Le président de l'Assep, Boubacar Yalkoue persiste et signe : "Nous sommes demandeurs d'un véritable mécanisme d'autorégulation de la presse"

Autorégulation des médias, Conseil des pairs et relecture de la Convention collective ...

19 Sep 2026 - 01:48
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Le président de l'Assep, Boubacar Yalkoue persiste et signe : "Nous sommes demandeurs d'un véritable mécanisme d'autorégulation de la presse"

Autorégulation des médias, Conseil des pairs et relecture de la Convention collective : le président de l'Assep, Boubacar Yalkoué, revient sur les préoccupations de la presse écrite privée et plaide pour une démarche fondée sur la concertation, le respect des textes et la prise en compte des difficultés économiques du secteur.

Le cadre de concertation des faitières de la presse écrite privée (Assep, Groupe, Unajep) a tenu, le samedi 12 septembre 2026, au siège de l'Assep, son assemblée générale extraordinaire afin d'échanger sur la préfiguration de l'organe d'autorégulation des médias, communément appelé Conseil des pairs, et la relecture de la Convention collective de la presse. Au nom du cadre de concertation de la presse écrite privée, le président de l'Assep, Boubacar Yalkoué, a expliqué les enjeux majeurs de cette rencontre et la nécessité de prendre en compte les préoccupations de la presse écrite privée dans les différentes démarches. Selon lui, la présence massive des responsables de la presse écrite à cette assemblée générale traduit une conviction simple mais fondamentale : "Les grandes décisions qui engagent l'avenir du secteur doivent être discutées collectivement, dans la transparence, la responsabilité et le respect des règles qui régissent nos organisations".

Et d'ajouter que deux questions majeures sont inscrites à l'ordre du jour de la rencontre, notamment : "La préfiguration de l'organe d'autorégulation des médias, communément appelé Conseil des pairs, et la relecture de la Convention collective de la presse".

A ses dires, ces deux sujets sont d'une importance capitale. Car ils touchent directement à l'organisation de la profession, à son avenir, à ses responsabilités, mais également aux conditions de travail de celles et ceux qui font vivre quotidiennement la presse malienne.

En abordant le fond de ces questions, il a rappelé les circonstances qui ont conduit à convoquer cette assemblée générale extraordinaire. Et de poursuivre que, le jeudi 3 septembre 2026, il a reçu un appel du président de la Maison de la presse l'informant de sa décision de mettre en place deux commissions, dont l'une travaillera sur les fondations du Conseil des pairs et l'autre sur la relecture de la Convention collective.

Associer en amont les organisations patronales

A la suite de cet échange, dit-il, il a pris attache avec le secrétariat général du bureau de l'Assep et les observations qui ont été formulées l'ont conduit à solliciter l'avis de l'ancien président de l'Assep, en l'occurrence Bassidiki Touré, afin de lui exposer ses réserves sur la démarche adoptée.

Sur les conseils de ce dernier, ajoute-t-il, le secrétaire général de l'Assep et lui-même ont rencontré le président de la Maison de la presse. Au cours de cette rencontre, ils ont exprimé, avec tout le respect dû aux institutions et aux personnes, leurs préoccupations quant à la manière dont ces deux initiatives avaient été engagées. "Il ne s'agit nullement, pour nous, de contester le principe des réformes. Il s'agit plutôt de nous interroger sur la méthode, la concertation et le respect des prérogatives de chaque organisation", a-t-il précisé. Sur la question de l'autorégulation, il dira que les responsables du cadre des faitières de la presse écrite ont appris la décision relative à sa mise en place à l'occasion de l'audience accordée à une délégation de la presse par le ministre en charge de la Justice.

A l'issue de laquelle, déplore-t-il, il a interpellé le premier vice-président de la Maison de la presse pour exprimer son étonnement que l'Assep n'ait pas été préalablement informée d'une décision aussi importante pour l'ensemble de la profession. "Il en était de même, à notre connaissance, pour le Groupe et l'Unajep", a-t-il martelé.

A l'en croire, lorsqu'une décision concerne l'ensemble d'un secteur professionnel, "les organisations qui en sont les principales représentantes doivent naturellement être associées en amont à la réflexion et à la démarche". Aussi, il a rappelé qu'une première commission avait déjà été mise en place en 2025 pour travailler sur cette question et comprenait notamment les doyens Sadou Yattara et feu Hamèye Cissé en qualité de personnes-ressources, ainsi que des représentants de plusieurs associations de presse. Il ajoutera que cette commission a travaillé jusqu'en septembre 2025, date à laquelle son président avait suspendu les travaux, en indiquant qu'un retour serait fait en cas d'évolution du dossier.

En ce qui concerne la suite des travaux de ladite commission, il a été formel : "Les choses en sont restées là jusqu'à la récente décision de mettre en place une nouvelle commission, chargée de poursuivre une mission similaire, sans que les membres de la première commission ne soient, à notre connaissance, préalablement consultés".

L'Assep n'est pas opposée à l'autorégulation

"Nous nous sommes alors interrogés : qu'est devenu le travail de la première commission ? Quel en est le bilan ? Existe-t-il un rapport final ? Sur quelle base les documents de cette première commission ont-ils été repris ?", s'interroge-t-il.

Pour le président de l'Assep, ces interrogations ne sont pas motivées par une quelconque opposition de principe. Elles procèdent simplement d'un souci de cohérence et de respect du travail accompli.

"Je voudrais d'ailleurs être très clair sur un point. L'Assep n'est pas opposée à l'autorégulation. Bien au contraire. Nous sommes demandeurs d'un véritable mécanisme d'autorégulation de la presse. Le Conseil des pairs figure d'ailleurs parmi les orientations de notre plan d'action triennal", assure-t-il.

À chaque occasion, poursuit-il, le cadre a défendu l'idée selon laquelle la profession doit être capable de se réguler elle-même, de renforcer son éthique et sa responsabilité et de restaurer davantage la confiance entre les médias et la société. Et de rappeler que, lors de la dernière assemblée générale de l'Assep, cette question a également été évoquée et ses mandants ont clairement exprimé leur adhésion au principe.

Cependant, il précisera que leur réserve porte donc sur la démarche. "Nous voulons un Conseil des pairs qui soit véritablement l'émanation de la profession, construit dans la concertation et bénéficiant de la légitimité de toutes les composantes concernées", laisse entendre M. Yalkoué.

En abordant la question relative à la Convention collective, il a indiqué que la Convention collective en vigueur date de 2008. "Force est de constater qu'elle n'a pas connu l'application qu'elle aurait méritée. Les raisons de cette situation doivent d'ailleurs être clairement identifiées", ajoute-t-il.

Maison de la presse : pas signataire de la Convention collective

Mais, s'indigne-t-il, là encore, la préoccupation porte d'abord sur la procédure suivie. Car la décision de procéder à une relecture de cette Convention a été annoncée sans consultation préalable des organisations patronales et syndicales signataires. "Nous avons notamment appris l'existence de cette initiative à travers des audiences avec des membres du gouvernement. Cette situation nous a naturellement interpellés. La Convention collective elle-même prévoit les modalités de sa dénonciation et de sa révision".

Avant de rappeler que l'article 2 de ladite convention dispose que : "La présente Convention est conclue pour une durée indéterminée". Elle précise ensuite qu'elle peut être dénoncée, en tout ou en partie, par l'une quelconque des parties signataires, sous réserve d'un préavis de trois mois, et que la partie qui prend l'initiative de la dénonciation doit l'accompagner d'un nouveau projet d'accord sur les points mis en cause.

"La question que nous devons donc nous poser est simple : ces dispositions ont-elles été respectées ? A notre connaissance, aucune des parties signataires ne peut aujourd'hui affirmer avoir été régulièrement saisie dans les conditions prévues par la Convention", renchérit l'orateur.

A ses dires, il convient également de rappeler que la Maison de la presse n'est pas, en tant que telle, signataire de cette Convention collective. "L'article premier est explicite lorsqu'il précise que la Convention régit les rapports de travail entre les employeurs et les travailleurs des entreprises de presse exerçant leur activité sur l'ensemble du territoire de la République du Mali. La Convention concerne donc directement les employeurs et les travailleurs, représentés par leurs organisations respectives", martèle-t-il. Dès lors, selon lui, une question légitime se pose : quelle est la compétence de la Maison de la presse pour engager, à elle seule, une telle procédure ? "Nous ne posons pas cette question pour créer une polémique. Nous la posons parce que nous sommes attachés au respect des textes, des procédures et des responsabilités de chacun. Au-delà de la procédure, nous devons également nous interroger sur le contexte dans lequel une telle réforme est envisagée. Personne n'ignore aujourd'hui les difficultés considérables auxquelles sont confrontées les entreprises de presse", précise-t-il.

Intensifier le plaidoyer auprès de l'Etat et des partenaires

Avant de faire remarquer que le secteur traverse une crise économique profonde parce que l'aide à la presse accuse un retard considérable depuis plusieurs années, les contrats publicitaires se raréfient, les revenus diminuent, les charges augmentent et nombre d'entreprises peinent tout simplement à assurer leur survie.

Dans un tel contexte, dit-il, la question de la Convention collective est évidemment légitime. Car les salaires, la protection sociale, les conditions de travail et les droits des travailleurs doivent rester au cœur des préoccupations. "Mais nous devons aussi avoir le courage de regarder la réalité en face. Une entreprise de presse économiquement asphyxiée ne peut durablement offrir de meilleures conditions à ses travailleurs. C'est pourquoi nous estimons que le combat doit être mené sur plusieurs fronts à la fois : améliorer les conditions des travailleurs, certes, mais aussi sauver et renforcer les entreprises qui les emploient", souligne-t-il.

Pour M. Yalkoué, la priorité des entreprises de presse doit donc être de fédérer leurs énergies, d'unir leurs organisations, d'intensifier le plaidoyer et le lobbying auprès de l'Etat et de tous les partenaires afin que la situation économique de la presse privée soit véritablement prise en compte.

  Boubacar Païtao

 

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Autorégulation des medias et relecture de la convention collective :

Les faitières de la presse écrite réaffirment leur adhésion, mais récusent la méthode

Réunies en assemblée générale extraordinaire, l'Assep, le Groupe et l'Unajep réaffirment leur attachement à l'autorégulation des médias et à l'actualisation de la Convention collective. Elles réclament toutefois une démarche plus inclusive, fondée sur la concertation et le respect des prérogatives de chaque organisation.

Dans une déclaration commune faite à l'issue de leur assemblée générale extraordinaire tenue, le samedi 12 septembre 2026 au siège de l'Assep, les faitières de la presse écrite privée (Assep, Groupe et Unajep) réaffirment leur adhésion au principe de l'autorégulation des médias et expriment des réserves sur la démarche engagée. A l'issue des échanges, les trois organisations réaffirment leur attachement à l'unité de la profession, au dialogue et à la concertation. Elles estiment que toute réforme concernant la presse doit être menée de manière inclusive, transparente et avec l'implication effective des organisations représentatives.

Sur l'autorégulation de la presse, elles réaffirment leur adhésion au principe de l'autorégulation des médias, qu'elles considèrent comme un moyen de renforcer l'éthique, la responsabilité et la crédibilité de la profession. Toutefois, elles expriment des réserves sur la démarche engagée, estimant que les principales organisations représentatives de la presse écrite privée auraient dû être associées dès le début du processus. En conséquence, elles souhaitent que les travaux se poursuivent dans un cadre inclusif afin de garantir la représentativité, l'indépendance et la légitimité de l'organe d'autorégulation, qui doit être véritablement l'émanation de la profession.

Sur la question de la révision de la Convention collective, les trois organisations reconnaissent la pertinence d'une actualisation de la Convention collective de la presse, dont les dispositions remontent à 2009, au regard des évolutions du secteur et des nouvelles réalités professionnelles. Cependant, elles soulignent que cette révision doit tenir compte de la situation économique particulièrement difficile des entreprises de presse, confrontées à la faiblesse des recettes, à l'augmentation des charges et à des difficultés de fonctionnement. Elles précisent que cette réserve ne porte donc pas sur le principe de la révision, mais sur la méthode, la procédure et le contexte dans lequel elle est envisagée.

Elles souhaitent que toute révision soit menée dans le respect des procédures prévues et dans le cadre d'un dialogue véritable entre employeurs et travailleurs, afin de concilier l'amélioration des conditions de travail avec la viabilité économique des entreprises de presse. Les trois organisations adoptent une position commune en réaffirmant leur disponibilité à dialoguer avec la Maison de la presse, les autorités publiques, les organisations syndicales et l'ensemble des partenaires du secteur. Ainsi, elles appellent l'Etat et les partenaires de la presse à prendre en compte la situation économique des entreprises, condition essentielle à la préservation des emplois, à l'amélioration des conditions de travail et au développement d'une presse professionnelle et indépendante.  Au terme de leurs travaux, les trois organisations décident de parler d'une voix commune sur les questions engageant l'avenir de la presse écrite privée. Elles réaffirment que l'unité de la profession constitue leur principale force et que les divergences sur les méthodes ne doivent pas remettre en cause la défense collective de ses intérêts.                    

 

Boubacar Païtao