Que sont-ils devenus… Idrissou Touré : Le Monsieur Santé du sport malien

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Idrissou Touré a été fait chevalier de l’Ordre national en 1989 et élevé à la dignité d’officier de l’Ordre national du Mali en 2005 pour services rendus à la nation. L’homme en quelque sorte a porté à bout de bras le sport malien des décennies durant. Membre de la Commission médicale (1997) de la Confédération africaine de football, et commissaire anti dopage  de la FIFA,  il a honoré le pays à travers ses prestations pour le compte de ces deux institutions sportives internationales. Idrissou prend le monde dans son sens positif, c’est-à-dire comprend tout le monde et se conforme aux principes de tous. Nous l’avons personnellement connu sur le banc de touche du Stade malien de Bamako, au début des années 1980. A l’époque, très athlétique, il sprintait au moindre signal de l’arbitre central pour apporter des soins aux joueurs blessés. Paradoxalement, l’homme se présente toujours comme agent de santé et non docteur. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas le complexe d’affirmer qu’il n’est pas passé par  les grandes universités pour décrocher son diplôme de médecin. Pour avoir fait des études sur le temps jusqu’à atteindre le sommet de la médecine, on peut effectivement le qualifier de sac à dos. Après son BEPC en 1965, il intègre sur concours l’Ecole internationale des Grandes Endémies( médecine tropicale de Bobo-Dioulasso) pour en sortir deux ans plus tard infirmier des grandes endémies. Le coup d’Etat de 1968 entrave son départ pour le Canada où il devait se spécialiser en biologie. Les nouvelles autorités du pays lui suggèrent de faire ce perfectionnement au Laboratoire central de Bamako. Idrissou dit avoir décliné l’offre et choisi d’aller sur le terrain pour exercer le métier d’agent de santé.  Il s’en ira donc à Mopti. De la Venise malienne, il est affecté à Niafunké pour servir à Saraféré. Au bout d’un an, il est admis au concours d’entrée à l’Ecole secondaire de la santé (ESS). Puisqu’il avait son mot à dire sur son lieu d’affectation (compte tenu du rang qu’il a occupé à l’examen de sortie en 1974), Idrissou a décidé de retourner pour la deuxième fois à Mopti. Pourquoi cet attachement à la 5e région ? Mopti lui a toujours porté bonheur. Pour son second tour en ces lieux, il est nommé responsable du Centre Médical  de Sevaré. En 1975, l’Ecole nationale de kinésithérapie est créée, Idrissou saute sur l’occasion et rejoint Bamako pour ses premières études universitaires, spécialisation : kinésithérapie, rééducation et réadaptation fonctionnelle, médecine du sport. Quelle a été la suite de sa carrière pour devenir médecin ? Comment est-il devenu le médecin attitré des équipes nationales du Mali ? Quelle est la part d’un kiné dans les performances d’un sportif ? Le danger pour un joueur de tricher en cachant son mal ? Les exemples vécus ? Bref quelles ont été ses expériences dans le milieu sportif au Mali, en Afrique et dans le monde ? Idrissou Touré qui, par sa loquacité, a failli nous prendre toute une journée, est le héros de la semaine pour l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”

l est quand même évident qu’Idrissou Touré a disparu des radars sportifs. L’intéressé confirme que sa décision de se retirer date de 2004. Que s’est-il passé pour qu’il prenne une telle décision radicale ? “Votre remarque est pertinente. Cela fait des années que je me fais rare dans le milieu sportif. Les coups bas et les mesquineries ont commencé en 2002, mais ils ont pris de l’ampleur deux ans après à la faveur de la Can-2004. Il est arrivé un moment où presque toutes les activités du bureau fédéral étaient en amont décidées au département des Sports. Juste avant cette Can, un médecin français m’a envoyé un fax pour les dispositions à prendre par rapport à la compétition. Avec ce document en main, je me suis immédiatement rendu à la Fédération pour dire au président Tidiane Niambélé et au secrétaire général Yacouba Traoré dit Yacouba Djan mes quatre vérités. J’ai conclu que cela était le début d’une trahison. Parce que j’étais le médecin attitré des équipes nationales, et contacter un autre à mon insu, n’était pas une bonne manière. Au Maroc où les Aigles étaient en préparation (FES), j’ai eu une séance de travail avec le médecin qui, malheureusement, a mal interprété mes propos à l’entraîneur Henry Stambouli et Cheick Diallo. Ceux-ci ont rendu compte au ministre des Sports de l’époque, Djibril Tangara. Celui-ci m’a engueulé et décidé de me loger à Tunis, dans un hôtel différent de celui des joueurs. Je lui ai dit que je n’accepte pas cela et que je rentre à Bamako. Le directeur technique national, feu Mamadou Kéïta dit Capi, m’a demandé de rester et m’a rappelé même les propos de ma mère sur nos rapports familiaux.

Poignée de main entre Idrissa et Alpha Oumar Konaré

Là j’étais désarmé et je suis resté. Effectivement, à Tunis j’ai élu domicile dans un autre hôtel, le dispositif mis en place contre moi ne me permettait pas d’être avec l’équipe à plein temps. J’ai géré la santé des joueurs par téléphone avec Moussa Kéïta dit Moïse. C’est une question d’honneur, les Blancs ne cherchent que leurs intérêts à travers leurs prestations. Je me bats par amour de mon pays. Au retour de la délégation à Bamako, j’ai rendu ma démission pour convenances personnelles. Je n’ai fait aucun commentaire ou accusé qui que ce soit. Et de 2004 à ce jour je ne suis ni rentré au stade Omnisports, ni celui du 26-Mars.

Je précise que j’entretiens de bons rapports avec les joueurs qui continuent de me contacter pour le suivi de leur santé. Voilà les grandes lignes de mon absence dans le milieu sportif”.

C’est en 1980 qu’Idrissou Touré a intégré le milieu sportif. Son grand frère Ousmane Touré qui s’occupait de la commission médicale du Stade malien de Bamako, lui a  cédé sa place parce qu’avec son âge, il lui était difficile de suivre la santé des joueurs des différentes disciplines, surtout avec des matches la nuit dans la salle du Pavillon des sports.

Il a passé pratiquement quinze ans sur le banc de touche des Blancs de Bamako. Au même moment, il s’occupait du suivi des équipes nationales de basket-ball, d’athlétisme et de football. Sa collaboration avec le Stade a pris fin en 1994, quand il a été sollicité pour diriger la commission médicale de la Fémafoot. Cela consacra son ascension au sein du milieu footballistique malien, avec le poste de médecin des équipes nationales de football (toutes catégories confondues) jusqu’à sa démission évoquée plus haut.

Pour parler de son parcours dans l’administration, faut-il noter qu’à sa sortie de l’Ecole nationale de kinésithérapie, il fut successivement :

– Responsable de rééducation fonctionnelle du Centre de rééducation pour handicapés physiques (1980-1983) ;

– Directeur  adjoint des études à l’Ecole nationale de kinésithérapie (1983-1990) ;

– Chef  unité réhabilitation du Centre national d’appui à la lutte contre la maladie

(1991-1997) ;

– Chef Unité Réhabilitation-Radiologie  (1998-2008) ;

– Admis à la retraite en 2008, après quarante un ( 41) ans de services.

Sauveur des meubles de

 la Fémafoot en 2001

Entre-temps Idrissou Touré a intégré le corps des médecins en 1991. C’est l’une des raisons qui lui fait dire qu’il est fondamentalement un agent de santé.

Quelle est la place d’un kiné dans les performances d’un joueur ? Pour répondre à cette question notre héros de la semaine soutient qu’il est l’agent médical chargé de la politique sanitaire du club, à travers les joueurs. Donc ce suivi permet à l’athlète d’être compétitif dans un corps sain. Et quelles peuvent être le danger pour un joueur qui dissimile son mal, au-delà du diagnostic d’un médecin ou du kiné de l’équipe ? A-t-il vécu des cas ? Comment ces cas ont été gérés ? Selon le Monsieur Santé du sport malien, dissimuler un mal pour jouer ou participer à une phase finale de Can est très dangereux pour le joueur. Parce qu’au-delà du diagnostic du médecin, il peut souffrir d’une pathologie que le médecin  ne saurait savoir, surtout s’il n’a pas été convoqué en équipe nationale. Comme ce fut le cas du joueur de l’Usfas, Souleymane Diakité qui a piqué une crise sur le terrain, pour en décéder quelques instants après son admission  aux services des urgences de l’Hôpital Gabriel Touré.

C’était le 08 Mai 2001, et cette mort brutale avait tellement défrayé la chronique que la présidence de la République et le Département des Sports avaient demandé un rapport circonstancié à la Fémafoot, qui s’est rabattue sur le président de la commission médicale. C’était la panique générale, Idrissou soutient avoir rassuré le président du bureau fédéral, Tidiane Niambélé. De quelle manière ? Il revient sur ses argumentations techniques pour sauver la Fédération. “Ce jour-là j’étais en retard et mon arrivée au stade a coïncidé avec la sortie de l’ambulance. Quelques minutes après on m’a informé de son décès. J’ai cherché à savoir comment les choses se sont passées. Mes investigations m’ont permis de savoir qu’il sortait  d’un peloton de formation. Il n’a jamais joué en équipe nationale, donc la Fédération ne le connaissait pas directement. C’est plutôt le médecin de l’Usfas qui devrait donner des explications sur les résultats des analyses au recrutement. Ma conclusion a été qu’il souffrait d’une insuffisance cardiaque. Si cette maladie n’a pas été décelée au moment de son incorporation dans l’armée ou sur sa licence visée par le médecin du club, la Fédération ne pouvait fournir aucune explication sur cet incident malheureux.

J’ai fait ce rapport que Niambélé a signé et envoyé aux instances. A mon avis, les autorités ont été convaincues, parce qu’il n’y a pas eu de suite de leur part”.

En termes de bons souvenirs, Idrissou Touré retient la satisfaction morale d’avoir servi le sport malien en général et en particulier le pays pour le rayonnement physique des sportifs, ses différentes décorations, la reconnaissance et l’amitié que lui font tous les acteurs du sport et même les supporters. Pour avoir surmonté tous les obstacles durant sa carrière, il refuse de se faire une idée sur les mauvais souvenirs. Aujourd’hui, il regrette seulement le décès de Souleymane Diakité, et du coach Mamadou Keïta dit Capi, avec qui il a collaboré pendant vingt ans.

Idrissou Touré a fait valoir ses droits à la retraite en 2008. Et c’est à juste titre que le département de la Solidarité l’a sollicité pour faire deux fois par semaine des consultations des personnes âgées en médecine physique (kinésithérapie et rhumatologie).

Touré est marié et père de sept enfants, tous aimables.

O. Roger

 

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