Cedeao-France-Mali-Rci : Coups d’Etat à géométrie variable

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Machiavel disait : « En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal ».

Actuellement au Mali, le moindre mal est l’arrivée des militaires au pouvoir et ils sont arrivés suite à l’échec de plusieurs civils. La faillite de systèmes civils. Ils ont été massivement applaudis par l’homme de la rue, ce peuple qui en avait plein le dos d’un président qui ne gérait plus rien et une bande d’aigrefins qui frétillait autour de lui et disposait de la réalité du pouvoir. Alors, les harangues de la CEDEAO et des autorités françaises pour un retour immédiat ou dans un an des civils n’ont aucun sens sauf à vouloir enfoncer davantage le pays. Pour certains dirigeants de la CEDEAO dont les pouvoirs sont menacés pour des raisons diverses, la crainte est seulement que l’exemple malien ne donne des idées aux militaires de leurs pays. Au moins deux sont entrain de mettre en place des coups d’Etat constitutionnels à Abidjan et Conakry. Curieusement il y a des troubles en Côte d’Ivoire depuis l’annonce de cette candidature coup d’Etat d’ADO et les médias font le black-out sur le sujet. Le coup d’Etat de Alassane Dramane Ouattara passera comme une lettre à la poste parce que cornaqué par Jean Yves Ledrian qui s’est déplacé le jour de la fête nationale en France à Abidjan, le 14 juillet 2020. Peu après ce passage, Alassane Dramane Ouattara a annoncé sa candidature pour un troisième mandat en violation flagrante de la constitution ivoirienne et de sa propre promesse. Son successeur désigné au trône s’est permis de mourir à quelques semaines de sa nomination. Les faiseurs de roi à Abidjan n’avaient plus le temps de préparer un autre poulain fiable. Le président Bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló, est le seul à avoir osé mettre le pied dans le plat en assimilant les troisièmes mandats à des coups d’Etat durant la visioconférence de la CEDEAO sur le cas malien.

Au niveau de certaines autorités françaises, un bon président africain est un chef manipulable dont on connait les secrets et qu’on a souvent contribué à mettre en place. Alors on abhorre ceux qu’on ne peut pas contrôler.

Mais le temps des pantins tire vers sa fin. Les derniers présidents françafricains qui restent doivent être balayés par leurs peuples : A Conakry, Abidjan, Brazzaville, Libreville, Yaoundé, Lomé… Au Mali, personne n’est fondé à se substituer au peuple malien qui, durant sa souffrance, a vu peu de vrais amis se manifester. Je dis bien vrais amis. Le peuple malien veut des dirigeants honnêtes, ayant le sens de la justice et qui veulent restaurer la souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire. Peu importe que ces dirigeants soient des civils ou des militaires. En Afrique comme ailleurs, il y a eu de très bons dirigeants militaires : Gamal Abdel Nasser Egypte, John Jerry Rawlings au Ghana, Thomas Sankara au Burkina Faso. Nous avons aussi eu de très mauvais civils et nous en avons encore : Abdoulaye Wade et son fils, Ibrahim Boubacar Keïta et ses fils et femme, Nicéphore Soglo…

De plus, ces militaires sont des maliens, de vrais maliens à contre-courant de certains civils maliens qui ont fait du pays un hypermarché de la corruption avec des civils et des militaires milliardaires. Ces militaires ont réalisé un coup d’Etat qui restera dans les annales comme un coup sans aucun mort, sans violence. Et rapidement ils ont donné des gages de sérieux au peuple malien et au reste du monde. Malgré ces garanties, certains dirigeants de la CEDEAO comme Alassane Dramane Ouattara proclament des fatwas contre eux et prônent un retour des civils sous un an et la gestion de la transition par des civils illico presto. Pendant ce temps lui-même, Alassane Dramane Ouattara, peaufine son coup d’Etat constitutionnel. Il a pris de bonnes leçons chez Faure Gnassingbé en matière de coup de force constitutionnel. Alpha Condé va lui emboiter le pas, ce prototype de la délinquance sénile qu’on a vu agresser l’imam de Conakry dans une vidéo devenue virale. Et ces deux chefs d’Etat ont du sang ivoirien et guinéen sur la conscience, sur la main.

A l’inverse, ces jeunes officiers maliens n’ont tué personne, bien au contraire du fils de l’ancien président soupçonné de l’assassinat du journaliste du “Sphinx” Birema Touré. Veut-on nous faire adhérer à l’idée que leur crime est d’avoir débarrassé le Mali de ces gens obnubilés par la seule idée d’amasser fortune et faire zizi pan pan aux Baléares comme Karim Keïta et/ou pour d’autres construire des immeubles deci-delà avec l’argent ravi aux Maliens ?

Ils doivent garder le cap et ils auront le soutien indéfectible du peuple malien qui n’a que faire des admonestations de certains satrapes de la CEDEAO ou Florence Parly et Jean Yves Ledrian qui pensent que les pays africains francophones sont des sous-préfectures. Le journal “Les Echos” reprenant Florence Parly dans sa parution du 30 août 2020 dit ceci: ” Au Mali, répétant l’hostilité de Paris au coup d’Etat militaire qui a eu lieu le 18 août, la ministre a prévenu la junte qui a pris le pouvoir qu’elle devra sous quelques mois le rendre à une autorité civile. Pas question d’attendre les trois ans évoqués par les généraux lors du coup de force”.

On encourage certains chefs d’Etat impopulaires à imposer des coups d’Etat constitutionnels et en même temps on envoie des casus bellis à d’autres parce qu’ils ont eu l’outrecuidance de faire un coup d’Etat salué par le peuple mais sans l’adoubement des maîtres, les suzerains. Bref les coups d’Etat qu’on instrumentalise sont les bons et ceux qui brouillent les cartes pour nous sont à envoyer aux gémonies. N’est-ce pas Madame Parly ?

Enfin, fait notable, depuis le 18 août 2020, beaucoup de camps terroristes djihadistes ont été détruits et des djihadistes éliminés par l’armée malienne comme le rapporte, entre autres journaux, “Forum” dans sa livraison du 02 septembre 2020: “Au cours d’une vaste, opération disposant de toute sa puissance de feu (aérienne et terrestre), l’armée a réussi à déloger une dizaine de camps terroristes dans les régions de Sikasso et de Mopti. Les images relayées par nombreux médias laissaient imaginer l’âpreté des combats et le moral de nos hommes engagés. Le sol était jonché de cadavres, une centaine de morts parmi les djihadistes et beaucoup de matériels récupérés, d’après un premier bilan communiqué”.

Ces réseaux terroristes qui commettent des massacres dans des villages maliens se sont constitués au nez et à la barbe des plus de 15 000 hommes de Barkhane et MINUSMA.

L’insécurité n’a jamais été aussi florissante, si j’ose dire, que depuis l’arrivée de ces supermen. Pendant ce temps, l’armée malienne était volontairement mal équipée, mal entretenue par une hiérarchie militaire scélérate encouragée par des complicités extraterritoriales.

Une révolution dans les mentalités est une nécessité. Ce sont les sociétés civiles en France et en Afrique qui doivent l’imposer. Le peuple français doit être informé des manigances de certains de ses dirigeants qui, par leurs comportements, donnent une piètre image de la France en Afrique. Ils sont de gauche comme de droite. Ils sont légion. En France, la force des institutions leur en impose, en Afrique ils ont un boulevard pour dérouler une arrogance mortifère. Nicolas Sarkozy en faisant éliminer Kadhafi a créé le cataclysme dans le Sahel. Il a donné de la bombarde pour écarter Laurent Gbagbo du pouvoir en RCI au profit d’ADO.

Les peuples africains francophones doivent mettre hors-jeu tous ces derviches tourneurs de chefs d’Etat souvent imposés du dehors. A l’ouest et au centre du continent. Une des solutions est la création d’une coordination des sociétés civiles entre tous ces pays pour dénoncer ces régimes pourris en Afrique et ces dirigeants français qui sont des démocrates en France à cause du poids des institutions françaises, mais de vrais gangsters prédateurs en Afrique.

Yamadou Traoré

Analyste politique.

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