Accord sur la COP21 : plus de 200 options possibles !

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Si la COP21 aboutit à un accord, il se trouve dans un projet de texte de 55 pages. Mais il reste encore vague, plus de 200 options sont possibles.

Les 195 pays réunis au Bourget pour la COP21 espèrent trouver un accord sur le réchauffement climatique. S’il est trouvé, le compromis se trouve dans un projet de texte de 55 pages qui pour l’heure ne fâche quasiment personne, tant il laisse d’options ouvertes. Plus de 200 en tout, où chaque mot compte.

Il va falloir faire vite, et fort : les équipes de négociateurs des 195 pays rassemblés au Bourget disposent de moins d’une semaine pour élaguer un texte encore très touffu, avant de transmettre le témoin, lundi, à leurs ministres de l’Environnement ou de l’Énergie, qui trancheront dans le vif.

Le rêve d’un compromis

En deux mots : après les grands discours, il faut trouver des compromis pour aboutir le 11 décembre à un pacte universel. Un modus vivendi qui satisferait aussi bien les îles Salomon qui rêvent d’un accord ambitieux et contraignant pour ne pas disparaître sous les eaux, et les deux grands pollueurs, États-Unis et la Chine, qui veulent le moins de contraintes possibles.

La version actuelle du texte de négociation donne le vertige. La Fondation Nicolas Hulot, l’ONG de l’envoyé pour la planète du président François Hollande, a compté “plus de 200 options et plus de 1 200 expressions ou phrases entre crochets”, soumises à discussion. Un seul exemple avec l’article 2, option I : le but de l’accord est “de limiter la hausse de la température globale moyenne [au-dessous de 2 °C][au-dessous de 1,5 °C][bien au-dessous de 2 °C][au-dessous de 2 °C ou 1,5 °C][au-dessous de 1,5 °C ou 2 °C][aussi loin de 2 °C que possible].

Choisir entre “doit” et “devrait”

À 34 reprises dans l’ensemble du texte, les négociateurs doivent encore choisir entre “devrait” (should) ou “doit” (shall). La méthode choisie est de tenir une réunion permanente : une table carrée avec autour environ 80 chefs de délégation du monde entier, explique à l’AFP une source proche de la présidence française de la COP. Et mandat est donné aux experts de chaque délégation de tenir des mini-réunions sur chaque point et dire “si c’est résolu, ou pas”.

“La gestion de notre temps va être essentielle, il faudrait que chaque jour nous permette d’avoir des progrès”, a lancé le président de la COP21, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, à l’ouverture des travaux dimanche. Un avertissement qui parle d’expérience. “Ca prend toujours un jour ou deux avant de vraiment entrer dans une dynamique de négociation”, constate un Européen, vétéran des négociations, qui a requis l’anonymat.

La tâche s’annonce ardue

Quant au rythme de progrès… “Chacun veut garder ses cartes pour l’emporter à la dernière minute”, constate la négociatrice japonaise Aya Yoshida. “Et c’est de pire en pire depuis plusieurs années”, renchérit le négociateur européen, “mais c’est une posture dangereuse”. À Copenhague, en 2009, elle a mené à l’impasse totale.

Au Bourget, la tâche s’annonce ardue. Rien que le mot “décarbonisation” est un sujet de crispation pour l’Inde, très dépendante du charbon ou encore pour l’Arabie saoudite. “On avancerait plutôt vers le terme ‘neutralité climat'”, souligne un autre négociateur occidental, qui tempère : “Ce n’est pas le problème le plus difficile à résoudre.” Depuis la COP1 à Berlin en 1995, la complexité des négociations onusiennes et leur jargon est devenue légendaire. “C’est un monde très spécial” de spécialistes qui se retrouve chaque fin d’année pour une grand-messe climat, et “qui a son propre langage”, convient le négociateur européen.

Jusqu’au bout de la nuit

“Mais la complexité tient aussi au fait que les politiques climatiques concernent tous les secteurs de l’économie, toutes les questions sociales. C’est pour ça qu’il est si difficile de trouver des compromis.” “Et dire qu’au début du processus, c’étaient des météorologistes qui négociaient…”, se souvient-il, songeur. Laurent Fabius a d’ores et déjà averti les négociateurs que “si l’on voulait s’en remettre au pseudo-miracle de la dernière nuit”, ce n’était “pas la bonne solution”.

Et pourtant, la fièvre gagne vraiment les COP lors de la dernière journée de négociation, qui se prolonge souvent jusqu’au coeur de la nuit, quand ce n’est pas le lendemain ou le surlendemain… Et il n’est pas inhabituel que tout se débloque lors de “mêlées”, un petit groupe de responsables américain, chinois, européen, ou encore indien rassemblés dans un coin de salle, négociant sans intermédiaire et résolvant à haute voix des questions qui avaient semblé totalement insolubles durant deux semaines.