Lettre Ă  mon oncle Bass

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Cher oncle,

Nangadef ?

 Tu ne te trompes point ! Cette salutation en langue Ouolof de chez vous à Dakar, traduit effectivement une certaine joie qui rÚgne depuis quelques jours en famille, ici à Fantanbougou. Bamako.

J’irai au but tout de suite, mais permets-moi d’abord, au nom de grand mĂšre, de te remercier pour le colis de poisson fumĂ© et le sac de riz que tu nous as envoyĂ©s.  Ah ! Infatigable !

Walahi, Bilahi, je jure, Dieu est Grand, mais tonton, tu n’es pas petit.

Bonne nouvelle tout de mĂȘme au niveau de la troupe familiale. Et pour cause, cinq gros fainĂ©ants parmi ceux qui gravitent autour de la marmite, sont embauchĂ©s depuis quelques jours dans un chantier de logements sociaux Ă  Famabougou Bamako. Et, dĂ©jĂ , avant mĂȘme leur premier salaire, tous se dĂ©brouillent avec succĂšs.

 En effet, pas un jour ne passe, sans qu’ils ne ramĂšnent Ă  la maison  du ciment ou d’autres matĂ©riaux de construction (volĂ©s, bien sĂ»r)  qu’ils revendent dans le quartier.

 Tu ne dois pas trop  leur en vouloir car, ils ne font que ce que presque tout le monde fait ici au Mali. Toi mĂȘme tu sais
 de quoi je parle.

 De mon cĂŽtĂ© Ă©galement, l’espoir renaĂźt car, je me suis converti en ‘’intermĂ©diaire’’  dans le domaine de la spĂ©culation fonciĂšre.

C’est un secteur d’escroquerie par excellence et qui rapporte gros pour celui qui est agile comme une aiguille confectionnĂ©e à
 Nara.

Je « travaille » actuellement avec des agents du ministĂšre des Domaines et de certaines mairies. Nous sommes sur quelques grosses affaires. Si celles-ci marchent, alors tu ne recevras dĂ©sormais mes lettres qu’à partir de Paris 21, Pigalle ou Lafayette.

 Vive la France ! Vive l’Espoir !

Cependant, il ne faut pas trop rĂȘver concernant les 5 bouches (sur 57) de la famille qui travaillent actuellement .Et pour cause, leur boulot est temporaire. Tout comme ces logements sociaux, et autres chĂąteaux au luxe insolent dont regorge Bamako. Je dis cela  parce que, seul Lahara en rĂ©alitĂ© (en majuscule ou en minuscule) est dĂ©finitif !  Walahi, Bilahi, je jure !

 Et lĂ -bas, (je ne suis pas pressĂ© d’y ĂȘtre) il n’y aura ni de sans abris, ni de Maliens d’en haut, ni d’en bas.

Tous, nous y serons un jour ou l’autre, casĂ©s dans le mĂȘme Dortoir  et mangeront (au cas oĂč il y en Ă  manger) dans la mĂȘme calebasse. ! Allah Akbar !

En attendant,(je veux attendre indĂ©finiment),  je t’informe que la  RĂ©publique est secouĂ©e depuis quelques jours par une fĂącheuse histoire de non paiement par nos hautes autoritĂ©s de cotisations du Mali Ă  l’Organisation des Nations Unies. Celle-lĂ  mĂȘme dont les troupes sur place dans notre pays (depuis bientĂŽt 3 ans) contribuent Ă  y assurer la paix et la sĂ©curitĂ©. Pire, pour ĂȘtre un mauvais payeur, notre pays  est suspendu de son droit de vote au niveau de cette importante Institution Mondiale.

Toute chose qui a provoquĂ© l’indignation et l’incomprĂ©hension des Maliens  qui, se sentant humiliĂ©s, rĂ©clament des explications.

 C’est ainsi que, le brave et sage Modibo KĂ©ĂŻta (le premier Ministre du Mali) a dĂ©cidĂ© la semaine derniĂšre de tout dire Ă  propos de cette affaire.

Humble et franc comme d’habitude, tonton KĂ©ĂŻta a reconnu les faits qu’il a imputĂ©s Ă  une grave erreur commise (ici mĂȘme Ă  Bamako) dans le transfert des fonds destines aux  caisses de l’ONU.

 Qui a osĂ© commettre cette ‘’erreur’’ ? ‘’That is the question !’’

 Une question dont la réponse, selon tonton Kéïta, sera connue et les responsabilités situées.

Je sais cher Bass que tu ne comprends pas  grand-chose Ă  tout ça (moi non plus d’ailleurs), mais, Walahi bilahi je jure, des tĂȘtes et pas des moindres vont trĂšs bientĂŽt tomber ! Elles doivent
 tomber ! Qu’elles tombent ! Je le dis pian !

 

A lundi prochain Inchallah.

Par ton petit Ablo.

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