Infos ou intox : Desseins animés et bandits dessinés

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La presse s’est fait l’écho de cette information : Ahmed Sow, Hamed Diane Séméga et Jeamille Bittar à la Mecque. Soit, mais pour quoi faire, se demandent certains ? Ces sceptiques oublient qu’à cette époque de l’année lunaire, ceux qui se rendent dans la capitale mondiale de l’Islam n’ont, a priori, qu’un seul dessein : sacrifier à l’un des rituels les plus importants de la religion musulmane, le pèlerinage. Seulement, il y a un fait troublant : le président de la République a choisi la même occase pour accomplir ce devoir sacré pour tout fervent croyant. Que le lie-t-il donc à ces trois hommes précités ? Il est leur parrain ou plus exactement le mentor de leur famille politique, le PDES, dans laquelle ils sont respectivement président passif, président actif et premier vice-président. Le PDES dont la marraine officielle n’est autre que l’épouse du chef de l’Etat. Un parti créé pour servir les intérêts supérieurs du Président dans l’unicité et l’unité d’action de ses animateurs.

Mais il se trouve que depuis quelques temps (depuis sa naissance, selon certains), le torchon brûle entre ces trois hommes pour une question de leadership et de légitimité, notamment en ce qui concerne l’investiture du parti à la présidentielle du 29 avril 2012. Et pour être investi, chacun croit devoir passer par la bénédiction du mentor, dont le nom sert également de logo et de fonds de commerce politique. Où faudrait-il trouver cette bénédiction mieux qu’en terre sainte et bénie de la Mecque ? L’investiture du parti justifie-t-il ce harcèlement extraterritorial envers le Président ? Il faut croire que oui. Car quelle plus onctueuse onction que celle administrée par ATT en terre sainte pourrait satisfaire au désir d’accéder à Koulouba? En tout cas, il faut s’attendre à une nouvelle giclée de louanges à leur retour. Une phrase comme «c’est le patron lui-même en personne et en particulier qui m’a béni. Et pas seulement ici au Mali mais jusqu’en terre sainte pour que je lui succède et perpétue son immense et grandiose œuvre »

Voilà donc trois prétentieux aux desseins animés d’une volonté d’acquérir gloire, grandeur, pouvoir et, surtout, fortune grâce à ce subtil chef qui crie haut et fort qu’il n’a pas de dauphin. Trois prétentieux qui sont convaincus qu’en terre sainte, où le louvoiement et les faux-fuyants sont mal vus, le président est contraint de « parler vrai »  et de faire son choix. Entre le frère et ami concepteur du programme de société qui lui a permis de rempiler en 2007, le fils spirituel qui n’a jamais caché ses intentions de défendre bec et ongles l’héritage de son père et de trouver à ce dernier un successeur digne de la lignée, et l’homme de main commis à la fonction sacrée de pourvoyeur de fonds.

Cependant, l’illustre ATT, celui-là même qui ne cesse de donner des leçons de réal politique à une classe politique reléguée aux seconds rôles parce que médiocre et trop calculatrice, cet ATT-là pourrait regarder dans une toute autre direction, ne serait-ce que pour apporter sa partition à l’éloge de la servilité concupiscente.

Sur ce chapitre, ses sujets ne manquent pas et sont reconnaissables entre mille autres à leur vocabulaire et personnalité plus que limités. Vocabulaire distillé très (trop) souvent sur les chaines d’état. Morceaux choisis : «à l’initiative du président de la République ou selon le vœu du chef de l’Etat, conformément à la vision ou à la volonté ou au désir de son excellence monsieur le Président de la République, chef de l’Etat, le général Amadou Toumani Touré, nous avons entrepris… »

Les ministres et les députés (ou encore quelques rares directeurs de service centraux qui ont l’opportunité de pouvoir parler sur les antennes de l’Etat) n’ont à la bouche que ces mots serviles, murmurés sur le ton obséquieux qui se doit. Tout ce qu’ils font et disent traduit les seules volonté et pensée du grand homme. Quant à eux, ils n’ont ni idées ni opinions ni initiative ni esprit de décision ou d’entreprise. Ils se contentent d’être au service et aux ordres exclusifs du Général, et d’exécuter le contenu de la lettre de cadrage et des feuilles de route du gouvernement de mission de Mariam Kaïdama Sidibé (mais également des précédents gouvernements).

Mais malgré leur servilité excessive, il faut reconnaitre à certains de ces ministres un mérite : le moment venu, ils auront le courage et l’honnêteté de revendiquer le bilan d’ATT quel qu’il soit. Concernant les autres, feront-ils comme en 2006-2007, c’est-à-dire quitter le navire, le mettre en quarantaine, et accuser le capitaine d’être porteur de la peste et du cholera ? Possible, on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête de certains ex-opposants reconvertis en majorité. Ils sont aujourd’hui dans les sphères du pouvoir mais n’hésiteront pas à l’approche des élections de se retirer pour pourfendre et vouer aux gémonies le bilan d’ATT.

En somme, de potentiels bandits dessinés.

Cheick TANDINA

 

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