Le sport malien en deuil : Mamadou Diarra alias Libo a abandonné le ring pour de bon

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Après l’action sociale et humanitaire qui a perdu le 21 novembre son icône en la personne d’Ismaël Konaté, c’est autour du sport d’être frappé par l’impitoyable faucheuse. Un baobab du mouvement sportif malien s’est couché dans la nuit du 25 novembre 2015. Entraîneur de football, manager de la boxe et grand commis de l’Etat, Mamadou Diarra a tiré sa révérence et repose depuis 26 novembre 2015 à Ségou, sa terre natale.

Avec sa voix tonitruante inséparable du singulier accent ségovien, son humour et sa joie contagieux, Mamadou Diarra Libo était une personne atypique, très attachante. Malgré son franc-parler, difficile de s’ennuyer à en sa compagnie. Animateur de jeunesse à Sikasso, Ségou et Koulikoro et ensuite entraîneur de football notamment armé d’un parchemin décroché en Allemagne en 1975 en compagnie de feu Mamadou Kéita Capi et Burkhad Ziese (ex-coach du Ghana), Libo a été un grand acteur du développement du sport et un témoin actif de son histoire. Ce baobab qui s’est couché ce 25 novembre 2015 pouvait passer une journée entière à vous raconter des anecdotes sur le sport, sur la vie des sportifs et de leurs dirigeants voire des dirigeants de ce pays de l’indépendance à nos jours, sans se répéter. D’ailleurs, notre dernier contact avec ce monument de la Direction nationale du sport et de l’éducation physique (DNSEP) remonte presqu’à un an lors de la mission du ministre Housseini Amion Guindo à Alger (28 septembre-3 octobre 2014) pour réactiver la coopération sportive avec l’Algérie. Ceux qui ont eu le privilège de participer à cette mission ont beaucoup appris de cet homme franc, démocrate, passionné de sport et très amoureux de la vie. Et son absence se faisait tout de suite sentir dans le minibus car il en était l’animateur principal. Cette mission a aussi été une réussite grâce en partie à ses conseils judicieux aux jeunes managers des autres disciplines autour de lui.

ReprĂ©sentant la FĂ©dĂ©ration malienne de boxe, il avait su bien dĂ©fendre le noble art malien Ă  Alger. Il faut certainement un livre pour retracer le parcours et les anecdotes de celui que tout le monde appelait affectueusement Libo. Un moment coach de l’AS Biton de SĂ©gou, Mamadou Diarra a aussi Ă©tĂ© l’adjoint de Kidian Diallo en Equipe nationale de 1985 Ă  1991. Un passage couronnĂ© par une Coupe Cabral (Zone II du Conseil supĂ©rieur du sport en Afrique-CSSA) en 1989 Ă  Bamako avec la gĂ©nĂ©ration des Gaoussou SamakĂ©, Amadou PathĂ© Diallo… Avant ce sacre, il avait disputĂ© deux finales de cette compĂ©tition avec les Aigles, notamment en 1987 Ă  Conakry (GuinĂ©e) et en 1988 Ă  Bissau. Coach adjoint, il faisait aussi office de prĂ©parateur physique. «Nous avons encore en mĂ©moire les ateliers et exercices qui faisaient baver ses joueurs, comme celui consistant Ă  conduire la balle de la tĂŞte sur une surface asphaltĂ©e», se souvient M. SoumarĂ© de la DNSEP. L’illustre disparu Ă©tait aussi membre de l’encadrement technique des Aigles lors des prĂ©paratifs de la 3e  Coupe d’Afrique des Nations de Football Ă  YaoundĂ© (Cameroun, 1972) sous la direction de Karl Weigan.

Aux niveaux régional et national, ce grand technicien/éducateur a été vainqueur du tournoi de football de la Semaine nationale de la jeunesse et des sports du Mali ; finaliste de la Coupe du Mali de Football (Avenir de Ségou/AS Réal de Bamako, 1966) ; finaliste de la Coupe du Mali de football  (Avenir de Ségou/DAC Bamako, en 1976) ; finaliste du tournoi de football de la 1ère   Biennale sportive tournante de Ségou (1979).

NĂ© vers 1938 Ă  Kayo-Bambara (Arrondissement de Kolongo, Macina), Libo Diarra Ă©tait professeur d’Ă©ducation physique et sportive (EPS). DiplĂ´mĂ© de l’Ecole africaine de comptabilitĂ© de Dakar (SĂ©nĂ©gal) depuis 1959, titulaire d’un diplĂ´me d’entraĂ®neur de 1er degrĂ© de football sous la direction d’un instructeur tchèque Ă  SĂ©gou en 1961, Mamadou Diarra va dĂ©crocher par la suite de nombreux diplĂ´mes et attestations dans les domaines du sport.

Avide de connaissance pour mieux servir

Ce grand acteur du dĂ©veloppement du sport arrachĂ© Ă  notre affection et Ă  celle de sa famille (trois Ă©pouses, 24 enfants) Ă©tait ainsi, entre autres, titulaire d’un diplĂ´me d’instructeur des sports (Football) de l’Institut central d’Etat de Culture Physique et des Sports (Ordre LENINE de Moscou) ; un diplĂ´me de conseiller Ă  la jeunesse de l’Ecole centrale de fĂ©dĂ©ration de jeunesse communiste LĂ©niniste (Komsomol) de Moscou-URSS (Sciences Humaines) ; un diplĂ´me d’entraĂ®neur  Licence (A) de la FĂ©dĂ©ration allemande de football Ă  Hennef (RFA). Avide de connaissance, Libo Ă©tait aussi titulaire d’une attestation de stage pratique auprès du Club professionnel de Football Fortuna  Cologne ; d’un diplĂ´me d’Etat de professeur de sports en Football de l’Ecole supĂ©rieure des sports de Cologne RFA ; d’une attestation de stage pratique auprès du Club professionnel Borussia Dortmund RFA. Il Ă©tait instructeur de la CAF depuis 1977.

Sur le plan professionnel, ce grand serviteur de la nation a Ă©tĂ©, entre autres, chef de division EPS Ă  la DRJSAC (Direction rĂ©gionale de la jeunesse, des sports, des arts et de la culture) de SĂ©gou de 1976 Ă  1994 et Directeur rĂ©gional de la jeunesse, des sports, des arts et de la culture de Koulikoro de 1994 Ă  1999. De 1956-1976, il a Ă©tĂ© comptable Ă  l’Office du Niger ; entraĂ®neur/sĂ©lectionneur de la rĂ©gion de SĂ©gou ; chargĂ© de la formation des cadres et du perfectionnement des jeunes footballeurs de la rĂ©gion de SĂ©gou ; chargĂ© de la prĂ©paration des Ă©quipes de la rĂ©gion qui accèdent Ă  la phase finale de la Coupe du Mali ; responsable du sport scolaire et universitaire Ă  l’inspection rĂ©gionale de la jeunesse et des sports. Libo a aussi Ă©tĂ© chargĂ© de la formation des entraĂ®neurs de football du Mali sous la direction de Steve Manfred, un coopĂ©rant de la RFA.

En 1994, Mamadou Diarra est nommĂ© Directeur rĂ©gional de la jeunesse, des sports, des arts et de la culture de Koulikoro. Par ailleurs, Mamadou Libo Diarra avait Ă©tĂ© Ă©lu prĂ©sident de l’Association Banlieue du Monde (Mali, 1999)… SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Groupement d’Ă©changes, de recherches, de formation et d’action pour le co-dĂ©veloppement (GERFAC- Mali) depuis 2002. Lors du Conseil national de la FĂ©dĂ©ration malienne de boxe (FMB), tenu du 20 au 21 fĂ©vrier 2015 Ă  Kayes, Mamadou Libo Diarra avait Ă©tĂ© reconduit 3e vice-prĂ©sident. Un brillant parcours qui lui a valu d’être Ă©levĂ© au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mali (1989), puis Officier de l’Ordre national en 2007.

Humilité, courtoisie et patriotisme

«Lors des dĂ©placements de l’Equipe nationale, le fonctionnaire du dĂ©partement des sports qu’il Ă©tait, se substituait souvent aux chefs de dĂ©lĂ©gations pour manifester bruyamment son mĂ©contentement face aux mauvais traitements subis. Ainsi, en aoĂ»t 90, il avait permis aux Aigles d’avoir un voyage paisible en train entre Brazzaville et Pointe Noire, en faisant valoir le statut de diplomates des membres de la dĂ©lĂ©gation», se souvient M. SoumarĂ©. Très humble, Tonton Libo avait le secret de tout obtenir des autres par l’humour et la diplomatie sans pour autant se rabaisser au point de sacrifier son honneur et sa dignitĂ©. «Sincère dans les relations humaines, il effectuait souvent le voyage entre SĂ©gou et Bamako pour rendre visite Ă  son ami feu Mamadou KĂ©ita Capi, alors malade. Libo s’en est allĂ© pour rejoindre aux cieux son ami Aly Dienta dit Grand Quelqu’un, Mamadou Keita, Mory GoĂŻta, Mamadou Coulibaly et bien d’autres», rappelle Momo SoumarĂ©.

Pendant les quelques années que nous avons passé au ministère de la Jeunesse et des Sports, Libo est de ceux qui nous ont souvent évité de passer à côté de l’essentiel par ses conseils avisés. Il venait rarement dans le bureau. Et quand il y venait, c’était pour nous conseiller au sujet d’une situation ou attirer mon attention sur quelque chose qui pouvait nuire à l’image du département et du ministre. Malgré le fait que nous le considérions comme un «Père», Libo nous a toujours appelé «Ndoua» (petit-frère). Un cadet à qui il n’hésitait pas aussi souvent de demander conseils, surtout dans le domaine de la communication. Et il n’était pas souvent rare que nous soyons mis à l’amende pour manquement à la gérontocratie. «Mamadou Libo Diarra a tout donné au sport malien, toutes disciplines confondues, et mérite toute notre reconnaissance.  Repose en paix mon grand, toi qui ne savais pas tricher. Dors en paix», témoigne le président de la Ligue régionale d’athlétisme de Bamako, M. Souleymane Diabaté. C’est dire que Libo est l’un des acteurs qui méritent le plus la médaille du «Mérite Sportif». Dors en paix coach, Tonton Libo. Les hommes peuvent t’oublier, mais la patrie t’est reconnaissante à jamais !

Moussa BOLLY

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1 commentaire

  1. MERCI POUR LE MALI, LIBO : VOILA un homme un vrai homme comme CES GENS PASSIONNES PRÉCIEUX CONNAISSEUR DE LEUR MÉTIER PATRIOTE HONNĂŠTE : qui ne mentent pas comme les SOUDANAIS d’avant l’indĂ©pendance…en gros malheureusement une espèce qui a disparu avec le Malien d’aujourd’hui. QUE DIEU T ACCUEILLE DANS SON PARADIS EN ESPÉRANT JUSTE QU ICI BAS L ÉTAT MALIEN NE T4OUBLIT PAS comme Ă  son habitude pour les hommes intègres.

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