Consommation de la banane plantain : Les importateurs maliens en grève contre les planteurs ivoiriens

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Les friands de banane plantain ou “Alloco” vont devoir bouder leur plaisir gustatif pendant un moment. Les importateurs maliens, en froid contre les planteurs ivoiriens ont décidé de ne plus importer ce fruit consommé comme légume et bien prisé au Mali. Ils veulent juste prendre le temps de la réflexion en vue de parvenir à un accord satisfaisant pour les deux parties.

 

La banane plantain appelée aussi “Alloco” est fortement consommée au Mali et se vend cuite dans les marchés ou aux bords des rues comme friandises par certaines gargotières ou simples vendeuses de cacahuètes. Le Mali est l’un des principaux importateurs de ce produit directement importé de la Côte d’Ivoire. Selon des estimations, les importations maliennes de bananes plantains sont dans l’ordre des milliers de tonnes par mois.

Les amateurs de cette denrée en seront bientôt sevrés si Ivoiriens et Maliens n’enterrent pas la hache de guerre. Selon nos informations, les derniers camions en provenance de chez notre voisin du sud sont rentrés le 22 août dernier, consacrant ainsi la fin du trafic de cette marchandise avant qu’un compromis ne soit trouvé entre les deux parties. Selon Vieux Fadio Ballo, importateur depuis plus de 30 ans et membre du groupement des importateurs de bananes plantains, ils en ont ras-le-bol de l’enchérissement des coûts pratiqués par les producteurs ivoiriens et d’autres tracasseries.

“Nous achetions, il y a 5 à 6 ans, le chargement d’un camion de 5 tonnes à 70 000 F CFA. Ce qui nous faisait 1 050 000 F CFA un camion de 15 tonnes. Les planteurs ivoiriens ont refusé cette mesure pour nous vendre aujourd’hui par sac à 8 000 F CFA. Ce qui nous revient à 5 millions de francs, le même chargement de 15t. Cela est insupportable pour nous, puisque nous travaillons à perte”, a déclaré Vieux Fadio Ballo, qui soutient par ailleurs qu’ils sont traqués par des intermédiaires appelés “coxer”. A l’en croire, leur situation est davantage compliquée par le dédouanement et autres faux frais liés aux tracasseries routières tout au long de leur trajet.

Aux dires de M. Ballo, le dédouanement des 15 t se fait à 250 000 F CFA à Kadiana, dans la région de Sikasso, à la frontière malienne. En plus, il faut remettre 125 0000 F CFA au chauffeur pour passer aux différents postes de douane, de police et de gendarmerie. Malgré tout, le chauffeur est obligé de remettre à d’autres agents, 10 000 à 20 000 F CFA par ci et par là pour continuer tranquillement sa route et cela sans reçu. “Il nous arrive souvent que le transporteur s’arrête à Bougouni ou Ouelléssebougou, pour dire qu’il est à court d’argent ou que le camion est bloqué par des agents qui exigent le paiement de tels frais”, témoigne M. Ballo, noir de colère.

La proposition faite à leurs partenaires de la Côte d’Ivoire est le retour à l’ancien système de vente. Il s’agit des 70 000 F CFA les 5 T ou au cas échéant, la vente en détail, à raison de 3 à 4 bananes pour 50 F CFA. Les deux parties qui ne se sont pas totalement boudées ont convenu de se donner le temps de la réflexion et de reprendre langue dans un mois et cinq jours.

D’ici-là, les amateurs dAlloco ne sauront plus à quel saint se vouer. Les plus gros points de vente de Bamako, comme les marchés de Médina Coura, Faladié dans la cour du marché à poisson, commencent à sentir la pénurie. Conséquence : les quelques revendeurs qui en possèdent encore la vendent très cher, nous a dit un client. “J’en ai payé le mercredi dernier à 3 pour 200 F CFA. Alors que la même quantité était offerte à 100 F CFA”, affirme A. Touré, un sexagénaire venu pour payer 2000 F CFA. Il a ajouté, débité, que d’habitude, avec le même montant, son sachet de 25 F CFA était rempli. Mais cette fois, il n’avait même pas dépassé la moitié.

Pour M. Ballo l’importateur, la rupture se fera davantage sentir dans les jours à venir. La raison en est que la grève a été décidée de commun accord avec tous les importateurs du Mali de Bamako, Sikasso, Ségou, Mopti, qui demeurent les principaux et plus gros points de destination du pays.

“Nous préférons cet arrêt plutôt que de nous engouffrer chaque fois dans des situations qui finiront par faire péricliter nos affaires. Pis, nous connaissons le niveau de la bourse de nos concitoyens, si nous ne pouvons pas les aider, on n’a pas le droit de les enfoncer non plus”, a ajouté M. Ballo, qui s’est montré serein.

Abdrahamane Dicko

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