Lettre à mon oncle Bass,

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Bonjour ! Walahi, tu as bien raison quand tu me dis que ma vie ne m’appartient pas à moi seul et que je n’ai pas le droit de la gâcher ou d’en faire un échec.

Mais, dis-moi tonton : vivre, c’est quoi même ?

Pour moi, la réponse est aussi simple que vivre est compliqué.

Vivre oncle Bass, c’est manger, boire, être en bonne santé, se vêtir, avoir un logis et être à même de faire certaines… choses.

Or, toi-même tu sais, l’écrasante majorité des Maliens n’ont  ni à manger, ni à boire, ni des abris. Je le dis pian, parce que, c’est ça qui est ça !

Alors, de quelle vie me parles-tu cher oncle,  puisque, je n’en ai ‘’aucune’’ ?

Ah ! J’oubliais de te dire que la troupe familiale à Fantambougou n’a enregistré pour le moment  aucun départ pour Lahara. Et grand-mère conserve toujours sa pauvre carcasse, malgré la misère noire qu’avec elle, stoïquement, nous partageons. Allah Akbar !

Tu sais tonton, pour moi (et certainement pour toi également), mieux vaut être là, agonisant, plutôt que d’être embarqué à bord du détestable, minable, cruel, et vilain minibus noir. Walahi, bilahi, je jure !

 

Concernant, les enfants (au nombre de 19 te souviens-tu ?), ils sont naturellement à la maison ou dans la rue. L’Ecole des ‘’fantanden’’ étant fermée, grève des enseignants oblige.

Ce n’est bien sûr pas le cas concernant les rejetons des ‘’en haut’’ qui fréquentent les écoles de luxe du Mali, lorsqu’ils ne sont pas envoyés en Europe ou aux USA pour leurs études. Allah Akbar !

Dieu est grand, mais certains Maliens ne sont pas petits. Walahi, Bilahi, je jure !

La misère mon pauvre Bass n’existe pas pour ceux qui ne la vivent  pas.

Au Mali d’en bas, c’est notre quotidien  et elle (la misère) ne nous fait  même plus, ni chaud, ni froid, ni tiède.

En tous les cas, à Lahara, il n’y aura bi des Maliens d’en bas, ni d’en haut, ni du milieu.

Tous, nous serons logés dans le même internat et boufferons (si bouffe, il y en aurait), les même repas. Bilahi !

Alors, passons et  parlons un peu de la République.

A propos, c’est encore et toujours la terreur qui règne dans nos régions de Ségou, Mopti et le nord.

Ainsi, il y a seulement quelques jours, une vingtaine de gendarmes maliens ont été tués par des terroristes dans la région de Ségou. Avant, six autres FAMA ont perdu la vie quand leur véhicule a sauté sur une mine. Allah Akbar ! Et dire que le président IBK a ordonné le 20 janvier dernier aux FAMAS de respecter les Droits de l’Homme dans leur combat contre les terroristes.

Walahi, bilahi, je jure, tonton, il n’y a aucun droit à respecter face à ces tueurs froids.  Ce ne sont pas des hommes. Ce sont des cafards bipèdes, des scarabées cannibales et des salamandres de l’horreur. Ils doivent être exterminés implacablement. Je le dis pian !

Sur un tout autre plan, je t’informe que le Premier ministre Boubou Cissé (en compagnie d’une forte délégation) a effectué une visite de quelques jours à Gao et Tombouctou.

Dans la cité des Askia, le Dr Cissé a lancé les travaux de réhabilitation de la route Gao-Sévaré et a annoncé le recrutement prochain de 10.000 nouveaux soldats. Une occasion pour moi de me faire emboucher diras-tu, mais, mon pauvre Bass, à cause de la misère et du désespoir qui me rongent, je ne pèse que seulement 38kg.

Avec ça, en toute évidence, il est impossible de tenir un fusil et porter un sac à dos.

Enfin, le marigot politique. Ici, c’est le calme plat. Rien ne bouge. Même les bavards patentés observent le silence.

Tant mieux. Il faut souvent savoir se taire.

Que Dieu sauve les ‘’certaines choses’’ des nageurs que Tous, d’en haut comme d’en bas sommes.

A lundi prochain Inchallahou !

Par ton petit Ablo !

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