Entre le VRAI et le FAUX patriote, le BON et le MAUVAIS malien !

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Pour la paix et la stabilité durable au Mali par la Transition, et pour un meilleur avenir, il faudrait convenir prioritairement de la définition officielle du BON et du MAUVAIS malien. L’absence d’indicateurs objectivement vérifiables et de critères d’appréciation du statut de BON et MAUVAIS malien justifient à la base les problèmes du pays. Fondamentalement, le fait qu’au Mali les indicateurs et critères d’appréciation/évaluation du BON et du MAUVAIS malien ne sont pas officiellement définis et non explicites, les problèmes vont persister dans le contexte de la démocratie et le multipartisme dit « intégral » très mal compris.

Cette appréciation, liée au concept du patriotisme,  est très souvent réduite à la simple connaissance des droits et des devoirs. Si connaitre ses droits est banal, celui des devoirs du vrai patriote est beaucoup plus complexe surtout pour exprimer la citoyenneté responsable dans un Etat de droit. Aujourd’hui,  la démocratie malienne est en panne et les problèmes sont fondamentalement liés à la méconnaissance par la très grande majorité de citoyens, des règles et principes qui doivent prévaloir pour son alimentation et son entretien. Comment dans un pays supposé pauvre, les gens essayent de soigner leur pauvreté comme on le dit sur le dos de l’Etat ? Pourquoi les réflexes sont développés non pas pour servir l’Etat mais pour se servir de l’Etat ? Comment expliquer que l’unisson pour le Mali, la solidarité et la synergie, dont la Patrie a besoin, ne sont plus cultivés et entretenus comme valeurs au Mali ?

Force est de reconnaitre que la démocratie et le multipartisme ne s’accommodent pas avec un Etat faible et des citoyens qui ne cherchent qu’à profiter de l’Etat. Aujourd’hui,  la notion de confiance est soumise à de rudes épreuves au Mali. Les citoyens ne se font pas confiance et  ne font pas non plus confiance aux Institutions mises en place pour la continuité de l’Etat. Le pays est dans le gouffre de la démocratie et du multipartisme, de l’hypocrisie et du mensonge. Faire preuve de patriotisme, ne veut plus rien dire et pour personne, le sens du concept étant fondamentalement méconnu des Gouvernants et des Gouvernés. « Le patriotisme véritable ne peut se trouver que dans les pays où les citoyens libres, et gouvernés par des lois équitables, se trouvent heureux, sont bien unis, cherchent à mériter l’estime et l’affection de leurs concitoyens » D’ D’Holbach dans l’histoire de la langue française.

Dans le contexte actuel, quelques formules seraient d’une grande utilité pour arrêter l’hémorragie du Mali et permettre aux citoyens de mieux s’orienter. La définition officielle de critères d’appréciation/évaluation du VRAI du FAUX patriote participerait du processus de stabilisation du Mali dans le gouffre du mensonge, l’hypocrisie et la trahison. Le pays souffre des pièges du mensonge et des calculs d’intérêts de tous ceux qui ignorent les vertus et qualités liées au concept du patriotisme.

Nous avons maintenant 224 partis politiques  lancés à la conquête du pouvoir pour février 2022 et nous savons tous que ce nombre est de trop pour une population de 20 millions d’habitants avec un potentiel de 5 à 8 millions d’électeurs pour 61,5% d’analphabètes qui ne savent ni lire ni écrire en français. Nous savons tous que 95% des partis politiques sont artificiellement créés seulement pour accéder au pouvoir et piller les ressources publiques. Au-delà de tout ce qui nous arrive, les leaders des partis politiques sont pressés que la Transition termine dans 8 mois pour prendre la main sans le nettoyage préalable de l’écurie. Les débats s’enlisent entre les pseudos intellectuels pris dans le piège des calculs et des théories aux objectifs inavoués.

Par ailleurs, c’est vraiment dommage de constater qu’avec plus de 1500 ONG et autres organisations dites de la Société Civile, les gens se taisent sinon assistent paisiblement au déclin du Mali et la destruction de l’Etat-Nation. On sait tous que les 224 partis politiques actuellement créés au Mali le sont, parce que les promoteurs savent que la création de partis politiques au Mali participe de la stratégie de gagner facilement prestige, argent, et pouvoir. Autant il est difficile de faire la différence entre la pléthore de partis politiques non nécessaires pour exprimer la démocratie et le multipartisme, autant il est facile de comprendre le jeu de la multitude des Organisations de la Société Civile aux objectifs inavoués ou insuffisamment explicites. Il est temps de prendre conscience et admettre que par la faute des Politiciens et des Organisations de la société civile dont celles des leaders religieux et des Syndicats, le pays se retrouve dans le chaos.

Force est de reconnaitre qu’au-delà de la méconnaissance des qualités et des vertus liées au patriotisme, les citoyens ignorent véritablement les actes, comportements et discours qui doivent être posés comme relevant de l’amour de la patrie ou pour la patrie. Or c’est à ce niveau que la vraie Société civile doit jouer en toute neutralité son véritable rôle et la fonction déterminante d’éveiller les consciences en faisant preuve d’exemplarité. Mais lorsqu’on est habillé Société civile le jour, et Politicien la nuit on perd la neutralité pour emprunter le chemin de l’hypocrisie.

La crainte d’afficher une position officielle pour dénoncer le mauvais système relève de la lâcheté sinon de la complicité. Sinon comment comprendre qu’en 1960, les pères fondateurs de la république aient réussi à arracher l’indépendance avec moins de 200 cadres supérieurs au Soudan Français, et que depuis, le Mali, avec maintenant plus de 50 000 cadres supérieurs de l’intérieur et de l’extérieur du pays, perde sa souveraineté ? Comment comprendre que plus de 50.000 cadres supérieurs maliens n’arrivent pas à se mettre d’accord pour créer les conditions de la stabilité, du développement et la prospérité du pays ? Que comprendre lorsque ceux qui se battent pour le pouvoir n’arrivent pas à faire l’unisson pour créer les conditions du bien être des maliens ?La raison est simple car l’arnaque constitue l’objectif principal et la vocation de la plupart des partis politiques créés dans le but d’améliorer les conditions du bien être des membres et sympathisants.

Force est d’admettre que les citoyens sont majoritairement dans la confusion sinon ignorent  fondamentalement les règles et principes qui doivent prévaloir pour l’exercice démocratique dans un Etat de droit. Au-delà, les citoyens méconnaissent fondamentalement le sens de la Patrie, les valeurs des symboles et Institutions de l’Etat pour faire preuve de patriotisme. La méconnaissance par les citoyens du contenu et des valeurs caractéristiques du BON et du MAUVAIS patriote est la principale source des tensions et des conflits au Mali. La contribution attendue de la Société civile, qui ne justifierait pas de mobiliser des ressources financières internes ou externes,  serait de faire preuve d’exemplarité et d’affichage du patriotisme par les discours, comportements et attitudes.

Il est urgent de porter en priorité la production du lexique officiel du BON et MAUVAIS patriote. Le lexique officiel aurait l’avantage de poser les bases du socle commun de connaissances dont les citoyens auront besoin pour exprimer la démocratie, le multipartisme, et le vivre ensemble dans l’Etat de droit à consolider. Les organisations de la société civile sont censées être apolitiques pour mobiliser les fonds et apporter le développement dans  les domaines de l’Education, la Santé, l’Hydraulique, l’Environnement  etc. Cependant, il est regrettable de constater le silence radio de la plupart, lorsque par la mauvaise gouvernance, les politiques pillent et gaspillent les ressources publiques pour créer les disparités sociales. Les difficultés du pays sont évidentes quand on sait que le Mali n’est plus un Etat totalement souverain  et que l’Etat-Nation qu’a voulu construire les pères fondateurs de la République est aujourd’hui déchiqueté, et à terre.

Les débats s’enlisent et au lieu de chercher des solutions objectives de sortie de crise, des vœux pieux sont régulièrement formulés que, pour la paix et la stabilité, les gens doivent se laisser les pieds et se donner la main parce que le Mali est le seul bien commun qui appartient à tous. Evidemment c’est le seul bien commun à tous mais combien de maliens savent que ce bien commun est à défendre, et à protéger avec honneur et dignité ? Et que dire lorsque la mentalité populaire et la conscience collective encouragent de ne pas servir l’Etat mais de se servir de l’Etat. Même si l’Etat n’a pas défini ou donné un contenu officiel au concept du vrai Patriote, les ONG et toutes les autres catégories d’Organisations dites de la Société civile devraient par le discours et le comportement se faire distinguer de la multitude des 224 partis politiques actuellement créés au Mali.

Mais lorsqu’on est habillé Société Civile le matin, et Politicien la nuit, la compassion pour des actes  humanitaires se transforme en leurre. A la faveur des dynamiques actuellement lancées pour le changement au Mali avec la Transition, il faut nécessairement  se mettre d’accord sur l’ensemble du territoire  national sur ce que l’on entend par Patriotisme, Honneur et Dignité, car cela aurait l’avantage et le mérite de poser les bases d’un socle commun de connaissances partagées par tous.

Les maux dont souffre le pays et qui ont entrainé la déliquescence de l’Etat-Nation, trouvent leurs origines dans la méconnaissance par les citoyens des vertus et exigences que le patriotisme impose. Ce constat patent est d’abord appréhendé dans les cercles de familles et ensuite au niveau des différentes sphères de la gestion publique. L’amour de la patrie et la culture du patriotisme ne sont nulle part enseignés ni par l’Etat ; ni dans les cercles de familles, ni dans les centres d’éducation et de formation. Le sens et le contenu de la patrie et du patriotisme n’étant pas connu des citoyens, il leur sera difficile de développer au quotidien des attitudes et comportements qui militent en faveur de la défense ou la préservation des acquis et biens communs du patrimoine national.

Faire preuve de patriotisme, ne veut plus rien dire et pour personne dans le contexte actuel du Mali, les préoccupations des citoyens étant focalisées sur la recherche des moyens de subsistance. D’ailleurs la conscience collective et la mentalité populaire au Mali véhiculent et entretiennent des images négatives qui constituent des facteurs de blocage pour l’affichage du Patriotisme. Au Mali, après 5 années d’activités dans une fonction publique ou privée, peu importe le statut, rang ou responsabilité,  la mentalité populaire taxe de maudit  toute personne qui n’a pas pu s’offrir un toit. La conscience collective ne perçoit l’Etat que comme la vache à lait à traire pour  les besoins de la famille et des siens. Aujourd’hui au Mali, la fibre patriotique coupée, est  remplacée par les discours creux, les constats bidon et les critiques stériles. Les initiatives d’actions isolées prises par les individus ou  groupes d’individus sont pour la plupart organisées pour des intérêts personnels. La culture de la fourberie, et la médiocrité a gagné le terrain et l’appât du gain facile s’est finalement installé sur l’ensemble du territoire.

Pour la paix la stabilité durable au Mali quelques actions prioritaires doivent être engagées en urgence notamment : -L’organisation des Assises Nationales et la prise de décision souveraine de tracer la nouvelle feuille de route, le calage de la durée de la transition sur les délais de réorganisation /recomposition du nouveau paysage politique  malien ; La dissolution ou la fusion des 224 partis politiques pour la création de seulement trois (3) grands partis Républicains aux couleurs du drapeau tricolore malien ; La réorganisation du paysage politique par la formulation d’un document institutionnel sur trois (3) options et orientations idéologiques axées sur une vision harmonieuse de développement du Mali de demain ; Le développement de stratégies capables de mettre fin aux pratiques d’alliances malsaines pour laisser le soin aux acteurs politiques et aux militants de choisir par conviction parmi les trois (3) nouveaux partis, l’option idéologique et l’orientation politique de développement qui correspond au mieux à leur vision du Mali de demain ; L’élaboration du lexique officiel pour définir et caractériser le VRAI du FAUX patriote et la production d’un guide national du Code d’honneur et de conduite sur les valeurs de la probité, l’Honneur, la Dignité, le Professionnalisme ; La révision de la constitution malienne de 1992 pour y  intégrer les normes et valeurs axées sur des références du riche patrimoine socioculturel du Mali.

Il est temps de tirer les enseignements et leçons de tout ce qui est arrivé de la confusion et du désordre créés avec l’avènement de la démocratie et du multipartisme pour faire autrement la politique en faisant preuve de patriotisme. Si l’on parvenait à développer des formules pour l’affichage du degré de patriotisme des citoyens afin que chacun puisse analyser, faire le lien entre le discours, et le comportement de l’autre en vue d’apprécier /évaluer  son niveau d’engagement patriote, la gouvernance se porterait partout mieux au Mali. Il est pratiquement impossible, dans le contexte actuel du Mali et avec 224 partis politiques, d’élire l’Homme providentiel attendu pour sortir le pays du gouffre profond dans lequel il est tombé.

Vivement que l’esprit de VRAI patriote alimente les discours, actes et comportements des maliens. Ne faisons pas vite si on ne peut pas bien faire.

 

Moussa Dao, Vice-président RESIF-C

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