La lettre du Lundi par Joseph Kéita : L’holocauste en République de Tignéibougou

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Moussa n’était pas spécialement beau. Mouna n’était pas spécialement belle. Pourtant, ceux qui les connaissaient s’agenouillaient à leur passage, les saluant avec respect.

Le pays de cocagne :
Mariés depuis près de trente ans, ils appartenaient à la famille fondatrice de leur pays « Tigneibougou » jadis tant envié et pour cause…

Leurs ancêtres avaient tout mis en œuvre pour faire de Tigneibougou un pays de cocagne et ils avaient brillamment réussi.

Il ya encore 50 ans, la République de Tigneibougou était la plus enviée et la plus prisée par les touristes du monde entier qui arrivaient à boucler les 34 sites touristiques en 55 jours. Chaque site touristique abritait un minimum de 3 hôtels de 3 à 5 étoiles… Pour une population de près de 12 millions d’habitants, annuellement Tigneibougou enregistrait 5 millions de touristes… qui effectuaient le voyage pour non seulement l’histoire millénaire du pays, de sa riche culture  mais aussi et surtout pour ses jardins publics, ses fleurs, ses espaces verts ; car aucune République ne comptait comme Tigneibougou autant d’espaces verts et de jardins publics : 324 espaces verts et 453 jardins publics…

La gastronomie du pays dépassait les frontières. Sa faune riche et variée.
C’est surtout cet environnement sain, cet air pur et cette cure de jouvence que les touristes du monde entier recherchaient avec comme moyen de transport des chevaux bien harnachés tirant des calèches ornés de fleurs. Les véhicules se comptaient au compte goutte… seuls quelques cars flambants neufs, assuraient les longs trajets… L’importation des véhicules usagés était strictement interdite  tout comme les appareils électroménagers usagés.

Même les conseils de sages qui dirigeaient le pays au niveau de chaque province et de la capitale se déplaçaient en calèches… L’espérance de vie frôlait les cent ans.
La République de Tigneibougou possédait des forêts aux bois précieux et son sou sol riche en cuivre, or, diamant.

Toute cette richesse était peu exploitée car rien qu’avec le tourisme, le pays arrivait à  équilibrer sa balance commerciale.

C’était le beau pays de Moussa et Mouna, il ya à peine 50 ans… Et puis, ce fut l’ère politique.
Politique, quand tu t’en mêles
Alors que la plupart des Etats voisins de Tigneibougou étaient en pleine effervescence politique, Tigneibougou était encore administré par des sages et malgré les pressions de toutes sortes, des années durant, il n’y eut aucun Parti politique démocratiquement, Tigneibougou n’avait de leçon à recevoir de personne.  Tout acte important devant engager la nation faisait l’objet d’une consultation populaire au niveau de chaque province. Mais avec les visées internationales sur les richesses du pays et les manœuvres en coulisse de certains petit à petit, la politique prit corps, et détrôna le conseil des anciens.

Plus d’une vingtaine de Partis politiques feront miroiter aux populations divers programmes pour des résultats qui fils du pays,un demi-siècle après, reflétaient  une déchéance inexorable : la quasi-totalité des espaces verts et jardins publics furent cédés à des promoteurs immobiliers. Le parlement  autorisa l’importation de tout y compris les électroménagers et les véhicules usagés, accordant par centaines des naturalisations aux étrangers (ce qui était interdit au temps du conseil des sages). 

En moins de deux ans, les calèches ont fait place aux taxis et cars usagés fumant et enfumant le pays, aidés dans leur tâche par la fumée de la trentaine d’usines ayant fait leur apparition, mais faute d’études, de crédits et de débouchés, une à une, ces usines s’arrêtaient. Le chômage s’accrut, la délinquance, la criminalité et l’insécurité jusque là ignorés, s’accentuèrent. Près de 8000 prostituées arpentaient 24 H/24 les artères des grandes villes dans un pays qui n’en comptait presque pas.
Moussa et Mouna, impuissants regardaient les bidonvilles de la capitale où des centaines de millions de personnes, sans eau ni électricité vivaient unies par des tristes pensées avec comme compagnons une pollution permanente, des poux, moustiques et grosses mouches noires. Moussa et Mouna n’avaient que très peu de chance d’atteindre 50 ans, l’espérance de vie actuelle à Tigneibougou.
A côté de ces oubliés, il y avait ceux qui choisissaient d’écourter leur vie par suicide ou overdose de drogue…

Mais les plus nombreux étaient ceux qui comme Moussa et Mouna luttaient de toute leur force pour retrouver le Tigneibougou d’antan.

Mais tous savaient que ce désir ne serait que rêve tant que des politiciens véreux continuant à mentir au peuple et à sauvegarder leurs propres intérêts seront au pouvoir.
Pour Moussa et Mouna, Tigneibougou, leur beau pays était  tout simplement devenu « Tatigneibougou ».

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