Un an après la chute D’IBK : Le pilotage à vue continue

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Il y a un an (mercredi, 18 août) jour pour jour, le Comité national pour le salut du peuple, sous la pression de la rue, mettait fin au régime despotique du président Ibrahim Boubacar Keïta. Malheureusement, une année après, le peuple malien ne sait pas encore de quoi sera fait demain. Les autorités de la transition ont opté pour ‘‘ôtes-toi pour que je m’y mette’’. Pourtant, le sursaut national leur interpellait de tourner la page de la mauvaise gouvernance pour fonder un nouvel État malien, réclamé depuis le 26 mars 1991, au bénéfice du peuple malien.

Massacres de populations civiles, assassinats ciblés, paysans interdits d’aller aux champs, villageois soumis au payement de taxes, attaques de convois militaires, de cars de transport, braquages des institutions financières, grèves, laisser-aller, incivisme, indiscipline, insouciance. Une année après, ce tableau de la mauvaise gouvernance du régime du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) hante encore les esprits des femmes et des hommes épris de paix et de justice. Il est loin d’être reluisant et comblé les attentes de tous ceux qui aspiraient à un changement radical dans la gestion des affaires de l’État. Pourtant, rien n’empêchait les nouvelles autorités installées après la démission d’IBK d’asseoir le soubassement d’un nouvel État à travers des réformes nécessaires et souhaitées par l’ensemble du peuple malien. Dans la mesure où elles bénéficiaient du soutien sans faille d’une population excédée par la corruption des cadres politiques et véreux de l’administration publique.

Mais hélas ! La montagne a accouché d’une souris. L’espoir d’un Mali nouveau a presque volé en éclats. Les hommes forts du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), acclamés quelques jours après le départ du président Keïta à la place de l’Indépendance, ont mélangé choux et chèvres. Ils ont pris le contre pied de la volonté populaire incarnée par le Mouvement du 5 juin- Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) qui réclamait une nouvelle gouvernance dans la gestion de l’État en s’appuyant sur des femmes et des hommes qui ont contribué, par leur manque de vision, à faire perdre à notre pays sa dignité, son honneur et sa souveraineté. Mais aussi, les auteurs du coup d’État du 18 août 2020, membres du CNSP, qui n’ont jusque-là pas clairement dévoilé leurs intentions de voir sortir le Mali de ce bourbier, ont opté pour les pratiques mafieuses du système défunt et avec lui son pilotage à vue comme mode de gestion. Ce qui fera dire en son temps à l’actuel Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, que la transition est en train de faire du IBK sans IBK.

Et avec lui, malheureusement, c’est le même son de cloche. Au lieu d’opérer un virage à cent degrés dans la gestion de l’État pour doter le Mali de gens capables de réinventer la roue pour une sortie harmonieuse de crise sans précédent, née de toutes pièces pour satisfaire le désidérata d’une poignée de nos compatriotes, valets de l’impérialisme occidental, on prend les mêmes et on recommence.

Nommé en juin dernier Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, ancien porte- parole du M5-RFP, est censé être l’homme de la rupture avec les anciennes pratiques pour donner un sens au combat politique de son organisation qui a chassé IBK sous fond de mauvaise gestion du pays. Mais tel ne semble pas être le cas. Le Premier ministre Maïga s’accommode au pilotage à vue et trouve aussi que c’est un terreau facile pour noyer le poisson dans l’enrichissement personnel. Et les chantiers auxquels il devait s’attaquer pour dégager l’horizon sont laissés à l’abandon au profit d’un bavardage inutile et savamment entretenu au sommet de l’État autour d’un organe unique de gestion des élections, de la confusion de l’article 39.

Là où il était attendu pour baisser la tension qui ne cesse de monter d’un cran, c’était sur le terrain de la réduction du train de vie de l’État comme lui-même n’a cessé de demander quand il battait le pavé pour exiger la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. Malheureusement, il n’a rien entrepris dans ce sens. Le même train de vie de l’État sous IBK continue de plus belle avec le même gaspillage: les fonds dits de souveraineté accordés à des présidents d’institutions, les avantages aux anciens présidents de la République, anciens Premiers ministres, pensions parlementaires aux anciens députés, les avantages faramineux donnés à des fainéants dans l’administration, etc. Des missions, des déplacements, des visites, des séminaires, des ateliers, des conférences sans retombée sur la population s’organisent et s’effectuent à longueur de journée. Ils constituaient aujourd’hui des moyens entre les mains des autorités de la transition de soutirer de l’argent du Trésor public.

Le pilotage à vue comme mode de gestion constitue une course effrénée à l’argent facile pour les autorités de la transition. Militaires aussi bien que civils veulent constituer un trésor de guerre par le système mafieux laissé par Ibrahim Boubacar Keïta. Et il est en passe de reléguer au second plan les attentes du peuple malien qui ne sait pas encore de quoi sera fait demain. À savoir la refondation de l’État. Un an après, aucune démarche digne de ce nom n’a encore été entreprise dans ce domaine pour l’avènement d’un Mali nouveau. Ce pilotage à vue constitue aussi un moyen entre les mains des hommes de la transition de protéger les bandits et les délinquants financiers gorgés du sang du peuple malien. Alors que les attentes sont nombreuses dans le dossier de la lutte contre la corruption et la délinquance financière.

Une année après la démission d’IBK, les autorités de la transition s’enlisent entre enrichissement personnel avec les méthodes mafieuses du régime défunt et les urgences du peuple malien déjà mises dans les oubliettes de l’histoire. Et si elles ne mettent pas fin à ce pilotage à vue instauré comme mode de gestion, les mêmes effets risquent de produire les mêmes causes. Que Dieu nous en garde !

Yoro SOW

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3 COMMENTAIRES

  1. ET MALGRE TOUTES CES AIDES

    oe Biden sans regrets
    “Je ne regrette pas ma décision” de quitter l’Afghanistan, a assuré mardi le président américain Joe Biden, même si la rapidité avec laquelle l’armée afghane s’est désintégrée devant l’avancée des talibans a surpris et déçu les Américains, qui ont dépensé plus de 1.000 milliards de dollars en 20 ans pour la former et l’équiper.

  2. LE PRESIDENT AFGHAN A MANQUE DE VISION STRATEGIQUE DONC NE FAITES PAS LA MEME ERREURE MESSIEURS LES COLONELS CAR LES TALIBANS ONT GAGNE SANS HELICOS -AVIONS-DRONES-MISSSILES MAIS AVEC TROUPES ET 4X4 AU SOL SANS GILET PAR BALLES AVEC SANDALES ET VIEILLES KALACH !

    IL FAUT INVESTIR MASSIVEMENT DANS LE RECRUTEMENT ET LA LOGISTIQUE ET ASSOCIER LA POPUTLATION CIVILE

    – Afghanistan : ce qu’il faut savoir de la progression éclair des talibans

    International
    CARTES – Afghanistan : ce qu’il faut savoir de la progression éclair des talibans
    Jeudi 12 août 2021 à 11:35 – Mis à jour le vendredi 13 août 2021 à 15:53 – Par Sixtine Lys, France Bleu
    Les talibans se sont emparés ce vendredi de la ville de Pul-e-Alam, à 50km au sud de Kaboul, et contrôlent désormais la moitié des capitales provinciales afghanes, alors que le départ des forces internationales doit s’achever d’ici le 31 août. Les États-Unis procèdent à l’évacuation de diplomates.

    Les talibans ont lancé cette offensive en mai (photo d’illustration).
    Les talibans ont lancé cette offensive en mai (photo d’illustration). © Maxppp – Sayed Mominzadah
    Les talibans ont lancé cette offensive en mai, au début du retrait final des forces américaines et étrangères, mais leur avancée s’est accélérée ces derniers jours avec la prise de plusieurs centres urbains. Le gouvernement afghan et son président, Ashraf Ghani, sont proches de perdre tout contrôle. Le départ des forces internationales doit être achevé d’ici le 31 août, vingt ans après leur intervention dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le pays est-il en passe de tomber aux mains de talibans ? France Bleu vous explique.

    Dix capitales provinciales conquises en une semaine
    Les talibans détenaient ce vendredi matin la moitié des 34 capitales provinciales de l’Afghanistan, après avoir conquis la ville de Pul-e-Alam, à 50km au sud de Kaboul. Les insurgés ont lancé leur offensive en mai, à la faveur du début du retrait des forces étrangères, qui doit être achevé d’ici la fin août, mais les prises s’accélèrent depuis huit jours. L’essentiel de l’ouest, du sud, et même du nord, une région qui leur avait pourtant toujours résisté par le passé, est maintenant sous leur coupe.

    Carte de l’Afghanistan localisant les villes prises par les talibans, au 13 août
    Carte de l’Afghanistan localisant les villes prises par les talibans, au 13 août © AFP –
    Carte de l’évolution des zones de contrôle du territoire afghan par le gouvernement ou les talibans, d’avril à août 2021
    Carte de l’évolution des zones de contrôle du territoire afghan par le gouvernement ou les talibans, d’avril à août 2021 © AFP –
    Atrocités
    Quelque 400.000 personnes ont été déplacées en Afghanistan, dont 80% de femmes et d’enfants, à cause des combats depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au moins 183 civils ont été tués et 1.181 blessés, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat et Kunduz, selon l’ONU. Nombre de civils ont ainsi afflué ces dernières semaines à Kaboul, où une grave crise humanitaire menace.

    Les talibans sont accusés de nombreuses atrocités dans les endroits passés sous leur coupe. Abdulmanan, un déplacé de Kunduz, a confié à l’Agence France Presse avoir vu les talibans décapiter un de ses fils, sans savoir “si son corps a été mangé par les chiens ou enterré”.

    Nasser a fui l’Afghanistan, en 2008, à l’âge de 13 ans. Il vit désormais dans une petite commune de l’Yonne, mais sa ville natale, Baghlan, a été prise par les talibans ce mardi. Sa tante, ses cousines et ses cousins y vivent toujours. “En ce moment, j’appelle plusieurs fois par jour pour avoir des nouvelles, mais c’est parfois un peu compliqué, car ils coupent tout”, explique le jeune boulanger à France Bleu Auxerre. “Les talibans sont en train de gagner du terrain et ils font du mal aux gens. Quand les talibans arrivent dans une ville ou un village, ils tuent les gens, les enfants, ils violent les femmes, ils font des choses inimaginables !”

    Nasser Moradi, le boulanger de Carisey, s’inquiète pour sa famille en Afghanistan

    “Les informations qui filtrent depuis les districts qu’ils ont pris récemment ne sont pas bonnes concernant les femmes”, rapporte à franceinfo Solène Chalvon-Fioriti, grand reporter, nommée pour le prix Bayeux des correspondants de guerre pour un reportage Afghanistan. “On voit bien qu’ils demandent à nouveau aux femmes de rester chez elles, de porter la burqa, de sortir uniquement avec un homme de leur famille, une sorte de chaperon qui vous suit partout.”

    Joe Biden sans regrets
    “Je ne regrette pas ma décision” de quitter l’Afghanistan, a assuré mardi le président américain Joe Biden, même si la rapidité avec laquelle l’armée afghane s’est désintégrée devant l’avancée des talibans a surpris et déçu les Américains, qui ont dépensé plus de 1.000 milliards de dollars en 20 ans pour la former et l’équiper.

    Effectifs, moyens, moral : le point sur les forces en présence en Afghanistan
    Effectifs, moyens, moral : le point sur les forces en présence en Afghanistan © AFP –
    En raison de l’accélération des événements, Washington a annoncé dans la nuit avoir décidé de “réduire encore davantage” sa “présence diplomatique” à Kaboul. Pour mener à bien cette évacuation de diplomates américains, le Pentagone va déployer 3.000 soldats à l’aéroport international de la capitale, qui rejoindront les 650 militaires américains encore présents en Afghanistan, a précisé son porte-parole, John Kirby. Quelque 3.500 autres militaires seront positionnées au Koweït pour pouvoir être envoyés en renfort en cas de détérioration de la situation à Kaboul. Washington a bien précisé qu’il ne s’agissait “pas d’un réengagement militaire dans le conflit”.

    Carte de l’Afghanistan et lieux où des soldats américains vont être mobilisés pour évacuer les ressortissants américains
    Carte de l’Afghanistan et lieux où des soldats américains vont être mobilisés pour évacuer les ressortissants américains © AFP –
    Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir. Le Premier ministre britannique Boris Johnson convoque une réunion de crise ce vendredi après-midi. Dans la foulée de l’annonce américaine, les pays de l’Otan se réunissent en urgence vendredi. “L’évacuation” du pays sera au coeur des discussions, a précisé un responsable de l’Alliance à Bruxelles. Ces évacuations interviennent alors que les rebelles restent sourds aux efforts diplomatiques des États-Unis et de la communauté internationale.

    Pas enclins au compromis
    Trois jours de réunions internationales à Doha, au Qatar, se sont achevés jeudi sans avancée significative. Dans une déclaration commune, les États-Unis, le Pakistan, l’Union européenne et la Chine ont affirmé qu’ils ne reconnaîtraient aucun gouvernement en Afghanistan “imposé par la force”. Les talibans risquent de n’être nullement enclins au compromis, alors que les autorités leur ont proposé jeudi en catastrophe “de partager le pouvoir en échange d’un arrêt de la violence”, selon un négociateur gouvernemental aux pourparlers de Doha, qui a requis l’anonymat. Le président afghan, Ashraf Ghani, avait toujours rejeté jusqu’ici les appels à la formation d’un gouvernement provisoire non élu comprenant les talibans.

    À Washington, le président Biden se retrouve sous la pression de l’opposition, alors que l’évacuation programmée du personnel diplomatique ravive le douloureux souvenir de la chute de Saigon, au Vietnam, en 1975. “L’Afghanistan fonce vers un immense désastre, prévisible et qui aurait pu être évité”, a fustigé jeudi le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell. Des alliés aussi dénoncent la signature en février 2020 à Doha par l’ex-président américain, Donald Trump, de l’accord avec les talibans qui a mené au départ des troupes étrangères, qu’ils jugent précipité.

    La France a annoncé ce jeudi avoir suspendu dès début juillet les expulsions des migrants afghans déboutés de leur demande d’asile vers leur pays d’origine en raison des combats. “Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire en Afghanistan, la France a suspendu les éloignements vers ce pays depuis le début du mois de juillet. Nous suivons l’évolution de la situation de près, en lien avec nos partenaires européens”, a déclaré le ministère de l’Intérieur, au lendemain d’une annonce similaire de l’Allemagne et des Pays-Bas.

    Conflit armé

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