Mission des nations unies pour la stabilisation du Mali : Changer le fusil d’épaule ou ranger les armes

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Les quinze membres du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont séjourné dans notre pays du 4 au 6 mars 2016. Pendant leur séjour, ils ont visité l’intérieur du pays (Mopti, Tombouctou, Gao) et ont eu de nombreuses rencontres à Bamako, avec notamment le président de la République, le Premier ministre et son gouvernement, la médiation internationale, la CMA et la Plateforme, la classe politique (majorité et opposition) et des organisations de la société civile.

Des rencontres qui leur ont sans doute permis d’évaluer le chemin à parcourir pour atteindre la paix et surtout de comprendre que les Maliens ne sont pas satisfaits de la Minusma dont le mandat n’est plus adapté au contexte sécuritaire actuel. La délégation était conduite par l’ambassadeur angolais à l’ONU, Ismaël Abraão Gaspar Martins qui préside le Conseil de sécurité ce mois de mars.

«Comme les autres membres de la délégation de l’ONU, j’ai constaté lors de nos entretiens avec toutes les parties une volonté réelle de faire la paix. C’est important» ! C’est ce qu’a déclaré François Delattre, l’ambassadeur de la France au Conseil de sécurité de l’ONU. C’était au dernier jour de leur mission de trois jours dans notre pays.

Mais, si nous sommes convaincus d’une chose, c’est que ces «Visiteurs VIP» sont repartis aussi avec deux convictions. La première est que la sécurité demeure une grande préoccupation des Maliens, sans distinction aucune. Secundo, populations et autorités maliennes sont loin d’être satisfaites du mandat de la Minusma.

Pour garantir la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale signé le 15 mai et le 20 juin 2015 à Bamako, il faut améliorer la sécurité par des stratégies appropriées contre le terrorisme et aussi le retour de des Forces armées maliennes (FAMA) et de l’administration dans le septentrion malien.

Ce qui nécessite deux mesures : la mise en œuvre rapide du DDR (Désarmement, Démobilisations et Réinsertion) et muscler le futur mandat de la Minusma en lui donnant les moyens de s’impliquer dans la lutte contre le terrorisme.

La mission du Conseil de sécurité intervient dans un contexte caractérisé par la recrudescence des attaques terroristes à travers le pays. Une situation qui entrave la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Pour y faire face, les observateurs s’accordent sur la nécessité d’accélérer le processus de DDR. L’avantage est que cela permettra d’isoler les réseaux terroristes.

D’ailleurs les visiteurs n’ont pas manqué eux aussi d’encourager le gouvernement à progresser sur «la réinsertion des anciens combattants rebelles, sur l’intégration de certains d’entre eux dans les forces nationales».

Face au terrorisme, il convient alors d’envisager un schéma international permettant «de fédérer les efforts internationaux pour arriver au bout de la menace terroriste», comme le souligne si pertinemment le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop.

Comme nous l’avons toujours défendu, il est utopique aujourd’hui d’enrayer cette menace sur les Etats du Sahel alors que la Libye demeure un no man’s land, alors que Boko Haram est loin d’être décimé au Nigeria, au Cameroun, au Niger et au Tchad. C’est aussi une peine perdue tant que certains pays serviront toujours de base arrière pour déstabiliser d’autres.

Mais, aujourd’hui pour les Maliens, l’urgent c’est de «muscler le mandat» des Casques bleus pour leur permette de participer efficacement à la lutte contre le terrorisme aux côtés des forces maliennes et françaises. Il y va d’abord de la sécurité des différents contingents qui sont fréquemment attaqués dans les bases. N’ayant pas la prétention d’apprendre à des «Vieux singes» à faire la grimace, nous nous autorisons néanmoins à rappeler aux membres du Conseil de sécurité la «meilleure défense est l’attaque».

S’engager contre le terrorisme ou s’exposer à une extermination des réseaux criminels

Le chef de notre diplomatie s’est fait l’écho des préoccupations des populations maliennes qui, dans leur immense majorité, souhaitent aujourd’hui l’ONU revoit sa copie pour permettre à «sa force établie en territoire hostile de supprimer le danger en amont».

Bien sûr que «prévenir vaut mieux que guérir. Il y a trop de morts», comme le déplore Abdoulaye Diop. «Les échanges étaient francs et je crois que les missionnaires ont bien compris les positions du gouvernement et ont apprécié ce qui a été fait», a estimé le ministre de la Réconciliation Zahabi Ould Sidi Mohamed. Son homologue de la Solidarité, de l’Action humanitaire et de la Reconstruction du nord, Hamadoun Konaté, renchérit, «le Mali et l’Onu sont parfaitement en phase».

Sauf certainement sur le mandat de la Minusma. Les réponses des visiteurs, à notre humble avis, sont restées évasives aussi bien sur le terrain, lors des rencontres et aussi pendant la conférence de presse.

Le diplomate sénégalais, Fodé Seck, a reconnu que des imperfections sont constatées avant de promettre une amélioration substantielle des opérations. Les visiteurs exhortent le gouvernement à aller plus vite dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Mais, nous n’avons noté aucun engagement ferme de leur part de peser leur poids pour que faire évoluer le mandat de la Minusma.

«Les Maliens ne comprennent pas la portée du mandat de la Minusma, surtout face aux attaques terroristes… La Minusma a le mandat le plus robuste des opérations de maintien de paix dans le monde», ont défendu les membres du Conseil de sécurité.

«Le mandat de la Minusma n’est pas adapté à la situation actuelle. Au départ, il s’agissait d’une mission de stabilisation. A la lumière de ce que nous avons vu et entendu au cours des échanges à Bamako et sur le terrain, nous allons discuter du réajustement de ce mandat», a promis Fodé Seck, l’ambassadeur du Sénégal au Conseil de sécurité.

Mais, notre conviction est que nos hôtes ont refusé de se mouiller en gardant la patate chaude pour la future «Mission d’évaluation stratégique» pour avoir des éléments d’appréciation. Et ses conclusions vont être sans doute déterminantes dans le changement de cap de la Minusma. Cela est en tout cas indispensable.

«Nous sommes à quelques mois du renouvellement du mandat de la Minusma. Que les membres du Conseil de sécurité viennent également avant cela discuter avec nous et voir nos préoccupations c’est quelque chose qui n’a pas de prix…», a souligné Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général au Mali et Chef de la Minusma.

«Le jour où ils vont se réunir pour discuter du rapport du Secrétaire général pour renouveler le mandat, ils se rappelleront de ces images et des désirs des Maliennes et des Maliens sur ce qu’ils veulent réellement pour l’avenir de leur pays», espère-t-il.

«Je n’ai pas besoin d’un mandat de l’ONU pour combattre le terrorisme», avait-il assené à son arrivée au Mali en février dernier. Mais, tout le monde sait que sans un mandat clair dans ce sens, sa marge de manœuvre est très étroite en la matière.

Il ne faut pas se voiler la face. A l’état actuel, le mandat de la mission onusienne n’a pas d’impacts réels sur la paix. Il est inutile à nos yeux. A part les réalisations sociales de base, des formations pour des associations de la société civile qui ont fait allégeance à la Mission ou créées de toutes pièces pour redorer son bilan, qu’elle est l’utilité de la Minusma ?

Même sur le plan économique, les retombées sont négligeables pour le pays d’autant plus que l’essentiel des besoins de la Minusma viennent de l’extérieur. Les nationaux qui profitent des emplois subalternes créés pour se donner bonne conscience, les propriétaires des immeubles loués, les promoteurs des restaurants où ses agents vont avec leurs conquêtes… sont peut-être ceux qui ont intérêt à ce que la Minusma reste ici pour continuer à amuser la galerie.

Faute de changement de cap, les Maliens peuvent se passer de cette mission onusienne et focaliser sur les missions de formation des forces armées et de sécurité initiées par l’Union européenne. Et cela afin de doter le pays de troupes réellement opérationnelles face aux défis de la sécurité et de la paix.

A défaut donc de voir sa mission musclée avec plus de moyens et d’engagement contre le terrorisme, la Minusma doit plier bagages ! Ne serait-ce que pour épargner la vie de tous ceux sont ainsi sacrifiés sur l’autel d’un mandat suranné, aux antipodes des réalités du terrain !

Moussa Bolly

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