Espace d’Interpellation Démocratique (EID) : «Un espace budgétivore avec des promesse jamais tenues», déclare Me Moctar Mariko

0

La mauvaise distribution de la justice, le mauvais traitement des patients dans les hôpitaux du Mali ou encore la très mauvaise organisation de l’Espace d’interpellation démocratique (EID) au Mali, 20ème édition, sont entre autres les points soulevés par le président de l’Association malienne des droits de l’homme (Amdh). Selon Me Moctar Mariko, l’EID est devenu budgétivore et ses recommandations sont loin d’être mises en application, encore moins servir à quelque chose.

 

Le Bureau du Médiateur de la République a tenu le 10 décembre 2015 la 20ème édition de l’Espace d’interpellation démocratique (EID) au Centre international de conférence de Bamako. Ainsi, dans sa contribution, Me Moctar Mariko de l’Amdh a asséné ses quatre vérités. Il a commencé par les dysfonctionnements au niveau des décisions de justice qui n’ont connu aucune suite. «Combien de justiciables minus de décisions de justice ayant force exécutoire sont dans d’interminables attentes d’être mis dans leurs droits ? Cela est valable avec la lenteur dans les procédures judiciaires. Avec l’absence de jurisprudence constante dans nos juridictions, c’est un problème réel et une source d’insécurité», a-t-il lancé.

 

Le président de l’Amdh n’est pas du tout d’accord avec la composition de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. «Nous estimons que dans sa composition, l’accent devrait être mis sur les critères de compétence, d’intégrité, de crédibilité. Il n’était point question d’une Commission pléthorique, politique et budgétivore. Monsieur le ministre de la Réconciliation, nous voulons une Commission restreinte, composée d’hommes et de femmes dévoués à la cause nationale», a-t-il martelé.

 

Me Moctar Mariko a aussi parlé des droits de l’homme qui ne serviront à rien, sans les droits à la santé. C’est pourquoi il n’a pas oublié l’état actuel des hôpitaux, qui sont plutôt devenus de véritables centres de business que de traitement pour les patients, car le serment d’Hippocrate est foulé aux pieds par les professionnels de la santé. «Nous constatons que les hôpitaux publics sont malades à cause, notamment, de la promotion des cliniques privées, du népotisme et de la corruption. Le cas de l’hôpital Gabriel Touré est connu de tous. Là, les patients des services d’urgences et de traumatologie sont oubliés, laissés aux seules mains des internes, pour ne pas dire, laissés à leur sort. Là aussi, ce sont des médecins qui orientent des patients dans les cliniques où ils travaillent efficacement», a révélé Me Mariko.

 

Le président de l’AMDH n’a fait aucun cadeau à l’Espace d’interpellation démocratique, qu’il trouve budgétivore avec ses promesses jamais tenues. Pour lui, il y a de ces recommandations dont la mise en œuvre ne nécessite que du courage politique pour mettre les citoyens dans leurs droits. Il indiquera que la crédibilité, donc la survie de l’EID, est plus que jamais menacée. «Nous regrettons amèrement le déficit de volonté politique quant à la mise en œuvre de ces recommandations, dont l’application, j’en suis sûr, devrait permettre de répondre aux préoccupations légitimes des citoyens. Monsieur le Premier ministre, où en sommes-nous avec le dossier des habitants de Sotuba contre la SODEMA, dossier reçu cette année pour une ‘’suite à  donner’’ ? Monsieur le président du jury, il y a des recommandations dont la mise en œuvre nécessite un courage politique pour mettre les citoyens dans leurs droits, dans un Etat de droit. Monsieur le Médiateur de la République, combien de recommandations fondées ont donné lieu à suite favorable ? Monsieur le Médiateur de la République, l’EID devient budgétivore et un espace de promesses jamais tenues. Nous, société civile, légitimes représentants des communautés, devons prendre nos responsabilités», a-t-il affirmé.

 

De la justice à la santé, en passant, entre autres, par le foncier, la sécurité, les droits humains et la paix, Me Mariko n’a pas manqué de dénoncer les nombreux problèmes qu’il qualifie d’injustices liées aux  multiples dysfonctionnements des services publics qui violent ainsi les droits élémentaires consacrés par la Constitution malienne.

 

B . SIDIBE

PARTAGER