Bitcoin comme monnaie nationale : le Mali peut-il suivre l’exemple de la Centrafrique ?

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La Centrafrique a adopté, le 22 avril dernier, le Bitcoin comme monnaie nationale au côté du Franc CFA. Un évènement qui donne des idées à Bamako, où les autorités sont engagées dans le même combat géopolitique qu’en Centrafrique. Quelle est cette monnaie numérique ? Quels sont les avantages et / ou défis liés à son utilisation ?

 Pour répondre à ces questions, Maliweb.net donne la parole à Dr Hamidou Tembiné, professeur Assistant à l’Université de New York et auteur d’une étude sur les cryptomonnaies basées sur la technologie blockchain.

Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie (monnaie numérique) ?

Une cryptomonnaie est un actif numérique émis de pair à pair utilisable au moyen d’un réseau distribué sans coordination centrale. L’objectif de base des cryptomonnaies est de faciliter les échanges dans un environnement fiable, vérifiable, traçable, transparent, sécuriDès le début des années 1980, des cryptomonnaies ont été proposées pour lutter contre les signatures frauduleuses avec notamment le e-Cash et le Digicash. Mais c’est en 1998 que cette théorie se matérialise avec la mise en œuvre du b-Money qui utilise notamment la preuve de travail, un protocole de vérification et de validation des transactions.

Combien de cryptomonnaies qui existe-t-il à ce jour ?

Les cryptomonnaies les plus populaires en termes d’utilisations réseaux et d’échanges et de valeur sont : le Bit-coin, l’Ethereum, Tether et Ripple. D’après CoinMarketCap qui recense les cryptomonnaies opérationnelles, il y a plus 18 400 cryptomonnaies à la date du 1 Mai 2022. Ce marché totalise un peu plus de 2 000 milliards de dollars américain au 1 Mai 2022.

Y a-t-il un risque de sécurité lié à la cryptomonnaie ? Peut-on la pirater ?

La technologie sur laquelle se base les cryptomonnaies comme le Bitcoin est une blockchain. Cette technologie n’a pas pu être piratée en 10 ans d’existence. Et, plus il y aura les données sur la blockchain, plus cela prendra du temps pour rentrer dans le réseau. Par contre, en dehors du système, il y a des problèmes liés au dernier mètre (les appareils type internet des objets qui sont reliés au système et les humains qui possèdent des mots de passe), sont vulnérables aux attaques.

En clair, la monnaie numérique en tant que système est inviolable à ce jour, mais on peut pirater le mot de passe d’un tiers pour s’en approprier son actif.

Géologiquement proche du Mali, la Centrafrique a adopté le Bitcoin comme monnaie nationale au côté du FCFA. Quel est votre avis sur cela ?

Le Bitcoin est basé sur les chaînes de blocs ou blockchains, qui est un réseau pair à pair décentralisé. Le bitcoin à ce jour n’est contrôlé par aucune banque centrale. La Centrafrique, comme beaucoup de pays avant elle, pose la question d’une cryptomonnaie comme alternative ou au côté d’autres monnaies dites traditionnelles. À ce stade, cette annonce officielle est symbolique car la mise en œuvre et l’utilisation du bitcoin à grande échelle reste un défi majeur dans les pays où le paiement mobile peine à décoller.

On n’a pas besoin d’être un spécialiste sur les instruments macro-économiques pour se rendre compte que le Bitcoin (BTC) qui, depuis un an, est au-dessus de 21 millions de FCFA d’Afrique Centrale, n’est pas utilisable dans les transactions quotidiennes des citoyens. À titre d’exemple, le riz de 1000 FCFA serait de l’ordre de 0,00004 BTC. Par conséquent, les actions qui suivront cette annonce sur le Bitcoin déterminent la volonté du pays.

Comme en Centrafrique, si le Mali venait à adopter le bitcoin, qu’est-ce que cela peut changer dans le quotidien du Malien lambda ? 

L’utilisation des cryptomonnaies est un long processus. Certaines transactions internationales (les matières premières notamment) peuvent être faites plus facilement avec les cryptomonnaies. Donc le pays pourrait en profiter en prenant cette opportunité si elle est bien mise en œuvre. Par contre pour l’utilisation quotidienne par les citoyens, le défi reste de taille et la préparation pourrait durer des années. Il faut donc prendre le train dès maintenant et se donner les moyens pour bâtir un réseau favorable à l’utilisation des cryptomonnaies

Avec un faible taux de pénétration de l’internet (- 30 % au Mali), pensez-vous que les pays africains peuvent utiliser cette monnaie actuellement ?

Si une nation veut utiliser une cryptomonnaie au niveau national, elle devrait d’abord la tester comme un projet pilote, l’expérimenter, l’apprendre et éventuellement le corriger avant son éventuelle généralisation. Les cryptomonnaies sont aujourd’hui utilisées comme paiements mobiles ce qui laisse un espoir d’adoption plus large dans les grandes villes en Afrique malgré un débit de connexion réseau assez délicat. Les cryptomonnaies stables et autorégulées [référence] doivent être étudiées par les pays en voie de développement pour réduire les coûts des transactions transfrontalières et les intermédiations imbriquées.

Des pays avancés comme la Russie et la Chine ont des projets de monnaie numérique. Pourtant, seul le Salvador avant la Centrafrique en a fait sa monnaie nationale. Qu’est-ce qui explique la réticence des Etats de la zone dollar ou euro à utiliser à la monnaie numérique ?

Plus de 87 pays aujourd’hui testent des cryptomonnaies stables ou mettent un peu de centralisation avec les monnaies digitales de banque centrale (MDBC). Quand on regarde le marché aujourd’hui on s’aperçoit qu’il y a des projets sur e-dollar, e-rouble, e-yen, e-yuan, e-CNY, e-euro. Cela veut dire que les Etats plus développés ont tous aujourd’hui un projet test sur une monnaie ‘’blockchain-isée’’ avec plus ou moins de contrôle. Les résultats de ces études/tests seront cruciaux pour des adoptions plus larges ou des restrictions locales.

[Référence]  J. Barreiro-Gomez and H. Tembine, “Blockchain Token Economics: A Mean-Field-Type Game Perspective,” in IEEE Access, vol. 7, pp. 64603-64613, 2019, doi: 10.1109/ACCESS.2019.2917517.

 

Propos recueillis par Mamadou TOGOLA / Maliweb.net

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