Chicha : Cette addiction qui occupe dangereusement la jeunesse bamakoise

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De nos jours, la consommation de la pipe à eau très populaire, communément appelée Chicha prend une ampleur inimaginable à Bamako. Que cela soit en boites de nuit, à la maison, ou dans les grins, le nombre de consommateurs du chicha augmente chaque jour davantage. Ainsi, les consommateurs varient selon l’âge (entre 10 à 70 ans), le sexe (homme, femme).

La chicha est une pipe à eau de taille variée, destinée principalement à fumer du tabac ou de l’essence de fruits. Elle est aussi appelée gheylan, arguileh, Narguilé, chilam ou sisha. Ces différents synonymes proviennent de sources différentes, car l’origine exacte de la chicha n’est pas encore bien définie. Malgré cela, elle devient de plus en plus populaire. De nombreuses personnes en consomment régulièrement, ou lors de certaines occasions spéciales.

Les deux sortes de chicha

En effet, il excise 2 sortes de Chicha ; la chicha classique et la chicha électronique. `

La chicha classique fonctionne à l’aide du charbon. Elle est composée de plusieurs éléments qui ont leur propre utilité. A la base, se situe un réservoir qui contient de l’eau, auquel il est possible d’ajouter de l’eau de rose ou d’autres liquides qui pourraient améliorer la saveur. Dans ce réservoir est plongée une pipe immergée qui doit conduire la fumée venant du bol supérieur. Le tuyau dans lequel le consommateur doit inspirer est également rattaché au réservoir. Dans le bol supérieur doivent se trouver le tabac, la mélasse et les pulpes ou essences de fruits. Le charbon doit alors se poser au-dessus de ces éléments, pour les allumer et produire de la fumée. Ainsi, une fois tous les éléments en place, la consommation peut commencer. Il faut d’abord brûler le charbon, qui va ensuite allumer le tabac et les autres éléments se trouvant sur le bol supérieur. La fumée va alors descendre vers le bas, via la pipe immergée, et passer d’abord dans le contenu du réservoir, avant d’aller vers le tuyau de sortie et la bouche du consommateur.

Quant à la chicha électronique, elle est subdivisée en 2 sous-catégories. Il s’agit de la  chicha rechargeable et la chicha jetable ; qui ressemblent tous les deux à une sorte de stylo tout comme les cigarettes électroniques.

Les raisons de sa consommation

La différence entre les deux est que la chicha jetable a un nombre d’aspiration limité, allant de 500 à 1000 ; tandis que dans l’autre, on peut remettre du liquide et changer de goût.

Les causes de la dépendance  du chicha varient selon les consommateurs. Chacun consomme pour un but précis.

Ainsi, un consommateur dans l’anonymat nous explique : «j’ai commencé à consommer la chicha quand j’étais souffrant, j’ai attendu dire que la chicha donne l’appétit, cela a marché pour moi. Et après ma guérison, je continue à en prendre».

Selon cet autre amateur : «dans notre grin comme nous sommes tous des élèves donc nous cotisons pour acheter la chicha pour consommer ensuite tous ensemble». «J’ai commencé juste par suivisme au début mais maintenant je ne peux plus m’en passer», nous explique cet autre consommateur de la chicha.

D’après une jeune fille : «la chicha fait vraiment partie de moi maintenant. J’en prends à l’école, quand je sors avec mes copines, et même quand je suis dans ma chambre».

Certains  jeunes pensent que la chicha les empêche de boire de l’alcool.  «J’en mets la saveur de jus que je veux et cela m’empêche de boire de l’alcool » nous raconte un consommateur. Mais, d’autre en consomme pour faire diversion qu’ils boivent de l’alcool.  «Au lieu de mettre de l’eau, je mets de l’alcool. Ainsi, je suis à l’abri des mauvais regards qui pensent que je bois de l’alcool. Ils vont croire que c’est de l’eau ou de la saveur dans ma chicha» nous fait savoir cet autre consommateur. Certains consommateurs y mettent du joint pour fumer.

Nous avons approché un vendeur du gheylan, qui nous explique que l’ampleur que la chicha a de nos jours sur les gens est due au phénomène du chômage. Selon lui, les jeunes chômeurs ont beaucoup de temps. «Ils consomment pour tuer le temps». D’après lui, les affaires marchent comme sur des roulettes. Il peut vendre jusqu’à 100 paquets de tabac ou de l’essence de fruit de chicha par jours. Les prix des paquets varient entre  1000 à 2000 francs CFA. Le prix du chicha lui-même varie entre 1000 à 50000 francs CFA, selon les provenances et les qualités. Elles proviennent généralement de la France, la Chine, l’Algérie ou le Maroc.

Selon nos enquêtes, la marque qui marche le plus est ALFAKHER. La marque la plus chère est ADALYA. Une source, pense que la chicha n’est qu’une illusion, une sensation. Selon elle, lorsque le consommateur fume, il pense que c’est la saveur qu’il a mis dans le réservoir qu’il aspire alors que c’est la fumée qu’il prend en réalité.

Bien vrai que le nombre de consommateurs de la chicha est sans doute plus élevé à Bamako que n’importe quel autre excitant ; les pointes de vente ne sont pas aussi nombreux.

Par contre, on constate que les lieux de consommation sont de plus en plus nombreux. Par exemple, un restaurant qui a un endroit réservé pour la consommation de la chicha est plus fréquenté qu’un simple restaurant. C’est valable pour tous les endroits de recueillement, Bar, Boîte de nuit, Terrasse, grin et autres. Les prix où les consommateurs louent la chicha dans les restaurants et terrasses varient selon les lieux, 2000, 3000, 4000 F CFA. Par contre, dans les boîtes de nuit, c’est jusqu’à 5000F CFA. Pour ce vendeur de chicha, parmi ses clients, les  filles sont plus nombreuses  que les garçons. Personne d’entre les deux n’arrive à garder sur lui son argent de poche à cause de la dépendance à la chicha. Ce qui est bien sûr au profit du vendeur. Certains couples mariés font des sorties et en consomment ensemble. D’autres la prennent à la maison. Mais, la consommation de la chicha à la maison peut vraiment être dangereuse pour les enfants. Nous avons vu au cours de notre enquête que parfois les enfants de moins de 10 ans en consomment à l’insu de leurs parents tout simplement parce qu’ils ont vu ceux-ci en prendre.

Il existe aussi de l’encens de chicha pour rendre l’odeur de la maison agréable aux consommateurs.  Les utilisateurs y mettent toutes sortes de saveurs. Ce qui dépend du goût de tout un chacun (Orange, Pomme, Mint, Ananas, Coco, Kiwi, Coktail, Mint, Blulbery, Mango…)

Aussi, au cours de notre enquête, nous avons pu remarquer  que la consommation du chicha ne se limite pas seulement aux jeunes, il y a toute sorte de génération. La tranche d’âge varie entre 10 à 70 ans.

Pour mieux étudier les consommateurs nous nous sommes rendus dans une boîte de nuit située à Badalabougou en commune V de Bamako. Là, les consommateurs louent la chicha. Et, une fois le charbon finis, ils la remettent au gérant. Ce qui n’ont pas assez d’argent la loue ensemble et en consomme à tour de rôle. Mais les consommateurs qui ont plus de moyen, la louent seul et font changer le raccord qui se trouve au bout. Certains consommateurs sont conscients du fait que se passer la chicha d’une personne à une autre, favorise la contamination de bactéries ou de virus et la transmission de maladies. Dans cette boîte de nuit, nous avons remarqué que certaines jeunes filles en consomment avec leur copains, et d’autres avec les copines qui les ont accompagnés en boîte.

Selon une fille  «j’aime tellement la chicha que je ne peux plus garder mon argent de poche. Je mets tout dans la chicha».

En somme, l’ampleur de la consommation du Narguilé ou chicha dépasse tout entendement. Il faut voir pour y croire. La chicha est accessible à tous. Que cela soit pour les lieux de vente, les lieux où de consommation. On ne demande jamais l’âge du consommateur et on ne modère pas non plus la quantité qu’on doit vendre à un client. Les gens en prennent comme du Lipton ou du thé et apparemment cette situation ne gêne personne alors que fumer n’est jamais sans conséquence surtout l’excès. Et ne dit-on pas que «l’excès de tout chose est nuisible à l’homme».

Haoua Ouane

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