Situation délétère dans le parti de la poignée de mains : Soumaïla Cissé et Oumar Touré pourront-ils encore s’entendre ?

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En effet, c’est sur les épaules de ces deux personnalités que reposait l’URD, le parti de la poignée de main. L’un et l’autre étaient, d’ailleurs, comme des frères jumeaux à la création du parti le 1er juin 2003. Oumar Ibrahima Touré, à l’époque cadre à la Cellule d’appui au développement à la base (CADB), était un très proche de l’ex-super ministre d’Alpha Oumar Konaré, Soumaïla Cissé. Même après la défaite de ce dernier à la présidentielle de 2002, face au candidat indépendant Amadou Toumani Touré, Oumar Ibrahima Touré allait demeurer fidèle avec tout le risque qu’un tel comportement pouvait avoir comme conséquence à l’époque. Mais, ces dernières années, c’est une sourde mais persistante tension qui entoure les relations entre ces pères fondateurs du parti de la poignée de mains. Et la sortie, dans des conditions humiliantes tant pour l’intéressé lui-même que pour son parti, du gouvernement de l’ex-ministre URD de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, n’allait rien arranger à la situation. Un retour en arrière est-il maintenant possible ?

A la création de l’URD, le 1er juin 2003, tout le monde s’attendait à ce que le jeune et élégant (il est toujours impeccablement habillé) Oumar Ibrahima Touré, allait occuper le poste de premier vice-président du parti de Soumaïla Cissé. Mais le fait que le n°1 du parti, Younoussi Touré, fraichement de la Commission de l’UEMOA, soit lui-même, à l’instar du parrain Soumaïla Cissé, un ressortissant du nord du pays, avait réduit les chances de l’enfant de Goundam, Oumar Ibrahima Touré. C’est ainsi qu’il se retrouva au rang de deuxième vice-président, venant après Me Abdoul Wahab Berthé, un fils de la grande famille des Berthé de Sikasso, qui avait fait fondre son parti, le PMDR, dans la nouvelle formation politique, l’URD. Le raisonnement qui a prévalu, à l’époque, à ce classement était, dit-on, qu’il ne fallait pas que les trois premiers hauts responsables du parti soient tous du nord. Afin d’éviter que l’URD ne soit taxé d’être " un parti régionaliste ".

Quelques mois après la création de l’URD, Soumaïla Cissé, candidat malheureux à la présidentielle de 2002, que le chômage avait quelque peu émoussé, reçut un ballon d’oxygène du nouveau président de la République, le généreux Amadou Toumani Touré. Car, après la débauche d’argent à la présidentielle de 2002, pour un résultat quand même flatteur, l’enfant de Niafunké avait besoin de respirer un peu…et si possible loin du pays. ATT, qui n’est pas rancunier contrairement à d’autres, sollicita ses pairs d’accepter de confier les rênes de la Commission de l’UEMOA à un fils du Mali, en l’occurrence Soumaïla Cissé, qui fut, sept ans durant, l’argentier du pays. Qui ne sera pas, en tout cas, en terrain inconnu dans ses nouvelles fonctions car la dévaluation du franc CFA est intervenue au moment où il était le tout-puissant ministre de l’Economie et des Finances du Mali. C’est dire que l’informatique également mène partout.

Grâce donc à ATT, Soumaïla Cissé accéda au poste, avec gros salaire évalué à plus de 10 millions par mois, de président de la Commission de l’UEMOA. C’est ainsi que le challenger d’ATT allait déposer ses valises au pays des Hommes intègres pour…huit ans. Loin des bruits et des sollicitations quotidiennes des militants du parti qu’il venait de créer dans la perspective de la présidentielle de 2007. Déjà ?

Durant cette longue période – en tout cas jusqu’en début 2010 où ses déboires avec la justice ont commencé avec l’affaire du Fonds mondial – c’est le ministre Oumar Ibrahima Touré qui assurait la prise en charge d’un gros morceau dans les dépenses du parti. D’abord, en tant que ministre délégué (ADEMA) à la Sécurité alimentaire, il n’a hésité un seul instant pour s’afficher et travailler aux côtés de Soumaïla Cissé à la création de l’URD, sortie des flancs du parti des abeilles. Cette mission réussie, il démissionna, alors qu’il était ministre toujours au titre de la ruche, pour se faire élire à la Direction de l’URD. Son apport dans la mobilisation et l’implantation du parti, principalement dans les régions nord du Mali (y compris Mopti) a été capital. D’où l’amertume qui a envahi les rangs du parti de la poignée de mains dans le septentrion à l’annonce, le 4 juin 2011, et tout juste à la veille d’un voyage présidentiel aux Etats-Unis, par le parquet général près la Cour Suprême du Mali, de l’inculpation et de la mise sous contrôle judiciaire de Oumar Ibrahima Touré pour atteinte aux biens publics, détournement de deniers publics, faux et usage de faux, favoritisme et complicité de favoritisme. Une chute qui a été précédée par la suspension de six mois dont Oumar Ibrahima Touré, 2ème vice-président du parti, avait écopé de la part de ses camarades membres de la Direction du parti, le 27 septembre 2008.

Durant toute cette période où Oumar Ibrahima Touré fut successivement Ministre délégué à la Sécurité alimentaire, ministre de l’Elevage et de la Pêche et ensuite, jusqu’au soir du 5 décembre 2010, ministre de la Santé, les relations entre ce dernier et Soumaïla Cissé ont, certes, connu des hauts et des bas mais non jamais été rompues. Tel ne semble pas être le cas présentement.

 Il s’agit maintenant de savoir si un retour en arrière est possible. Si Soumaïla Cissé, de retour définitif au pays et investi candidat de son parti  à la présidentielle de 2012, le 18 septembre dernier, pourra renouer de bons, durables et constructifs rapports avec Oumar Ibrahima Touré…Ou bien si le pont est définitivement rompu entre les deux hommes, les deux véritables piliers du parti de la poignée de mains.                  

 A suivre.

Mamadou FOFANA

 

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