Message Présidentiel du nouvel an à la nation 2007 : L''étrange silence d''ATT sur la lutte anti- corruption

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Débout, un tantinet sérieux, le regard quelque peu hagard, le verbe pas bien assuré, de grandes gestuelles de la main comme dans une sorte de pantomime, le Président Amadou Toumani Touré nous a présenté ses meilleurs vœux au seuil de l”année 2007. Rituel classique, l”adresse annuelle au peuple n”est pas moins une occasion solennelle pour le Chef de l”Etat de faire, sans complaisance, l”état de la nation : les acquis, les déficits et les dérèglements, les solutions envisagées, les attentes, les perspectives, l”avenir. ATT a-t-il réussi le pari ? Pas si évident. On l”attendait beaucoup sur la lutte anti-corruption, un fléau qui fait des ravages dans l”économie nationale, ce fut le grand silence. Incompréhensible. rn

La première est que le vif de son propos commence par un hymne aux partenaires dont les concours sont à ses yeux "Le résultat de la bonne gouvernance politique et économique". Et de se lancer dans une apologie frénétique, sur 8/10 de son texte, de ce qu”il croit être ses réussites et ses ambitions pour le Mali.

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La deuxième rupture réside dans l”absence dans la vision du Président de toute volonté de lutte contre la corruption. Alors qu”il est "particulièrement heureux pour les progrès dans la lutte contre le sida et des évolutions que connaîtra notre dispositif de lutte contre la maladie dans les prochains mois" et qu”il est sûr que "nous avons … aujourd”hui les moyens de faire reculer considérablement le paludisme au cours des prochaines années", ATT est curieusement muet comme une carpe sur le fléau de la corruption, pourtant tragédie morale nationale qui obère l”avenir même de notre démocratie et sape les fondements de la République.

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La troisième rupture, incompréhensible et inexplicable, est le lourd silence observé sur les Forces Armées et de Sécurité. Depuis 47 ans déjà que le Mali est indépendant, c”est sans doute la première fois qu”un chef d”Etat oublie totalement les "vaillantes Forces Armées et de Sécurité nationales" dans son traditionnel discours annuel de vœux à la nation entière.

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Notons simplement – avec réserve de commentaires bientôt – que l”école a eu droit à quatre petites phrases tandis que la justice et l”administration publique, toutes deux constituant "deux maillons essentiels de l”Etat de droit", se contenteront de trois. "L”Etat a consenti d”énormes sacrifices afin que l”une et l”autre rendent des services de qualité aux citoyens", assure ATT. Mais "Dans la continuité des efforts entrepris en matière d”équipement", l”unique annonce faite concerne "nos 49 préfets" qui "seront dotés chacun d”un véhicule de liaison, dès janvier". 

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Tragédie nationale

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Corruption et justice, les Maliens ne le savent que trop, sont pourtant deux sœurs ennemies ; l”efficacité de l”une annihile toujours les efforts de l”autre. La corruption au Mali est une tragédie, il ne sert à rien de le nier ou de feindre de l”ignorer. Même l”étranger de passage la voit partout.

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Notre compatriote Dialla Konaté, éminent professeur aux Etats Unis d”Amérique, a eu ce constat lors d”un bref séjour : "pour la première fois dans notre histoire, nous avons vu, depuis 1991, l”apparition de véritables ingénieurs de la malversation, de détournement de fonds publics à des fins personnelles" (Les Echos n° 2815 du lundi 18 décembre 2006). Mais pourquoi ATT feint-il d”ignorer la corruption au Mali ? Est-ce pour fermer les yeux sur les agissements de ses proches par rapport aux pluies de milliards qui tombent sur notre pays ?

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Les auteurs du livre ATT-cratie n”ont-ils donc pas tort?

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Le livre ne dénonce que des actes de corruption, le trafic d”influence et autres. A présent, le chef de l”Etat n”a pas donné la moindre suite aux accusations gravissimes qu”il contient. Il vient de rater l”occasion solennelle de rassurer les citoyens quant à ce scandale.

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 La justice, ce ne sont pas des locaux fonctionnels construits pour les tribunaux, encore pas des avantages de toutes sortes accordés aux magistrats.

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La justice, ce sont des magistrats plutôt professionnels et consciencieux. C”est le principe qui assure l”égalité des citoyens devant la loi, principe au nom duquel il vaut mieux toujours "hasarder de libérer un criminel que de condamner un innocent".

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Or, depuis Alpha Oumar Konaré, notre démocratie semble comprendre et prendre la justice à l”envers. De hauts cadres, fortes personnalités de la République, ont eu à subir la justice comme s”ils avaient eu à faire à des terroristes.

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Drissa Keïta de la CMD, Tiémoko M. Maïga de la SOTELMA, pour ne citer que ces deux, ont été malmenés et humiliés par la justice.

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Les mêmes magistrats qui les ont si honteusement traînés dans la boue, les ont réhabilités comme par enchantement. Le Colonel Samba Diallo, ancien directeur des douanes, a été harcelé, pourchassé au nom du soupçon qu”on ne peut être premier douanier sans détourner.

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Aujourd”hui que de vraies crapules sont démasquées dans "ATT-cratie", le Président ne dit pas un seul mot sur la corruption. Il y a débat et il faut s”y résoudre, résolument.

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ATT s’extasie devant l”amitié, qui semble exceptionnelle, avec les partenaires.

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Certes, le monde ne vit pas en vase clos et le Mali ne peut vivre en autarcie. Mais la coopération que nous avons avec nos partenaires au développement ne doit pas être écrite à l”eau de rose. Il faut même s”en inquiéter.  

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Attention  à la souveraineté tronquée

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Un pays comme le Mali, doté de ressources et de richesses insoupçonnées par Dieu, ne doit pas trop se gargariser de l”aide extérieure. Notre pays est, en effet, beau, riche, il regorge de ressources, il est peuplé d”hommes et de femmes pleins de talents, d”énergie, d”esprit d”initiative, au génie créateur avéré et apprécié sous d”autres cieux.

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De la diaspora, des armées de professionnels, d”intellectuels vrais, de scientifiques de haut vol, de génies concepteurs, tous des fils du pays prêts à bâtir, n”attendent que l”appel du drapeau national. Le Mali dispose de fleuves, de cours d”eau innombrables, des mines d”or, de la bauxite et, suprême don du Ciel, l”Office du Niger.

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Un tel pays doit réfléchir grandement à l”avenir. L”aide internationale, telle que ATT a l”air de la concevoir, est elle indiquée pour le Mali ? Ce débat aussi, il faut le mener.

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Pour l”heure, contentons-nous de quelques avis autorisés. Dialla Konaté, notre éminent professeur ci-dessus cité, a ce diagnostic : "Vue de Bamako, l”économie malienne semble très active. Le problème est qu”elle est alimentée par trois sources qui enivrent, mais ne développent point. Ce sont des drogues. Ces drogues sont : la corruption (au sens large), l”endettement structurel (importation de biens avec déséquilibre commerciale) et l”aide extérieure».

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Jean Claude Casanova, économiste et politologue français, a fait au début des années 90, dans une étude universitaire, l”amer constat suivant sur l”Afrique dont fait partie le Mali : "L”Afrique a reçu, pendant ces 25 dernières années, quatre fois plus d”aide que les autres continents : entre 16 et 19 dollars par an et par habitant, alors que la moyenne des pays pauvres d”Asie ou d”Amérique latine se situe entre 4 et 5 dollars. Or, l”Asie s”est développée avec une rapidité foudroyante et l”Amérique latine beaucoup plus qu”on ne le dit. Mais pas l”Afrique".

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En 2002, au moment où ATT prenait fonction, l”Américain Milton Friedman célèbre économiste, chroniqueur, héraut du libéralisme économique qui a inspiré Margaret Thatcher et Ronald Reagan, dressait un sombre tableau des institutions de Bretton Woods : "Le FMI est un échec complet. Il a, peut-être, empêché certaines crises. Mais il a surtout eu pour effet de les multiplier. Quant à la Banque mondiale, elle porte une lourde responsabilité vis-à-vis de l”Afrique- un continent qui, globalement, se retrouve aujourd”hui dans une situation qu’ il y a cinquante ans. La  Banque a financé les dictateurs et renforcé leurs pouvoirs, alors que ces pays avaient besoins de moin d”Etat. Loin d”affaiblir le pouvoir des Etats centraux, la Banque mondiale a renforcé leurs moyens de répression".

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Milton Friedman nous a quittés le jeudi 16 novembre 2006 à 94 ans. Peut-être  a-t-il été sage de nous laisser dans ses tiroirs l”avertissement que l”aide internationale pour nos pays, loin de nous servir, nous asservit au contraire et risque de ne nous accorder, au finish, qu”une souveraineté tronquée.

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Tout en faisant le bonheur de faux démocrates heureux de la mainmise de l”extérieur sur notre patrimoine, pourvu qu”ils en tirent confort, luxe et pouvoir.

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Amadou N’ Fa DIALLO

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