Que sont-ils devenus… Oumar Traoré dit Orfeu : la pétanque dans le sang

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Pour l’animation de la rubrique  “Que sont-ils devenus ?” de cette semaine, nous sommes allés à Kati pour rencontrer Oumar Traoré dit Orfeu. Ce camarade de génération du président Ibrahim Boubacar Keïta au lycée Terrassons de Fougères en 1958 a 74 ans.  Membre fondateur de la ligue et de la fédération de pétanque, il y consacra une bonne partie de sa vie. Anciennement appelé jeu de boules, la discipline prendra le nom de pétanque. Comment ? C’est la principale question que nous avons posée au vieux Oumar Traoré. Selon lui, on pratiquait le jeu de boule en courant. Mais, un Français du nom de Pierre, qui était un handicapé, a demandé qu’on revoie la technique de lancer  de la boule. Il proposa qu’on trace un quart de cercle, dans lequel on devrait lâcher les boules tout en taquant les pieds. C’est la déformation de “pieds taqués” qui donnera pétanque.Qu’est ce qui explique son amour pour le jeu de pétanque ? Orfeu soutient qu’il n’a connu que cela. Victime d’un mal au pied qui a fait de lui un handicapé, il est orienté vers la discipline au niveau de la Mission catholique de Sikasso. Recalé au lycée Terrassons de Fougères, il se retrouve en 1963 dans la 3 ème région dont il est originaire. Il est recruté comme dactylographe par les prêtres de la mission. Et c’est là que le frère Soliveret l’encouragera à pratiquer le jeu de boule, non seulement à cause de son handicap, mais aussi pour le rendre moins nerveux et plus patient.Oumar Traoré dit Orfeu profita également de ses temps libres pour prendre des cours du soir. Après, il retourne à Bamako pour entreprendre des études secondaires. Ce changement de cap donna une autre dimension à son amour pour le jeu de boules. Comment ? Nous en parlerons plus bas. Mais entretemps, en 1980, il a eu le courage de dire à Alpha Oumar Konaré, alors ministre de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture qu’il est incompréhensible que les ressortissants français résidant à Bamako organisent des compétitions auxquelles les Maliens ne peuvent participer. Face à son courage et à l’ampleur de ses déclarations, Alpha envoya son directeur de cabinet, Many Djénépo, pour recadrer les choses, et dès lors nos compatriotes ont commencé à compétir.  Y’ a-t-il un âge requis pour la retraite concernant la discipline ? Orfeu articule que le troisième âge est la période idéale pour pratiquer le jeu de pétanque. Banalement, on peut faire des kilomètres de marche sur place, sous la forme de petits mouvements. Découvrons l’histoire du vieux Oumar Traoré. 

Le vendredi 20 avril courant, après la réunion de rédaction, la secrétaire informa votre serviteur de la présence d’un homme qui le cherche. Le visiteur âgé d’environ 70 ans, après les formules d’accueil, nous recommanda humblement de rencontrer un homme qui a une passion pour les boules. Il l’a connu quand lui-même était encore jeune dans les années 1970-1975, au Carrefour des Jeunes. La seule information qu’il a pu nous fournir est l’adresse du vieux Oumar Traoré. Il loge à Kati, non loin de la Maison des jeunes de la ville. Le visiteur pense qu’à défaut d’une reconnaissance de l’Etat, au moins il est souhaitable qu’on lui rende un hommage à travers la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Au-delà de la démarche, notre conscience nous interpella. C’est-à-dire qu’il fallait être reconnaissant nous aussi vis-à-vis de notre visiteur pour sa belle initiative à donner de la valeur à la chronique que nous animons de façon modeste avec l’appui et le soutien de tous. Une fois de plus nous leur disons “Merci !”

Arrivée devant la Maison des jeunes de la ville garnison aux environs de 17h, nous n’avons pas trop souffert pour retrouver le domicile de notre héros du jour. L’émotion était à son comble, quand nous l’avons informé de notre visite. Et c’est tout un ballet qui s’est retrouvé autour de nous pour nous souhaiter la bienvenue.

Alors, première question : Que signifie le surnom “Orfeu” ? Il l’a hérité  de ses amis d’enfance, au sortir d’un film brésilien dont l’acteur principal portait ce sobriquet.

Comme indiqué plus haut, Oumar Traoré dit Orfeu a fait ses premiers pas dans la pratique du jeu de pétanque à la Mission catholique de Sikasso en 1963. Après avoir passé quatre ans comme employé de la Mission, il décide d’entreprendre des études secondaires à Bamako en 1967. Dans ses bagages, une dizaine de boules. Une fois dans la capitale, il découvre un point de jeu à Bagadadji, et devient, en quelques semaines seulement, une vedette que tout le monde veut avoir comme partenaire.  A ce niveau, le beau-père de Didier Drogba, Haguib Diakité, a décelé en lui des qualités certaines. Il lui conseilla le Carrefour des Jeunes, une zone de grands boulistes. Effectivement, Orfeu soutient avoir découvert là une mine d’or eu égard à la qualité des compétitions qui s’y organisaient. En plus de côtoyer des ainés, il a trouvé un lieu idéal de divertissement.

Joueur et administrateur de sport confirmé !

Deux ans après son arrivée, il remporte en 1974 son premier trophée dénommé “Coupe Chantelli”, avec Bayan Traoré, contre une  doublette française. Cet exploit fait de lui l’enfant chouchou du jeu de pétanque, discipline dans laquelle il ne cesse de rafler les trophées. Ajouté à cela son titre de champion du District et du Mal en 1990.

Au fil des années Orfeu et ses ainés ont émis l’idée de créer la ligue du District, puis la Fédération malienne de Pétanque. Dans les deux instances dirigées par Sinaly Alou Taoré dit Barate, sa passion, et surtout ses relations avec la colonie française lui ont valu le poste de secrétaire administratif. La Fédération et la ligue s’appuieront sur Orfeu pour organiser des compétitions à Bamako, Ségou et Kayes. Oumar Traoré, par sa disponibilité, son engagement et sa détermination à porter haut le jeu de pétanque, s’est fait distinguer à travers tout le pays. Est-ce qu’il n’avait pas tendance à submerger les deux premières personnalités de la ligue et de la Fédé ? Qu’est-ce qu’il a posé comme acte pour l’essor de la discipline ? Orfeu répond : “je ne saurai submerger qui que ce soit avec mes actions. Certes, j’émettais des idées, tout en opérant conformément aux directives du bureau fédéral. Lequel n’avait qu’un seul souci, c’est à dire donner un renom au jeu de pétanque, considéré comme la discipline parente pauvre du pays. C’est à ce titre que le Mali a été invité à prendre part aux assises de la Fédération Internationale des Jeux de Pétanque en 1992, à travers une correspondance de demande d’adhésion que j’ai conseillée au bureau fédéral. Le Mali a été représenté par Sinaly Alou Traoré dit Barate, président de la Fédération. Ce qui a démystifié le jeu de pétanque au Mali. La même année, une triplette malienne a pris part au Portugal  à un tournoi international. Je ne parle pas aujourd’hui pour me vanter, les anciens membres du bureau fédéral sont là, ils peuvent intervenir. Notre souci était de développer le jeu de pétanque. Donc, c’était un travail collégial pour un seul but : la réussite de la discipline”.

Muté à Kati en 1995, il fait l’état des lieux du jeu de pétanque dans la ville garnison et organise une compétition locale pour encourager les pratiquants.

Une initiative qui leur a permis de prendre part au championnat  national organisé la même année par la Fédération, mais piloté par Orfeu. Pour ne pas perdre la main, il se rendait à Bamako les week-ends pour jouer à la Pétanque. Encore au nom du bureau fédéral, il contacte la Fédération française pour un partenariat fécond, assorti d’un appui technique. Son idée a produit les résultats escomptés, pour la simple raison que les Français ont doté le Mali d’un nombre important de boules. Le gouverneur de la région de Koulikoro à l’époque El Hadj Sékou Dembélé, en sa qualité de président d’honneur, a procédé au dispatching du lot de matériels entre les différents points de jeu du pays.

En 2002, la commission technique qu’il dirigeait a porté le choix sur trois jeunes pour représenter le Mali au Championnat du monde à Monaco. Quand la sélection a été validée par le bureau fédéral, il a donné un conseil aux jeunes. Lequel ? Orfeu se rappelle : “je tiens à préciser que les jeunes étaient respectivement tailleur, mécanicien et jeune diplômé sans emploi. Vous comprenez par-là que leur avenir au moment des faits n’était pas prometteur. Raison pour laquelle, je leur ai dit de ne plus retourner au Mali, après les compétitions. Ils devraient au moins tout faire pour honorer le Mali”.

Comme conseillée, la triplette malienne a disparu dans la nature après la compétition. Ces jeunes ont eu l’occasion de lui témoigner toute leur reconnaissance en 2004, quand il était en France pour une visite privée. Comment peut-il accepter de “trahir” le pays en conseillant  aux jeunes  de rester dans l’hexagone dans la mesure où le pays va perdre des talents ? Le vieux Orfeu dit avoir agi en tant que père de famille. Il considère les jeunes comme ses propres enfants. Donc, comme il avait l’occasion de les aider pour qu’ils réussissent, il n’a pas hésité un seul instant.

Pour ce qui est de son cursus universitaire, Oumar Traoré dit Orfeu est Attaché d’Administration de profession. Il a servi au Ministère de la Justice de 1974 à 1994. En 1995, il est affecté au tribunal de Kati, où il prendra sa retraite en décembre 2008.

Orfeu est formel que sa pension ne lui permet pas de réaliser son vœu pour ce qui est de l’essor du jeu de pétanque. En attendant, il construit virtuellement cette école de pétanque, dont les moyens lui manquent aujourd’hui. Hélas !

O. Roger Sissoko

 

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