Le grand programme national «Eau 2050» : Une vision pour transformer le Mali
Pour donner une traduction concrète à l’ambition d’une maîtrise parfaite de l’eau, le Mali pourrait lancer un Grand Programme National «Eau 2050», placé sous le haut patronage du Président de la République et faisant l’objet d’un consensus national.
Ce programme poursuivrait une ambition simple: faire de la maîtrise de l’eau le principal moteur de la transformation économique et sociale du Mali.
Il s’articulerait autour de dix (10) objectifs stratégiques:
1) Porter progressivement l’Office du Niger à un million d’hectares aménagés et exploités, grâce à un programme continu d’investissements publics et privés, faisant de cette zone l’un des plus grands pôles agricoles d’Afrique.
2) Créer un Programme national des Villages Productifs, permettant de doter progressivement chaque village du Mali d’au moins dix (10) hectares de périmètres irrigués par énergie solaire et de cinq (05) hectares consacrés à la production fourragère, afin de soutenir simultanément l’agriculture, l’élevage intensif et la résilience climatique.
3) Réaliser une cartographie exhaustive des ressources en eau, incluant les eaux de surface et les nappes souterraines, afin de guider les investissements sur des bases scientifiques. Développer la pratique de rétention d’eau de pluie à travers la construction de bassins de rétention et de conservation d’eau.
5) Moderniser les grands barrages et développer de nouveaux ouvrages hydrauliques, lorsque les études techniques, économiques, sociales et environnementales démontrent leur pertinence.
6) Développer une industrie nationale de fabrication, d’assemblage et de maintenance des équipements d’irrigation, des pompes solaires, des systèmes de goutte-à-goutte et des équipements agricoles, afin de renforcer le contenu local et de créer des emplois industriels.
7) Structurer les dix (10) principales chaînes de valeur agricoles et pastorales, en intégrant production, stockage, transformation, logistique, commercialisation, financement et exportation.
8) Mobiliser un financement innovant, associant l’État, les partenaires techniques et financiers, les banques, les compagnies d’assurances, la Caisse des Dépôts et Consignations, les marchés financiers régionaux, les investisseurs privés, la diaspora et l’actionnariat populaire.
9) Mettre en place un système national de recherche, d’innovation et de formation, consacré à l’irrigation, à la gestion durable de l’eau, à l’agriculture de précision, aux biotechnologies végétales et aux technologies numériques appliquées à l’agriculture.
10) Créer une Autorité nationale de coordination du Programme «Eau 2050», chargée d’assurer la cohérence des politiques publiques, de suivre les investissements, d’évaluer les résultats et de publier chaque année un rapport de performance.
11) Faire de l’eau un levier de paix, de prospérité et d’intégration territoriale, en utilisant les investissements hydroagricoles pour créer des emplois, réduire les inégalités régionales, limiter l’exode rural et renforcer la stabilité économique et sociale.
Une ambition à la mesure des défis
Le coût d’un tel programme serait élevé. Mais le coût de l’inaction serait bien supérieur.
Chaque hectare irrigué produit davantage de richesse, crée davantage d’emplois, sécurise davantage de revenus et réduit davantage la pauvreté qu’un hectare dépendant exclusivement des précipitations.
L’investissement dans la maîtrise de l’eau doit donc être considéré comme un investissement productif, et non comme une simple dépense publique.
À l’horizon 2050, le Mali pourrait ainsi devenir non seulement autosuffisant sur le plan alimentaire, mais également un grand exportateur de produits agricoles transformés, tout en faisant émerger une industrie agroalimentaire moderne et compétitive. Cette vision contribuerait à renforcer la souveraineté économique du pays, à améliorer durablement les conditions de vie des populations rurales et à faire de l’agriculture un véritable moteur de la croissance nationale.
Bamako, Août 2026
Par Harouna NIANG, Économiste/ancien ministre