Chérif Moumina Sy, président du CNT du Burkina : «Les crimes transfrontaliers, aucun pays ne peut les résoudre seul»

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En marge de sa visite  à Bamako pour non seulement témoigner la compassion du peuple du  Burkina Faso mais aussi présenter  ses condoléances aux autorités maliennes, Chérif Moumina Sy, président du Conseil national de la transition, a fait un passage à la Maison de la Presse du Mali pour s’entretenir avec ses confrères sur la situation de son pays et celle du nôtre.

Le Prétoire: Quel bilan tirez-vous de la transition du Burkina Faso ?

Chérif Moumina Sy: L’une des missions de la transition était d’organiser des élections. C’était la mission principale. Je crois que nous  sommes en train de le faire. Si Dieu le veut, ces élections se tiendront le dimanche prochain, 29 novembre. Bien sûr, il y a d’autres aspects sur lesquels la Transition a travaillé, notamment ce que nous appelons les questions pendantes. Il s’agit des questions de crime de sang, et de crime économique.       La justice a ouvert  beaucoup de ces dossiers et la plus emblématique est celle de l’affaire de Thomas Sankara,  de notre confrère Norbert Zongo,  de l’insurrection des 30 et 31 novembre 2014, et du putsch de Gilbert Diéndéré. Sur le plan législatif, on a travaillé sur un certain nombre de lois qui sont d’une portée exceptionnelle. Quand on regarde le volume de lois sur lequel nous avons travaillé en moins d’une année, nous sommes déjà à plus de 77 lois et propositions de loi, dont les plus emblématiques  sont : la  loi contre la corruption,  le droit d’accès à l’information, la dépénalisation des délits de presse, etc. Je pense qu’on n’a pas encore fini cette transition. Et on n’a pas encore dressé le bilan. Mais, ce qui a été fait dans le temps qui  nous a été donné jusque-là, on a essayé de donner le meilleur de nous-mêmes.

Comment avez-vous vécu le coup d’Etat contre le pouvoir de transition ?

Le peuple a démontré son refus de se caporaliser, de mettre fin à une transition en cours. Avec une certaine synergie d’action, on est arrivé à bout. Les putschistes ont été arrêtés. Un dossier judiciaire a été ouvert contre eux. Je pense que  c’est le refus de notre peuple, conjugué à un ensemble d’attitudes aussi bien individuelles que collectives. Je peux vous citer sous le contrôle d’un certain nombre de personnes, de journalistes, qui étaient là. Le coup d’Etat a eu lieu pendant que les responsables des médias et des journalistes se réunissaient à Ouagadougou. Ils ont apporté leur concours en communiquant la réalité de ce qui se passait, mais aussi en interpellant leurs dirigeants à condamner le coup d’Etat. Ce concours apporté par nos confères, ajouté à la détermination farouche de notre jeunesse, a fait que le coup d’Etat n’a pas réussi.

Quelle lecture faites-vous du fait que la transition a reçu de façon sélective les dossiers de candidature à la présidentielle ?

La démocratie n’est pas une abstraction philosophique. La démocratie est une pratique  quotidienne sur la base des  concepts. Dans cette pratique, il y a le fait que nous avons  adopté souverainement un code électoral. Et dans ce code, nous avons internalisé les dispositions de la Charte africaine de la démocratie et de la gouvernance qui dispose dans son article 25  que: «tous ceux qui sont auteurs ou complices de changement anticonstitutionnel doivent être exclus  de l’élection qui restaure le processus démocratique». Ce n’est pas nous qui l’avons inventé. C’est une disposition de l’Union africaine que notre Conseil constitutionnel a validé et qui se retrouve dans le Code électoral. Nous n’avons fait que mettre cela en branle. Maintenant, on peut ne pas aimer le code électoral ou l’aimer, peu importe. Comme le dit les latinistes : «la loi est dure, mais c’est la loi».C’est des choix qu’il faut faire, soit  vous acceptez de respecter la loi soit vous ne la respectez pas. Nous, on vit dans des sociétés bien  organisées.

Quelle solution préconisez-vous pour  lutter efficacement contre le terrorisme ?

Même avant ce qui est arrivé au Mali, les différentes autorités des pays du Sahel ont pris à bras le corps la lutte contre le terrorisme. Les crimes transfrontaliers, aucun pays ne peut les résoudre seul. Je pense que c’est dans ce cadre que le G5 Sahel s’est réuni  récemment à N’Djamena. Nos décideurs politiques  au premier niveau sont arrivés à un certain nombre de résolutions. Je pense que bientôt un état-major intégré sera mis sur pied, regroupant les pays du champ. C’est une volonté politique affirmée et affichée que désormais, il faut, qu’ensemble, nous prenions à bras le corps la question du terrorisme. Il est évident qu’il n’y a pas de solution miracle.        La recherche d’une solution politique doit se faire parallèlement avec une solution militaire. Vous le savez mieux que moi qu’on a à faire plus  qu’à des voyous, à des délinquants qu’à des hommes qui croient en Dieu. Par ce qu’au regard de leurs pratiques, se revendiquer d’une quelconque religion, ce serait insulter tous ceux-là qui appartiennent à cette religion.

Réalisée par Boubacar SIDIBE 

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