Me Malick Coulibaly, ancien ministre de la Justice : « Au Mali, il y a 3 entraves à l’accès à la justice »

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L’entrave psychologique, l’entrave économique, l’entrave géographique, ce sont les trois grandes difficultés d’accès à la justice au Mali. C’est en tout cas ce qu’a déclaré l’ancien ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Gardes des Sceaux, Me Malick Coulibaly, lors du lancement de la 3ème édition du Fest Hip Hop RapouDôgôkûn dont le thème était « Quelle justice pour un Mali meilleur ?».

 Reconnu être un homme de droit intègre et probe, celui-là qui, à la fleur de l’âge, a déposé sa robe de magistrat malgré ses avantages par refus de corruption, Me Malick Coulibaly, était l’invité des organisateurs de la 3ème édition du Fest Hip Hop RapouDôgôkûn. Il a fait un brillant exposé sur la justice malienne sur laquelle porte le thème de cette édition du festival initié par le rappeur Master Soumy.

A l’entame de ses propos, l’avocat stagiaire, comme il préfère se qualifier ainsi, a insisté sur l’importance de la justice pour la bonne marche de tout l’État, qu’il soit en difficulté ou non.

L’interdépendance entre la justice formelle et la justice traditionnelle

Si beaucoup de citoyens limitent l’accès à la justice aux Cours et Tribunaux, Me Malick Coulibaly, lui, voit plus loin. Pour lui, l’accès à la justice, au-delà des Cours et Tribunaux, s’étend à la justice traditionnelle et à tous les mécanismes pacifiques de règlement de conflits. « La justice entendue en termes d’accès ne se résume pas aux Cours et Tribunaux. Il y a donc une définition restrictive qui ne voit en l’accès à la justice que l’accès aux Tribunaux et aux Cours. Il y a une définition plus large que j’épouse qui va au-delà des Cours et Tribunaux, peut atteindre la justice traditionnelle », a expliqué l’ancien ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux.

Pour Me Malick Coulibaly, il y a une complémentarité entre la justice traditionnelle et la justice formelle, c’est-à-dire étatique. « La justice formelle, justice étatique et justice traditionnelle ne doivent pas être les systèmes parallèles. L’une peut apprendre de l’autre et évoluer en parfaite symbiose. La justice formelle gagnerait en humilité. La justice traditionnelle pourrait gagner de la justice formelle dans le respect des garanties. L’une et l’autre ont à apprendre mutuellement », a-t-il expliqué.

Les entraves à l’accès à la justice au Mali

Beaucoup dénoncent la lenteur de la Justice au Mali. Pour avoir été magistrat, avocat et Garde des Sceaux deux fois, Me Malick Coulibaly connait les difficultés d’accès à la justice au Mali. « Au Mali, il y a 3 entraves à l’accès à la justice », a-t-il indiqué. Il s’agit, selon l’invité de la 3ème édition Fest Hip Hop RapouDôgôkûn, de l’entrave psychologique, l’entrave économique et l’entrave géographique.

L’entrave psychologique.

Ce qui est déplorable, mais qui est une réalité, selon l’ancien ministre de la Justice, c’est que la justice fait peur au Mali. « La justice fait peur parce qu’on ignore la justice. La justice fait peur parce que les acteurs de la justice se sont hissés sur pied d’escale superbe », a-t-il laissé entendre avant de donner un exemple touchant qui fait que  les citoyens ont peur de la justice : « A moins de 100 kilomètres de Bamako, j’ai vu des justiciables assis à même le sol, le juge perché sur un fauteuil ministériel. Je me suis permis de lui poser la question qu’est-ce que cela pouvait signifier comme symbole. Et dans le lot, il y avait des chefs de village. Il dit, lui, il est le juge… » . Pour ce défenseur des droits de l’homme, les acteurs de la justice doivent intégrer la notion   de ‘’public servant’’ en lieu et place de fonctionnaire. « Nous sommes aux services des justiciables. S’il n’y a pas de justiciable, il n’y a pas de juge », a-t-il indiqué.

 L’entrave est économique 

Même si beaucoup l’ignore, Me Malick Coulibaly affirme que la justice a un coût. Comment ? Selon lui, « Il faut un avocat. Il faut souvent payer une expertise. Il faut se déplacer ». Et tout le monde, dit-il, ne peut pas faire face à ce coût-là. Il y a, dans les normes, une assistance judiciaire. Mais cette assistance judiciaire n’est pas fonctionnelle aux dires de Me Coulibaly. « Nous avons les commissions d’offices à l’occasion des sessions d’assises, mais l’avocat a, à peine, rencontré une seule fois son client et le procès est souvent pipé avant le renvoi aux assises. Or, la commission d’office n’intervient qu’au stade du jugement. L’État n’aide donc pas les plus vulnérables à accéder à la justice d’un point de vue économique », a reconnu l’ancien président de la Commission nationale des Droits de l’Homme.

L’entrave géographique

La distance géographique est l’une des grandes difficultés d’accès à la justice au Mali, selon Malick Coulibaly. A ses dires, certains dossiers peuvent être renvoyés de Kidal à Mopti et jusqu’à Bamako. Avec cette distance, le dossier prendra énormément de temps.

Les défis actuels de la justice malienne

La justice malienne a d’énormes défis à relever selon Me Malick Coulibaly. La lutte incisive contre l’impunité ou le sentiment d’impunité est le premier de ces défis. «Tout ce que nous avons comme violations au nord, au centre et au sud prennent leurs sources dans une réponse pénale très timide avec des liens avec le contexte sécuritaire », a-t-il laissé entendre. Pour le docteur en droit, la justice, même si elle la volonté, elle ne peut pas arriver à bout sans la sécurité. « Il faut engager et réussir de façon incisive cette lutte contre l’impunité pour toutes les violations des droits de l’homme sur l’ensemble du territoire national », a-t-il proposé.

Un autre défi à relever se situe au niveau du problème foncier. Selon Me Malick Coulibaly, 5% des litiges au Mali, même en matière pénale, ont un lien avec le foncier. «Il faut désamorcer la bombe foncière », a-t-il sollicité.

Il propose aussi la célérité dans les procédures, surtout en matière pénale. A son entendement, l’amélioration des conditions de vie et de travail des acteurs de la justice est nécessaire, ne serait-est ce que pour éviter qu’ils soient corrompus.  « Le magistrat qui se demande, la nuit, comment il va soigner son enfant demain ; comment il va payer la scolarité de son enfant demain, a de fortes chances d’être corrompu. Il faut donc les mettre dans les conditions », insiste l’ancien Garde des Sceaux.

Il faut rappeler que Me Malick a également déploré le budget insuffisant de certaines juridictions.

Boureima Guindo

Commentaires via Facebook :

12 COMMENTAIRES

  1. > La plus infranchissable des entraves à la justice au Mali, c’est la malhonnêteté des hommes de droit.
    > Par exemple, quand ce procureur truand était ministre de la justice, il ne s’est battu que pour promouvoir l’injustice : justice de deux poids deux mesures (unilatérale), libération incompréhensible de voyous ayant proféré des insultes publiques sur réseaux sociaux, non arrestation des leaders politiques ayant instigué le désordre, etc.

  2. Jeune frere, il faut suivre un regime pour diminuer le poids!
    Votre honetete’ est bien mais n’oubliez jamais votre sante’!

  3. ” … l’accès à la justice, au-delà des Cours et Tribunaux, s’étend à la justice traditionnelle et à tous les mécanismes pacifiques de règlement de conflits. « La justice entendue en termes d’accès ne se résume pas aux Cours et Tribunaux. Il y a donc une définition restrictive qui ne voit en l’accès à la justice que l’accès aux Tribunaux et aux Cours. Il y a une définition plus large que j’épouse qui va au-delà des Cours et Tribunaux, peut atteindre la justice traditionnelle », a expliqué l’ancien ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux…
    … « La justice formelle, justice étatique et justice traditionnelle ne doivent pas être les systèmes parallèles. L’une peut apprendre de l’autre et évoluer en parfaite symbiose. La justice formelle gagnerait en humilité. La justice traditionnelle pourrait gagner de la justice formelle dans le respect des garanties. L’une et l’autre ont à apprendre mutuellement »,…
    … Me Malick Coulibaly connait les difficultés d’accès à la justice au Mali. « Au Mali, il y a 3 entraves à l’accès à la justice », a-t-il indiqué. Il s’agit, selon l’invité de la 3ème édition Fest Hip Hop RapouDôgôkûn, de l’entrave psychologique, l’entrave économique et l’entrave géographique… ” …///…

    :
    A propos de violations des droits de l’homme…
    Tout comme pour
    ‘’ « Le magistrat qui se demande, la nuit, comment il va soigner son enfant demain ; comment il va payer la scolarité de son enfant demain, a de fortes chances d’être corrompu…, ‘’ . Des Paysans dans la Région de kayes, qui sont encore de nos jours, victimes de l’esclavage par ascendance, ont besoin d’être dans leurs Droits et Devoirs de Citoyens. Tant qu’il n’y a pas de Justice sociale au Mali. Il n’y aura pas de Cohésion Nationale, pas de mieux Vivre-Ensemble, pas de Développement socio-économique. Tant que des COMMUNES dans les ZONES rurales restent enclavées, coupées du reste du du Mali et du Monde qui évoluent…, tant que ces COMMUNES dans les ZONES rurales restent enclavée, leurs POPULATIONS sont et resterons à la merci des despotes locaux à l’abri du regard de la JUSTICE vraie, de la Démocratie et du respect des DROITS de l’HOMME.
    Vivement que nous retrouvions UN JOUR, au plus vite, Me Malick COULIBALY à des plus hautes FONCTIONS d’ÉTAT du Mali.

    Vivement le Mali pour nous tous.

    • Bamake’, la charia sera considere’e sous l’angle de la justice traditionnelle. ETES-VOUS PRETS POUR L’APPLICATION DE LA CHARIA SUR…. DEMANDE? EN D’AUTRES TERMES QUAND ET COMMENT DIFFERENTES JUSTICES SERONT APPLIQUE’ES? SI DEUX PARTIES SONT EN CONFLIT ET L’UNE DES PARTIES VEUT L’APPLICATION DE LA CHARIA ET L’AUTRE PARTIE TIENT A’ L’APPLICATION DU DROIT MODERNE, COMMENT ALLEZ-VOUS DECIDER?
      Peut-etre qu’il faut etudier la Mauritanie voisine qui a resolu le probleme a’ sa maniere. Il y ‘avait le droit moderne puis l’ancien president Haidallah a introduit la charia pour remplacer le droit moderne mais cela n’a pas marche’. Aujourd’hui il y a des domaines reserve’s au droit moderne et des domaines reserve’s a’ la charia.

      • Roi bidon,
        Je ne suis pas arabe, ni musulmane,
        Je suis juste une citoyenne malienne , de surcroît je suis une femme, je refuse d’être soumis à la charia en 2020. Jugez moi selon les lois senoufos ou la loi moderne mais pardon gardez votre charia pour vous,
        Aux États Unis même les condamnés à mort on droit à des injections pour les calmer , les détendre avant l’injection mortelle. Pourquoi nous africains devons vivre dans ce barbarisme qu’est la charia. Ça me choque toujours quand j’entends des personnes qui vivent à l’extérieur tenir de tel propos. Retournerais tu dans un Mali géré par dés islamistes ?
        Désolée mais la Mauritanie n’est pas pour moi un exemple

        • SABALI!!!!
          NANILI DABILA!!!!
          Avez-vous bien lu mon post!
          J’ai toujours ete’ oppose’ a’ l’application de la Charia et ma position n’a pas change’! Mon prochain post sera en SENOUFOKAN!!!
          PEUX-TU EXCLURE LA CHARIA DE LA JUSTICE TRADITIONNELLE AU MALI OBT MALIK PARLE? I don’t think so!!!!!!!!!!
          LA MAURITANIE EST UN EXEMPLE POUR MOI!!!!!! IL EST IMPORTANT DE SAVOIR POURQUOI UN PAYS QUI EST A’ 100% MUSULMAN A ABANDONNE’ L’APPLICATION DE LA CHARIA!!!!
          MA CHERIE, SABALI!!!!!!!!!!!!!

          • Roi bidon,
            L’islam est le résultat de la colonisation par les arabes . On a réussi à convaincre le Mali et lui faire croire que l’islam est sa religion originelle. Le malien vit dans un mensonge spirituel.
            De la même manière le malien est convaincu que le bazin est un tissus malien. Et porte le bazin pour perpétuer une tradition,
            Je ne vois vraiment pas la place de la charia dans notre culture . Pourquoi les malien veut se faire plus arabe que l’arabe même. Chez les arabes il y a des musulmans, des chrétiens et des juifs voir des athées

  4. Ce Monsieur. Me Malick COULOBALY, doit être tout simplement “nommé par Décret exceptionnel” comme Président de la Rép. du Mali et que derrière lui les Militaires matraquent tous ceux qui essayeront d’entraver son travail!

    • LE JEUNE FRERE DOIT PASSER PAR LES URNES ET AVOIR UN MANDAT DU PEUPLE S’IL VEUT DEVENIR PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE!

  5. J’aurai voulu que Malick ajoute une 4 eme entrave qui est le comportement du juge qui me parait essentiel dans l’appréciation du dossier, nous avons des juges qui sont excellents a tous les niveaux, bien éduqués, maitrisent le droit, honnêtes et rendent correctement la justice.
    Par contre d’autres, n’ont aucune morale, qui piétinent le droit en faveur de non méritants et qui sont à la base de l’injustice et qui est source d’insécurité.
    Si nous devons aller avec l’autopsie de la justice, cette entrave # comportement du juge # ne s’aurait épargné alors il faut l’intégrer des maintenant

  6. L’autopsie de la justice malienne. Quelle chance pour les maliens de jouir de la veritable justice qui ne nous fait pas peur mais qui sert sa population, qui ne nous appauvrit pas, qui ne nous ruine pas face aux juges encore entrain de s’inquieter pour la sante de leur enfant

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