagi à cette annonce ?

Tiéman Hubert Coulibaly : Écoutez, c’est une décision annoncée par le chef de l’État français. Je crois savoir aussi que c’est un processus qui est préparé de très longue date. Je ne l’accroche pas systématiquement aux questions politiques internes actuelles au Mali. Il était question, depuis un bon moment, d’une évolution sur le format de la force Barkhane. Je pense que c’est cela qui est en cours.

TV5 : Mais alors, Emmanuel Macron justifie sa décision, en disant qu’il ne veut pas surtout négocier avec les terroristes contrairement au gouvernement malien… Qu’est-ce que vous pensez de cette posture du président français ?

Tiéman Hubert Coulibaly : Je ne souhaite pas commenter les prises de position du président Emmanuel Macron qui est le chef de l’État français. La France est un Etat ami. La lutte contre le terroriste comporte plusieurs postures.

Il y a la posture militaire qui consiste à traiter les menaces, selon les opportunités qui se présentent, il y a aussi une posture qui consiste à déradicaliser, voire obtenir le décrochage de certains éléments importants, dispositifs terroristes, par des moyens divers et variés. Et il y a aussi une action en direction des populations pour les permettre d’avoir une posture psychologique refusant donc le terrorisme.

Aujourd’hui, au Mali, nous avons eu plusieurs séquences notamment le Dialogue national inclusif qui s’est fait avec l’esprit de tenter de dialoguer avec certains éléments. Il y a des Maliens qui sont dans ces organisations-là. Entre Maliens, nous devons pouvoir trouver le moyen d’obtenir que la paix s’installe entre Maliens.

Et que les Maliens qui sont terroristes renoncent à ce mode violent d’expression politique. Mais, à une condition, c’est que la République soit sauve. La République n’a pas de prix. Nous sommes une République laïque, sociale, plurielle. Cela ne doit pas être un enjeu dans une éventuelle discussion avec ceux qui voudraient quitter le terrorisme.

TV5: C’est l’affaire des Africains comme le dit Emmanuel Macron.

Tièman Hubert Coulibaly : Le terrorisme est l’affaire du monde. On ne peut pas parler d’affaire d’Africains, aujourd’hui, concernant le terrorisme. Ça concerne le monde entier. Mais il y a des situations locales qui peuvent nous amener à prescrire, à tenter, au moins, à essayer des solutions permettant de faire décrocher les Maliens désirant quitter ce mode d’action. Nous pouvons essayer cela, mais sans porter de préjudice à la République encore une fois.

TV5 : En matière de politique intérieure, le Mali a connu deux coups d’État, en l’espace de 9 mois. Ce qui n’est pas rien. Votre réaction par rapport à cette instabilité au sommet de l’État.

Tiéman Hubert Coulibaly : Le Mali est dans l’instabilité depuis longtemps, depuis très longtemps. Il est clair que nous n’avons pas réussi notre construction démocratique. Et c’est ce travail qui attend les Maliens. Il faut l’aborder, sereinement, en regardant nos problèmes.

Nous ne pouvons pas continuer à nous cacher la face. Nous avons un problème de construction démocratique de notre pays. Nous ne pouvons continuer à assister à ce cycle de prise de pouvoir par la force. C’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.

Nous sommes dans une transition, cette transition doit se concentrer sur l’élection du président de la République comme priorité, afin qu’un pouvoir légitime puisse organiser la suite. Un pouvoir civil, bien sûr !

 

TV5 : La CEDEAO se dit rassurée par le discours d’Assimi Goïta, lors de son investiture. Vous, vous l’êtes ?

Tiéman Hubert Coulibaly : Il a pris des engagements d’organiser des élections à temps, de respecter le délai. Il faut, aujourd’hui, que le gouvernement, qui est en place, s’attèle à poursuivre la sécurisation de notre territoire, s’attèle à préserver les conditions de résilience économique. C’est extrêmement important !

Que les élections soient organisées dans le délai. Et, pour que cela soit possible, il ne faut pas disperser notre énergie. Il faut se concentrer, de mon point de vue, sur l’élection du président de République, qui permettra d’avoir la clé de voûte de notre système institutionnel de manière légitime afin que tout le reste puisse être organisé dans une cohérence nationale.

TV5 : Ce  duo à la tête de l’Etat, Assimilé Goïta, Choguel Kokalla Maïga, vous en pensez quoi ?

Tiéman Hubert Coulibaly : C’est un chef d’État, un Premier ministre. C’est ainsi que l’ordonnancement institutionnel est fait. Il y a un président, président de transition, et un Premier ministre, chef du gouvernement de la transition.

Abou Ouattara/Stagiaire

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3 COMMENTAIRES

  1. Vraiment cet article est un travail de stagiaire ! Le titre porte préjudice à Tieman alors que la suite donne le vrai sens de l’ expression ! Malveillance ou méconnaissance ?

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