Au rebond: A moitié vide ou à moitié plein ?

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Il y a autant de raisons d”espérer que de motifs d”inquiétude dans le dernier Mali-Bénin. Essai de diagnostic.

Le moins que l”on puisse dire est qu”en Coupe d”Afrique des nations, la fin Mars se montre capricieuse avec les Aigles à qui elle a offert en treize ans trois fortunes très différentes. En 1994, elle accordait à la sélection nationale l”un des plus retentissants exploits de son histoire : une nette victoire en match d”ouverture sur les hôtes du tournoi final, les Aigles de Carthage. Lesquels mirent des années à se relever du double coup de poignard malien assèné par Modibo Sidibé et Ferdinand Coulibaly.

En 2005, elle précipitait pratiquement le football malien au fond de l”abîme. La défaite face au Togo (1-2) concédée à Bamako avait non seulement rendu improbable la course vers l”Egypte, mais elle avait surtout engendré des scènes d”une violence et d”une durée inédites dans notre capitale. Ces débordements avaient, entre autres conséquences, fait surgir le spectre d”un désamour durable entre le public et les sélectionnés.

Dimanche dernier, le nul auquel nous ont contraint les Béninois a surtout fixé les limites de la convalescence des Aigles et invite donc à une saine évaluation de l”état de la sélection. Il faut y procéder en évitant le double piège du pessimisme et de la complaisance. En fait, le premier nous semble peu à craindre. Le public est certes atterré par le résultat, mais il conserve la conviction qu”il reste encore suffisamment de marge pour la qualification et que les Aigles disposent du potentiel nécéssaire autant pour blinder leur avenir à Lomé et Cotonou que pour le consolider à Bamako.

Les applaudissements d”encouragement aux sélectionnés à la mi-temps, la sortie silencieuse et digne des spectateurs sont autant d”indices positifs qu”il faut retenir et qui permettent d”entretenir l”optimisme. S”il nous fallait verser un dernier élément aux motifs d”espoir qui subsistent, nous évoquerons la bonne demi-douzaine d”occasions franches (dont deux tête à têtes avec le gardien) que se sont créées les Aigles sans vraiment bien jouer. Ce détail situe à lui seul la différence de potentiel entre les deux sélections et rend très ouvert le retour à Cotonou en juin prochain.

Beaucoup moins lucide – Mais pour réconfortants qu”ils soient, ces indices ne devraient pas nous inciter à nous laisser bercer par eux et à accuser le manque de réussite (ou la malchance) d”être la principale cause de notre contre-performance. Car contre-performance, il y a indubitablement bien eu et qui nous coûte la première place du groupe. À notre avis, la très modeste prestation des Aigles est d”abord liée au péché d”orgueil auquel a cédé l”équipe en première mi-temps. Persuadée de sa supériorité en talent et en savoir-faire tactique, endormie par la netteté de certaines de ses occasions de but, convaincue qu”à force d”usure elle démantelerait immanquablement le bastion béninois, la sélection n”a jamais fait preuve de l”application qui avait été la sienne face au Togo.

A cet égard, le signe le plus éloquent de relâchement psychologique et de jeu a été donné moins par la désinvolture de Momo et le style sommaire de Soumaïla Coulibaly que la manière dont le but béninois a été amené. On était dans le temps additionnel et le portier Maha était sorti de la surface de réparation, balle au pied pour relancer à la manière d”un libero de fortune. D”un geste éloquent, il avait poussé ses partenaires à se porter tous de l”avant avant d”adresser un missile aveugle que la défense des Écureuils n”eut aucune peine à récupérer et à utiliser comme munition pour un contre victorieux.

Si nous évoquons cet épisode, ce n”est pas pour accabler le gardien de but, déclencheur involontaire de l”ouverture du score. Mais pour illustrer l”absence de concentration d”une équipe qui n”avait aucune raison à ce moment précis du match de chercher un improbable KO et qui aurait dû sagement manager son temps jusqu”au retour aux vestiaires. En dehors de cette légèreté d”esprit qui s”atténua en seconde mi-temps, il faudrait certainement évoquer les choix peu heureux de l”entraîneur Jodar. Encensé pour son coaching impeccable du précédent match contre le Togo, le sélectionneur fut beaucoup moins lucide cette fois-ci.

Tout d”abord, il empila tous les "grands noms" disponibles pour former un milieu de terrain certes prestigieux, mais peu complémentaire et au sein duquel déjouèrent complètement Soumaïla et Momo (ce dernier pendant une mi-temps). Jodar avait aussi dimanche dernier perdu la réactivité chirurgicale et la lucidité dans les remplacements qui avaient fait une bonne partie de son mérite face aux Éperviers. Faire entrer Bassala comme accélérateur de jeu relevait de la pendable erreur de casting. Enfin, nous n”avons pas compris les tergiversations du coach à faire entrer plus tôt Drissa Diakité et Dramane Traoré pour rééquilibrer le milieu et tonifier l”attaque.

Ni l”expérience, ni l”effectif – Pour parler franchement, à un moment donné du match, Jodar nous paru complètement désemparé par sa perte d”emprise sur une rencontre que les Aigles auraient dû avoir à leu main. En témoignent ses escapades hors de son espace réservé qu”il avait quitté pour s”aventurer jusqu”à la ligne de touche et surtout ses injonctions à balancer les balles vers le quatuor offensif qui campait à plat aux abords des 18 mètres béninois. Mais restons positifs, comme dirait l”autre.

Pour le technicien français, la rencontre de dimanche a certainement été des plus instructives. Elle lui a permis d”expérimenter une des réalités du football africain où la cotation des valeurs n”intéresse que ceux qui ont la naïveté d”y croire. Sur le continent, n”importe quel outsider capable de tenter intelligemment et crânement sa chance peut s”offrir un favori logique. Dans ce football, ni l”expérience de l”équipe, ni la qualité de l”effectif ne peuvent être considérés comme des atouts absolument décisifs.

Il faut surtout savoir accepter le combat, et parfois même l”imposer. Cela, les Béninois, auteurs d”un match exemplaire en termes de solidarité, d”engagement, de savoir-faire et par moments d”audace, l”ont rappelé. Ils ont été parfois débordés (au sens littéral du terme), par intermittence mis dans le vent, mais jamais affolés. Pourront-ils rééditer le même exercice de lucidité et de maîtrise à Cotonou où le public les poussera passionément à la victoire ? Nous n”en sommes pas sûrs. Mais cette question nous paraît subsidiaire par rapport à la vraie interrogation : les Aigles sauront-ils réendosser face au Bénin et au Togo le bleu de chauffe qu”ils avaient porté sans complexe face aux Éperviers ?

De la réponse dépend le visa final sur le Ghana. A notre sentiment et au vu de la valeur de ses adversaires, l”EN tient entièrement son destin entre ses mains. A condition qu”elle ne s”accorde aucune marge d”erreur, qu”elle ait la modestie de se souvenir qu”elle est en reconstruction et qu”elle ne s”endorme pas sur une confiance indue fondée sur son potentiel, et non sur sa qualité de jeu. En 1994, en jouant sur nos moyens nous avions administré une leçon d”humilité aux Aigles de Carthage. Attention donc à ce que cet enseignement ne nous soit pas retourné.

KÀLIFA

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