La liberté retrouvée après l’accord de Niono au Mali [3/4]

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RFI vous propose cette semaine une série de quatre reportages sur l’accord de cessez-le-feu inédit conclu le 14 mars pour une durée d’un mois entre les jihadistes de la katiba Macina, liés à al-Qaïda au Maghreb islamique, et les chasseurs Dozos qui les affrontaient pour tenter de protéger certains villages, notamment celui de Farabougou, dans le cercle de Niono (région de Ségou). L’État malien, qui a mandaté les négociateurs, doit encore se prononcer d’ici la fin de la semaine sur un point précis de cet accord.

De notre envoyé spécial,

L’accord de cessez-le feu conclu dans le cercle de Niono est un accord oral, rien n’a été signé. Mais la parole donnée par les chasseurs Dozos et par les jihadistes, devant les médiateurs du Haut Conseil islamique du Mali, a immédiatement été suivie d’effets.

« Nous sommes heureux de le constater et de le dire : on sent vraiment le changement, s’exclame Dramane Simbara, maire de Sokolo, une commune rurale dont les habitants n’osaient plus sortir depuis près de six mois, en raison des attaques perpétrées par les jihadistes. Les gens sont plus libres de vaquer à leurs occupations : aller aux champs, partir à leur commerce, voyager de village en village, c’est-à-dire tous les déplacements. Du jour au lendemain, les choses ont changé dans un sens positif. Vraiment ça va. » Une liberté de mouvement d’autant plus importante que la période coïncide avec les récoltes.

Dans les heures qui ont suivi l’accord, la dizaine de prisonniers – des chasseurs Dozos et de simples habitants – retenus par les jihadistes de la katiba Macina a été libérée. Ils étaient issus de différentes communautés, y compris des Peuls. Précision importante, car les Peuls font souvent l’objet d’amalgames avec les jihadistes et sont régulièrement victimes de stigmatisation et d’exactions. Les chasseurs Dozos ont également pu récupérer les corps de certains des leurs, tués lors d’affrontements et qui ont enfin pu être enterrés.

La fin des hostilités et le retour au calme, Sékou Bah peut également en témoigner. Il est le maire de la commune rurale de Nampala dont les habitants craignaient surtout les violences des chasseurs Dozos et les exactions commises sur des bergers de la communauté peule.

« Nous avons senti une nette amélioration. Le plus frappant, c’est que pas plus tard qu’hier se tenait la foire hebdomadaire de Nampala. Il y avait des véhicules venus de Dogofry, et les passagers en partance de Nampala pour Niono ont pu passer par Dogofry. Cela faisait quatre mois que cela n’était plus arrivé, ni dans un sens ni dans l’autre ! Depuis que l’accord a été conclu, la circulation des personnes et de leur bien est devenue une réalité dans la zone, nous constatons même une redynamisation de l’économie du fait de la fréquentation des foires, et de la circulation des animaux et des véhicules de transport de marchandises », se félicite Sékou Bah.

Avant que le Haut Conseil islamique n’entame ses négociations avec les jihadistes de la katiba Macina, Dramane Simbara, Sékou Bah et d’autres élus locaux étaient déjà impliqués dans un dialogue intercommunautaire. Depuis que l’accord de Niono a été trouvé, ils envisagent un peu différemment leur mission.

« Rien ne vaut la paix, affirme Sékou Bah, le maire de Nampala. Et Niono étant une zone agropastorale par excellence dans la région de Ségou, ses activités ne peuvent prospérer que dans la quiétude et dans la sécurité.  Notre rôle va être de mener des actions de sensibilisation de grande envergure. Pour pouvoir donner le contenu de cet accord, pour que sa mise en œuvre soit réelle et que les populations se l’approprient. »

Dernière conséquence de cet accord : les premiers déplacés internes, qui avaient fui leur village, ont commencé à rentrer chez eux. Mais encore très timidement.

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