Kalfa Sanogo, Pdg de la Cmdt-holding : « Le défi réel, c’est comment rattraper le temps perdu »

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Kalfa SANOGO, PDG de la CMDT
Kalfa SANOGO, ex-PDG de la CMDT

Au terme de la rencontre des principaux acteurs de la gestion de la filière coton au Mali tenue du 26 au 27 Novembre à Sikasso et consacrée au bilan de la commercialisation de la campagne agricole 2014-215 et la préparation de celle de 2015-2016, le Président Directeur Général de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT-Holding), Mr Kalfa Sanogo a accordé une interview à la presse. Le Patron de la CMDT a mis à profit cette interview pour parler des perspectives de la prochaine campagne, et fait des mises au point par rapport à certaines désinformations qui ne visent qu’à créer le désordre au sein du monde agricole.

Le Pouce : Quelle analyse faites-vous du bilan de commercialisation 2014-2015 ?

Kalfa Sanogo : « En terme de commercialisation du coton, il ya deux phases. D’ abord, il ya la commercialisation du coton graine avec les paysans et la commercialisation de la coton fibre avec les négociants de l’extérieur. Je pense que tout s’est finalement bien passé. A la fin de la campagne de commercialisation avec les cotonculteurs, il n’y avait  pas un franc des cotonculteurs qui soit resté avec la CMDT. Ça c’est bien passé à mon sens. Deuxième par rapport à la commercialisation de la fibre, malgré les difficultés du marché international, que tout le monde a pu suivre, soit par le net ou autre moyen de communication, malgré la baisse continue du coût mondial du coton, on a pu placer tout le coton malien à 99,3%, payés à des prix qui ne sont pas des meilleurs. Avec la variété Euro-dollars, nous avons pu rattraper beaucoup de choses. Autrement, ça aurait été difficile pour nous. 650 000 Tonnes attendues en début de campagne, au sortir c’est 550 000 Tonnes. La raison en est bien simple. Il ya un facteur qu’aucun d’entre nous ne maitrise. C’est la pluviométrie. Pour toutes les zones du Mali, la pluviométrie s’est installée très tardivement. Jusqu’en début juillet pour certaines zones. Les semences n’ont pas pu être fait à temps comme pour rattraper ce retard, la pluie s’est mise à tomber de façon dangereuse même souvent jusqu’à commencer à faire des dégâts sur les récoltes de coton, mais aussi sur le maïs. Dans nos zones, nous encourageons et nous accompagnons la production du coton. Ce qui fait de la zone un des plus gros pourvoyeurs de céréales sèches pour la sécurité alimentaire nationale. Pour d’autres cultures, ça été désastreux. Malgré tout, nous avons eu 550 000 T. C’est  la troisième plus grosse production de l’histoire de la CMDT, après les campagnes 2003-2004 et 2004-2005. 2003-2004, c’était 620 000 T et 2004-2005 c’était 570 000 T. Il ne faut pas non plus se fouetter utilement ».

Le Pouce : Quels seront les grands axes de la campagne 2015-2016 ?

Kalfa Sanogo : « Avec la pluviométrie, nous avons commencé l’égrenage en retard. Parce que les récoltes n’étaient pas possibles sous la pluie. Contrairement à l’année dernière où nous avions pu commencer l’égrenage depuis fin septembre, cette année on avait pensé que cela était possible. C’est jusqu’à la mi-novembre que nous avons timidement abordé l’égrenage. Le défi réel, c’est comment rattraper  le temps perdu. L’année passée avec 548 000T, nous avions terminé avec l’égrenage en mi-avril. Si nous devons atteindre cet objectif, nous devrons redoubler d’efforts.

C’est d’abord le ramassage du coton aux cotés des cotonculteurs. Pour ce faire, nous avons mis l’accent sur les moyens à déployer le plus rapidement possible. Ensuite il nous revient de prendre des dispositions industrielles pour que les unités industrielles qui avaient aussi un rythme assez important l’année dernière, soient soutenues et maintenues cette année. Si nous arrivons à le faire, nous allons pouvoir finir d’ici fin avril avec l’égrenage du coton. Evidement nous avons pris des dispositions pour que l’achat du coton puisse se faire dans les meilleures conditions auprès des paysans. J’ai donné des instructions pour que dès que le coton est enlevé des mains des paysans, que leur argent soit payé immédiatement. C’est ça aussi qui les encouragerait à se mobiliser pour la production de l’année prochaine ».

Le Pouce : Votre vision de performance va-t-elle s’appliquer dans la gestion financière ou administrative de la CMDT ?

Kalfa Sanogo : « Déjà on le sent. Si vous avez suivi les conclusions de notre conseil d’Administration de l’Année dernière, j’ai dit que c’est les mesures de gestion rationnelle qui nous amène à 14 milliards et poussières de bénéfice. De sorte que des gens ont déformé en disant que nous devons aux paysans. Ça c’est un des éléments. Dans une société commerciale, un des repères, c’est le bénéfice qu’on dégage. La cadence d’égrenage quotidien des unités industrielles de l’année passée n’a jamais été atteinte auparavant. On était à 3800T par jour, tous les acteurs sont là, ils peuvent le témoigner. Nous avons aussi augmenté le rendement agricole. On est passé de 916kg à 1017 kg à l’hectare. Je peux vous énumérer un certain nombre d’éléments qui expliquent que nous avons entamé le chemin de la performance. Nous n’avons pas encore atteint cette performance. Ils ya encore des efforts à faire à ce niveau ».

Le Pouce : Pouvez-vous nous parler de la situation des ristournes qui ont fait de polémique ?

Kalfa Sanogo : « D’abord la notion de ristourne est une fausse appellation. C’est un complément de prix. Au début de la campagne, on fixe un prix pour que les producteurs puissent savoir sur quel pied danser. Il va au champ sachant qu’il aura tel montant par kg de  qu’il va produire. Une fois, cela, c’est lui qui décide s’il doit diminuer ou augmenter le nombre d’hectare à cultiver. A la fin de la saison, c’est ça qu’on lui paye. Mais cela ne veut pas dire que c’est le prix réel du coton qu’on doit lui payer. Notre coton est vendu à l’extérieur. Après la vente de tout le coton, on rapporte le prix du marché sur la production. C’est en moment, qu’on a le prix réel qu’on devrait lui payé. S’il se trouve que ce prix réel est supérieur à ce qu’on lui a déjà payé, il ya complément qu’on paye au paysan. Si c’est le contraire qui se produit, normalement c’est le paysan qui nous doit. Dans le cas d’espèce, la campagne 2014-2015 dont on parle, on a payé 235f le kg aux producteurs. C’est ce que nous avions fixé en avril avant la semence. Quand le consultant international Gerald Estur qui s’occupe de l’expertise de tous les pays cotonniers au sud du Sahara a fait son constat, il s’est trouvé qu’on devait payer 227,206F par kg  aux paysans. Or on avait déjà payé 235 FCFA. On avait un gap de 7,794F. C’est impossible d’aller demander aux cotonculteurs de rembourser ce vide. Il y avait déjà à coté le fond de garantie ou un fond de soutien qui se trouve logé au niveau de BIM-SA,et qui gère par le chef de cotonculteurs, Bakary Togola, son comptable et le directeur général de la BIM-SA. Aucun franc ne peut sorti de ce fond sans l’implication de ce directeur général. C’était une convention signée auparavant. Le chef de producteurs écrit au ministre des finances, qui autorise à son tour le prélèvement pour rembourser la CMDT. Finalement c’est la somme de 5 milliards 648 millions FCFA qui ont été remboursés à la CMDT. Donc, il n’ya pas de ristournes. Il n’y a pas eu de complément. Ceux qui propagent cette nouvelle savent exactement comment ça se passe. Ils avaient besoin d’arguments pour mobiliser les paysans. Parce quand tu vas dire aux paysans qu’ils ont cinq francs avec la CMDT et que c’est Bakary Togola qui couvre  la CMDT à ne payer, alors, forcement ils vont se mobiliser. Quand on parlant d’argent, ils savent exactement ce qui passe. Ceux qui parlent de ristournes savent qu’ils mentent. C’est pourquoi, j’ai porté plainte pour mensonge visant à créer le désordre. Ça c’est puni par la loi pénale ».

Le Pouce : Des bruits on circulé un moment à Koutiala entre la CMDT et des producteurs de coton, qu’en est il exactement ?

Kalfa Sanogo : « Il ya un groupuscule d’environ une dizaine de personne qui ne représente rien pour la production, qui ont posé des actes répréhensibles. L’espace de la cotonculture va de la frontière du Burkina Faso jusqu’à Kita, en termes de longitude. En termes de latitude, il va de la frontière ivoirienne jusqu’au niveau de San, Bla et Yorosso. Il ya plus de 190 000 exploitants regroupant plus de 500 000 cotonculteurs. Cet acte posé par ces personnes n’est pas en fait un problème de cotonculteurs. En réalité, il ya eu propagation de mensonge avéré. Ce qui est puni par la loi pénale. C’est dire quelques individus ont essayé de mobiliser des cotonculteurs pour saboter la coton culture. C’est pourquoi nous avons porté plainte comme cela se doit. Les gens ont évolué dans l’impunité. Ils pensent qu’ils peuvent tout dire, tout faire sans n’en courir aucun risque. On ne construit pas un pays dans la pagaille, dans le laisser aller. J’ai horreur de la pagaille. J’ai usé de mon droit que la loi pénale me confère pour aller porter plainte contre ceux là qui on menti en disant que la CMDT détient  de l’argent dû aux paysans. Ceux qui ont dit cela, ont d’autre préoccupation que d’aider les paysans ».

Le Pouce : Un appel aux producteurs ?

Kalfa Sanogo : « C’est d’abord les remercier pour les efforts fournis. Je voudrais les inviter à redoubler cet effort et faire en sorte que la productivité, le rendement à l’hectare soit leur point de mire. Si vous n’avez pas un bon rendement au champ, vous n’avez pas de perspectives pour gagner la récolte. Evidement, nous devons les accompagner avec les techniques et technologies qu’il faut. Nous allons prendre un certain nombre de dispositions pour cela. Mais c’est eux qui doivent faire la pratique ces techniques sur le terrain. Il s’agit d’être serein, de resserrer leur rang pour que collectivement, ils puissent répondre à leur propre développement d’abord, ensuite le développement de la nation ».

Entretien réalisé par Jean Goïta,

Envoyé spécial à Sikasso

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