Casque et permis de conduire pour motos : LA PÉDAGOGIE D''ABORD

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Ces mesures concernent notamment l”interdiction de l’usage du téléphone portable au volant, le port de la ceinture de sécurité, le port du casque et le permis de conduire pour les conducteurs des deux roues.

Les accidents de la circulation sont en passe de devenir un véritable fléau dans notre pays. Ces accidents sont le plus souvent imputables au non respect des règles en matière de circulation routière.

C”est donc pour renforcer la sécurité sur nos routes et réduire le nombre d’accidents que les pouvoirs publics ont décidé de renforcer les mesures de contrôle en vue d’amener les usagers de la route à observer strictement les prescriptions du Code de la route. Ces mesures concernent notamment l”interdiction de l’usage du téléphone portable au volant, le port de la ceinture de sécurité, le port du casque et le permis de conduire pour les conducteurs des deux roues.

Il faut dire ni la limitation de vitesse imposée, ni les campagnes de sensibilisation n”ont eu raison des comportements de certains usagers dans la circulation. Les nouvelles dispositions envisagées contribueront donc à protéger nos compatriotes de l”hécatombe.

AVEC TACT.

Ces mesures devaient entrer en vigueur à partir du 1er février. Mais lors de sa réunion du mercredi dernier, le Conseil des ministres a décidé de différer l”application des dispositions concernant les motocyclistes.
Le Conseil, tout en reconnaissant le bien-fondé et le caractère salutaire de cette obligation, a demandé mercredi dernier que soit observée une période de préparation et de sensibilisation des usagers, avant de procéder à l’application rigoureuse de la mesure.

Jeudi dernier à l”occasion de la remise de véhicules aux forces de sécurité, le président de la République, Amadou Toumani Touré avait abordé le sujet. Il s”était adressé aux forces de sécurité en ces termes : "prenez toutes les dispositions rigoureuses pour sévir contre le non respect des mesures de sécurité routière. Cependant faites en sorte d”amener avec tact, les usagers au respect du code de la route. Le port obligatoire de casque va attendre pour l”instant. Il nous faut adopter toutes les méthodes d”information et de sensibilisation, afin de prouver aux usagers tout l”intérêt de se protéger. En revanche, le port obligatoire de la ceinture de sécurité et l”interdiction du téléphone portable au volant seront des infractions sanctionnées de façon sévère dès février ".

UN GRAND SOULAGEMENT.

Le décision a été accueillie avec un grand soulagement par de nombreux motocyclistes à Bamako. <<Une décision sage >>, se réjouissent beaucoup de jeunes propriétaires de motos. C’est le cas de Yacouba Idrissa âgé d”une vingtaine d”années. « Je viens de dépenser mes maigres économies pour les besoins des fêtes de fin d”années et de la Tabaski. Pour moi, acheter un casque maintenant est une mission quasi-impossible », assure le jeune homme rencontré au centre-ville, avant d”enfourcher sa Yamaha. « Nous allons marcher, protester…. », menaçait Adama Sissoko, un jeune élève du lycée Askia Mohamed, quelques jours avant la décision du Conseil des ministres.

Comme nos deux jeunes, beaucoup d”usagers de la route ignorent que le port du casques et du permis de conduire par les conducteurs d”engins à deux roues ne sont pas de nouvelles mesures. Le code de la route en son article 27 stipule que « le port d’un casque de protection est obligatoire pour les conducteurs et les usagers de motocyclettes et vélomoteurs de cylindrée supérieure ou égale à 100 cm3 >> . Or, selon certains experts les motos les plus nombreuses dans la capitale (les "Jakarta" surtout) sont de cylindrées inférieures à 100 cm3.

ENTRE 5000 ET 12 500 FCFA.

Alors peut on réprimer pour une infraction qui n’est prévue par le code de la route ? <<Non >>, répond Me Abdoulaye Touré soutenant que les pouvoirs publics feraient ainsi un abus de pouvoir.

Les revendeurs de casques, en marge de ce débat, se frottent déjà les mains. Depuis des mois, ils arpentent les trottoirs et le mouvement s”était intensifié ces derniers jours Ils proposent des casques entre 5000 et 12 500 Fcfa. Et ne se préoccupent ni de leur qualité ni des normes requises. Amadou Koné, un revendeur sur les trottoirs près de Place de la liberté n”est pas content de la décision des pouvoirs publics. Il assure que depuis jeudi dernier, ses affaires ont commencé à tourner au ralenti.

Djibril Tall, le directeur national des transports terrestres, fluviaux et maritimes, explique que la motivation première des responsables chargés de la gestion des transports est la sécurité des usagers de la route. « L’administration a le devoir de protéger les citoyens », relève Tall qui estime que les motocyclistes ont eu le temps nécessaire de s’acheter des casques. Et en dehors du cadre juridique, poursuit-il l’utilité du casque homologué est incontestable. Si la prudence est la règle essentielle lorsqu’on circule à moto, le casque pour le conducteur comme pour le passager, n”est pas superflu, souligne-t-il.

En l”absence de carrosserie, le conducteur de moto, et le passager sont très est exposés aux chutes souvent traumatisantes. Selon des techniciens de l’Ont, le port du casque est le moyen le plus efficace pour réduire les blessures à la tête et éviter les morts. Selon eux, le casque permet d”atténuer de plus 70 % la violence des chutes, et de réduire la probabilité d”un décès de presque 40 %. Le port du casque permet naturellement de réduire les coûts des soins associés aux accidents.

Si la loi ne rendait pas impératif le port du casque de protection pour tous les conducteurs de motocyclettes, elle les oblige cependant à se doter de permis de conduire. En effet, l’alinéa 2 de l’article 88 du code de la route dit : « Nul ne peut conduire un cyclomoteur s’il n’est titulaire d’une autorisation de conduire délivrée par le ministre chargé des transports ».

Parlant de cette pièce, Djibril Tall explique que la Direction nationale des transports avait pris des mesures visant à simplifier l’acquisition du document. « Désormais, dit-il, le circuit ne doit pas dépasser trois jours. L’examen théorique et pratique se passera le même jour ». Le coût du permis est de 9750 Fcfa, repartis entre le timbre (5750 Fcfa) et la taxe (4000 Fcfa).

Avant la décision du Conseil des ministre, le directeur national des transports terrestres, maritimes et fluviaux nous avait expliqué que le port du casque et du permis de conduire ne sont que les premières étapes d’une série de mesures à adopter pour assurer la sécurité dans la circulation routière. La prochaine phase serait l’obligation d’assurance pour les motos. « Toutes ces mesures sont prises conformément au code de la route. Le département ne demande que l”application de mesures réglementaires prescrites par le code » plaidait Tall en faisant remarquer que le fait de ne pas avoir d’assurance est un délit chez nous.

1000 AGENTS.

Du côté du Groupement mobile de sécurité (Gms), toutes les dispositions étaient déjà prises pour une application rigoureuse de la mesure, selon son commandant en chef, Moussa Camara. « Nous avons 1000 agents pour faire respecter la loi sur la route » a-t-il relevé avant d’expliquer que les 73 carrefours stratégiques de la capitale devaient être occupés.

Quand les nouvelles mesures commenceront à être appliquées, le défaut de casque sera verbalisé à 3000 Fcfa. Conduire sans permis étant un délit, le contrevenants, en cas de saisie, devront se doter de la pièce avant de régler la pénalité de 3000 Fcfa. « Le payement de cette verbalisation est obligatoire avant de retirer la moto », explique le commandant en chef du GMS.

Les associations des consommateurs, tout en reconnaissant l”utilité des mesures restent sceptiques quant à leurs applications concrètes. « Il y a seulement quelques semaines, l’on annonçait l’interdiction du téléphone portable au volant. Mais la réalité est toute autre sur le terrain", déplore A.D., membre d’un regroupement de consommateurs qui craint que l’opération ne soit l”occasion pour les forces de l”ordre de racketter les conducteurs.
A ce sujet, le commandant en chef du Gms invite les populations à dénoncer tout mauvais comportement des policiers. « Nous les cadres de la police, nous ne sommes pas partout. Donc, c’est la population qui doit nous aider à démasquer les agents qui ternissent notre image », invite le commandant Camara.

A. M. CISSE

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