Crimes de guerre

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À en juger par les ardeurs et hostilités déclenchées contre les sanctions de la Cedeao, le Mali est en guerre au propre comme au figuré. C’est en tout cas le vocable mis en avant par les autorités de la Transition, qui ont mis en branle le ban et l’arrière-ban à travers le pays pour manifester contre les mesures sous-régionales et ses effets sur le vécu de la population. Une grande cohésion nationale qui n’est que de façade puisque nuancée par la dure logique des intérêts commerciaux. C’est le moment choisi, en effet, pour que certains fournisseurs s’illustrent par une cupidité à nulle autre pareille qui se manifeste par une hausse des prix invivable pour les pauvres consommateurs. En clair, la guerre des frontières a été mise à profit pour entretenir la surenchère avant même que les stocks en aient été affectés. Sucre, riz, huile et autres produits de consommation courante ont vu leurs prix grimper à une vitesse telle que les autorités ont dû déployer des mesures dissuasives pour contrer ce crime qui consiste à profiter de la situation de guerre pour accroître indûment leurs profits. C’est ainsi que des prix planchers et plafonds ont été fixés pour chacun des produits concernés, mais la directive est allègrement contournée par les contrevenants, lesquels procèdent par rétention des marchandises et ne les livrent qu’aux seuls consommateurs susceptibles de leur épargner la traque des brigades.

À chacun son embargo

L’appel des autorités de Transition à manifester contre les mesures drastiques de la Cedeao aura été massivement suivi, y compris dans les endroits les moins concernés par les effets de l’embargo. On y dénombre par exemple la ville de Tombouctou où l’élan patriotique ne s’est guère manifesté avec moins d’ardeur que dans la capitale malienne. Là, la population a aveuglément accompagné la cadence dans un entrain à faire oublier les souffrances qui lui sont infligées par des conditions similaires depuis 2012. Depuis plus d’une décennie, en effet, la ville des 333 Saints, tout comme les autres capitales régionales du septentrion, est littéralement déconnectée de tout échange avec les pays de la sous-région et n’est connectée à la capitale que par les seuls besoins administratifs. À cause de l’insécurité, le ravitaillement de ses consommateurs provient essentiellement de pays hors-Cedeao telles l’Algérie et la Mauritanie, lesquelles suppléent à leur carence de connexion avec les zones de production depuis une dizaine d’années. Le paradoxe est que pendant autant d’années de souffrances aucune voix ne s’est élevée pour protester contre cet embargo de fait dont les effets ne sont pas moins pénibles que les mesures sous-régionales.

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