Courrier : L’Afrique subsaharienne francophone, une Afrique au bas de l’échelle mondiale

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La conférence de Berlin, capitale de l’Allemagne, en 1884 a morcelé le continent africain en deux (02) grandes zones et trois (03) sous zones de colonisations occidentales. Les deux (02) grandes zones étaient constituées de colonies anglaises anglophones et de colonies françaises francophones. Les sous zones étaient allemandes, espagnoles et portugaises. Après la défaite de l’Allemagne en 1945, les périmètres de colonisation ont changé laissant en place deux (02) grandes zones colonisées par l’Angleterre et la France, ce qui a donné naissance à deux (02) Afriques au Sud du Sahara, l’Afrique francophone et l’Afrique Anglophone. L’Afrique francophone est divisée en deux (02) régions, à savoir : l’Afrique francophone de l’Ouest et l’Afrique francophone du Centre. Ces deux (02) Afriques ont adopté une monnaie commune, le Franc de la communauté Financière d’Afrique (F CFA) après les indépendances en 1960.

L’Afrique francophone au Sud du Sahara comprend huit (08) Etats d’Afrique de l’Ouest, et cinq (05) Etats d’Afrique Centrale, soit treize (13) Etats ayant accédé à la souveraineté internationale en 1960. Les statuts juridiques de ces Etats ont changé de colonies en Etats souverains mais la réalité est restée inchangée dès lors que les fondamentaux de la souveraineté , à savoir la monnaie, l’économie, la culture, la politique et la défense n’ont subi aucune évolution.

Le colonialisme français s’est mué en néocolonialisme français. Il y a eu quelques parenthèses en République de Guinée-Conakry, au Mali et au Burkina Faso sous les Présidents Ahmed Sékou Touré, Modibo Kéïta et Thomas Sankara. Les gouvernances de ces trois (03) Présidents ont été patriotiques et progressistes et ont échappé à l’emprise du néocolonialisme français.  A ces progressistes, il y a lieu de citer les pères des indépendances africains qui avaient le sens patriotique et faisaient montre de personnalité dans les relations avec le néocolonialisme français.  La situation économique et sociale des peuples africains francophones s’est détériorée après la disparition de ces Présidents progressistes et les pères des indépendances africaines. Les successeurs de ces dignes fils de l’Afrique ont accentué la domination du néocolonialisme français sur les peuples africains en plagiant et en menant les modes de gouvernance et les institutions occidentaux. Il en est résulté des régimes pseudo-démocratiques qui ont généré des cadres administratifs et politiques apatrides, incompétents, corrompus et prédateurs des fonds publics.

Ces démocraties ne remplissent aucune caractéristique d’une vraie démocratie. Les élections politiques sont truquées au profit d’une minorité qui accapare tous les leviers  du pouvoir et s’y accroche. Il n’y a ni séparation des pouvoirs, ni justice indépendante.  Dès leur élection, la tâche prioritaire des présidents africains francophones porte sur le tripatouillage de la Constitution en vue de se maintenir au pouvoir. Une Constitution n’est pas un brouillon. Pour ce faire, ils verrouillent toutes les institutions de la République en nommant à leur tête des parents et des complices. Ils s’octroient des fonds publics sous le couvert de dépenses de souveraineté ainsi qu’aux parents et amis. Ces dépenses échappent à tout contrôle financier. A ces dépenses de souveraineté s’ajoutent des dépenses budgétaires qu’ils ordonnent dans leurs intérêts.

Ainsi, ils mettent en place des systèmes de détournements des fonds publics à des fins personnelles réservant la part incongrue des recettes publiques à l’intérêt général, ce qui est le contraire des finances publiques. Faute de financements suffisants, les investissements publics dans les secteurs du développement économique et social (économie, éducation et santé) sont dérisoires et nettement inférieur à 25% du Produit Intérieur Brut (PIB) préconisés par les normes internationales.

Nonobstant ces situations désastreuses, les pays africains francophones s’attribuent des taux de croissance économique flatteurs. Une analyse rigoureuse du contenu des PIB conclut à des résultats plutôt négatifs. Une faible industrialisation et l’hypertrophie des dépenses improductives, les détournements des fonds publics et la corruption ont des impacts négatifs sur l’économie et le social. Ces facteurs négatifs sont dominants dans les pays africains francophones. Les indicateurs macro-économiques de ces pays ne tiennent pas compte de ces facteurs négatifs dans le calcul de leur taux de PIB. Dans les économies sous développées, seul le Produit Matériel Brut (PMB) est significatif du progrès économique et social.

En soustrayant ces facteurs négatifs du calcul des chiffres de la croissance, on obtient des chiffres macro-économiques inférieurs au minimum vitale, c’est-à-dire au seuil de pauvreté fixé à 1,2 dollar US. En 2015, selon les chiffres publiés par le ”Bilan du Monde” édition 2016, le Produit Intérieur Brut (PIB) cumulé de l’Afrique francophone au Sud du Sahara (Afrique de l’Ouest et Centrale) est estimé à 157,6 Milliards de dollars US dont plus de 30% proviennent des secteurs improductifs, pour une population de 169,5 millions d’habitants, soit 0,93 Milliards de dollars US pour un million d’habitants soit moins d’un (01) dollar US par jour et par habitant contre 2,42 dollars US par jour et par habitant pour l’Afrique Anglophone (Ouest et Centre). Aucune autre région au monde ne connait un tel niveau de pauvreté comme l’Afrique francophone (Ouest et centre). Les situations économique et sociale catastrophiques de l’Afrique (Ouest et Centre) sont dues aux pillages des fonds publics et à la corruption pratiqués impunément par les Gouvernants et en premier lieu les Présidents de ces pays, ce qui n’est pas le cas dans les pays de l’Afrique Anglophone où les prédateurs des fonds publics et les dirigeants corrompus sont sanctionnés financièrement et pénalement (Le Président Jacob Zuma en Afrique du Sud et la lutte contre la corruption au Nigeria). Les Zumas impunis sont légions en Afrique francophone. L’absence de vraie démocratie et l’impunité et l’injustice sociale érigée en système de gouvernance en Afrique francophone freinent la création de richesses et décrédibilisent cette partie de l’Afrique.

L’injustice est de règle dans les pays africains francophones où par les biais de l’amnistie  et de la grâce présidentielle on élargit dans qu’ils aient remboursés les montants de leurs forfaits les prédateurs des milliards de F CFA de fonds publics pendant les délinquants de fonds publics dérisoires croupissent en prison. Ceux-ci ne bénéficient pas du pardon des monarques africains parce qu’ils n’appartiennent pas à la classe privilégiée. Ils seraient temps, si les Présidents africains francophones  sont sincères dans leur proclamation de la démocratie et de la justice sociale de supprimer les droits d’amnistie et de grâce qu’ils accordent dans les lois fondamentales régissant leurs pays. Ainsi, on pourrait parler de démocratie dans ces pays. Les régimes démocratiques actuels en Afrique francophone sont des régimes monarchiques où les Présidents jouissent des fonds publics à leur guise et nomment les dirigeants politiques, administratifs et judiciaires discrétionnairement. Aucune autre région au monde  ne connait de telles situations. C’est pourquoi les peuples des autres continents ne portent aucune considération à l’Afrique qu’ils classent au bas de l’échelle mondiale à la traîne dans le monde.

Le malaise qui frappe l’Afrique francophone est tellement profond que sans une véritable révolution populaire, cette région du monde est appelée à se disloquer au cours des prochaines décennies.

Tiécoro DIAKITE

Docteur en Economie du Développement (Paris I)

Ancien Expert Principal du BIT

 

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3 COMMENTAIRES

  1. Avant même de finir de parcourrir le document, je félicite l'auteur qui fut mon "collègue" de service au Contrôle Général d'Etat dans les année 1980, pendant que j'étais au secrétariat particulier. Je tire une grande leçon d'économie de votre chef d'oeuvre très riche et concret, facile à comprendre. Merci pour ce cours.

  2. L’Afrique subsaharienne francophone,une Afrique qui embrasse avec joie la politique KILLEUR du neocolonisateur.
    Et on s’attend a un developpement.
    D D D R R R R I I I I I N N N N N N G G G G G G G.

  3. Une révolution est nécessaire mais pas une révolution populaire bourgeoise mais une révolution communiste.Car c’est seulement en s’emparant de l’Etat que le prolétariat pourra rapidement industrialiser le pays.Le prolétariat malien est très minoritaire et cette tâche est très difficile pour le moment.En plus, leur développement intellectuel est si faible qu’ils ne pourront pas comprendre le communisme.(Même pour la plupart des intellectuels, le communisme = communisme qui s’est passée en URSS…).

    La plupart des gens bornent le communisme à la nationalisation des entreprises ou à la planification totale de l’économie.Ces deux méthodes sont nécessaires et deviennent des outils d’émancipation seulement(très important) si la production des articles de consommation croît plus vite que la production des moyens de production(Voir la théorie de la reproduction progressive de Marx Livre 2, p.571-572).

    Or en URSS, c’était au contraire, en contradiction totale avec la théorie de la reproduction de Marx, la production des moyens de production qui croissait plus vite que la production des articles de consommation(On doit cette falsification monstrueuse de Marx à Lénine qui est censé être le representant orthodoxe du communisme ! Voir son ouvrage “Pour caractériser le romantisme économique p.12).Ce qui permettait non seulement d’exploiter le prolétariat soviétique mais engendre la monstruosité d’une pénurie chronique d’articles de consommation.

    On sait également que c’est une crise de pénurie qui ait fini par emporter le régime soviétique “communiste”.

    Bref, ce qu’on appelait “communisme” n’était que le premier régime capitaliste de l’histoire qui planifia l’économie dans le but d’exploiter le prolétariat.

    Les intellectuels bourgeois, les trotskistes, les stalinistes, etc. se gardent bien de dévoiler cette vérité aux travailleurs sinon il donneraient, par là, la conscience du véritable communisme aux travailleurs.

    Pour l’instant, la seule chose utile à faire, au Mali, est la création organisation politique quelconque chargé d’ élever le niveau intellectuel général du prolétariat malien.

    Commentaire signé par un prolétaire malien.Pour en savoir plus sur l’histoire du communisme voir mon blog personnel: http://communismescientifique.wordpress.com

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