Edito international / Pires : la distinction à un homme et à une nation

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L’ancien président avait déjà été fait grand collier de l’ordre de l’Infant Dom Henrique du Portugal en 2002. Et depuis quelques heures, Pedro Pires, à 76 ans est honoré du prestigieux prix Moh Ibrahim. Certes, cette distinction qui, pour l’instant, ne donne pas dans la complaisance, récompense les convictions démocratiques des gouvernants et leur bilan dans le domaine de la gouvernance.

Du parcours et du mérite, il en a eu l’heureux récipiendaire. Et très tôt, en se battant dans le maquis aux côtés d’Amilcar Cabral au sein du mythique Parti Africain pour l’Indépendance du Cap-Vert dont il prendra plus tard la direction. Ensuite, il sera premier ministre de 1975 à 1991, six ans pendant lesquels les principales données de prospective baliseront le développement de l’archipel. Et pour boucler la boucle, il est élu président en 2001 et réélu en 2006.

Mais ce prix est décerné au Cap-Vert, au-delà du natif de l’île Fogo qui jouira de 5 millions de dollars absolument mérités, si on ferme les yeux sur le petit forcing pro-Gbagbo qu’à travers lui, l’Afrique hispanophone a tenté pour l’usurpateur Gbagbo. L’archipel était exsangue à l’indépendance et il reste sans ressources naturelles. Mais en deux décennies d’une gouvernance de progrès méthodiques et évalués, le voilà passé du statut de pays à revenus faibles à celui de pays à revenus intermédiaires, rattrapant donc en revenus, la prospère Côte d’Ivoire d’antan et son impressionnant potentiel.

Et sans nul doute, alors que l’écrasante majorité des pays du continent restent dans les profondeurs du classement, le pays de Pires lorgne vers l’émergence, devenant à côté de la Guinée Bissau, son ex sœur jumelle aujourd’hui en lambeaux ce qu’est San Domingue face à Haïti. Moh Ibrahim a tapé dans le mille en choisissant un petit pays parti de rien mais qui gère sa démocratie sans tambour ni trompette et qui a pu doubler les revenus de son peuple avant de l’amener, sous très peu, dans le club fermé des nantis. Quelqu’un devait donner à cette expérience rare sur le continent la visibilité qu’elle mérite. C’est fait depuis hier et c’est sain.

Adam Thiam      

 

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