Processus de Paix au Mali: l’enlisement ?

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Nord du Mali : pourquoi ça bloque
Abdoulaye Diop, le ministre des Affaires étrangÚres, avec des représentants du MNLA, à Bamako, le 15 mai. © EMMANUEL DAOU BAKARY

Six mois aprĂšs la signature de l’accord pour la paix et la rĂ©conciliation au Mali, le processus de paix est toujours Ă  la traine. Plus le temps passe, plus les groupes armĂ©s s’impatientent et dĂ©noncent le manque de volontĂ© du gouvernement malien dans la mise en Ɠuvre de l’accord. Le ComitĂ© de Suivi de l’Accord (CSA) est confrontĂ© Ă  des sĂ©rieux problĂšmes à savoir : la composition de ses membres, le manque de budget, la non effectivitĂ© du processus de cantonnement des groupes armĂ©s
Des leaders politiques de l’opposition malienne, aussi, crient Ă  l’enlisement du processus de paix. Ils dĂ©noncent l’immobilisme et le manque de vision du gouvernement.

Le processus de paix est grippĂ© au Mali, six mois aprĂšs la signature de l’accord pour la paix et la rĂ©conciliation nationale issu des pourparlers d’Alger. La confiance s’effrite de jour en jour entre les diffĂ©rents acteurs engagĂ©s dans la difficile quĂȘte de la paix au Mali. Et seul l’Etat semble se satisfaire de cette situation « lĂ©thargique ». Dans son adresse Ă  la nation Ă  l’occasion du nouvel an, le prĂ©sident de la RĂ©publique du Mali Ibrahim Boubacar KeĂŻta se rĂ©jouissait du processus de paix : «Revenant Ă  la mise en Ɠuvre de l’Accord pour la paix et la rĂ©conciliation, l’on peut constater que le ComitĂ© de Suivi de l’Accord(le CSA) et le ComitĂ© Transitoire de SĂ©curitĂ©(le CTS) principales structures prĂ©conisĂ©es par l’Accord, ont Ă©tĂ© effectivement mises en place. Le processus de dĂ©mobilisation, dĂ©sarmement et rĂ©insertion( DDR) a Ă©galement dĂ©marrĂ©. L’Ɠuvre de rĂ©conciliation nationale a pris son envol dĂ©cisif, avec la mise en place consensuelle et inclusive de la nouvelle Commission VĂ©ritĂ©, Justice et RĂ©conciliation (la CVJR). Celle-ci sillonne dĂ©jĂ  le pays et ses travaux avancent Ă  un rythme satisfaisant. »

Et pourtant la rĂ©alitĂ© est tout autre. Si les travaux du ComitĂ© de Suivi de l’Accord ont effectivement dĂ©marrĂ©, celui-ci reste confrontĂ© Ă  de graves problĂšmes. La problĂ©matique de la composition de ses membres n’est toujours pas tranchĂ©e. Des signataires de l’accord (COMPIS 15) crient Ă  l’exclusion. L’organe n’est toujours pas dotĂ© d’un budget. Certes les sites de cantonnement ont Ă©tĂ© identifiĂ©s et leurs constructions sont en cours, mais le cantonnement et le dĂ©sarmement des groupes armĂ©s ne sont pas toujours effectifs.

Et pourtant, en visite le 8 dĂ©cembre 2015 Ă  Tombouctou, le reprĂ©sentant spĂ©cial du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies au Mali, Mongi Hamdi, avait assurĂ© que le cantonnement serait effectif le 15 dĂ©cembre. D’ailleurs, les groupes armĂ©s signataires de l’accord d’Alger (Plateforme, CMA) piaffent d’impatience et demandent Ă  l’Etat malien d’accĂ©lĂ©rer  le processus de paix.

Lors de la rencontre provoquĂ©e par le Parena, le 12 dĂ©cembre Ă  Bamako, Me Harouna Toureh, prĂ©sident de la Plateforme, un groupe armĂ© jugĂ© proche du gouvernement malien, tirait la sonnette d’alarme. « L’accord est en pĂ©ril parce que nous avons remarquĂ© qu’il n’ y a pas suffisamment de motivation, d’engagement global bien portĂ©, rĂ©flĂ©chi de la part du gouvernement du Mali Ă  aller de façon claire et nette dans la mise en Ɠuvre de cet accord»,  estimait Me Toureh.

Les politiques maliens, aussi, dĂ©noncent l’impasse du processus de paix.  Le chef de file de l’opposition du Mali et prĂ©sident de l’URD, SoumaĂŻla CissĂ© redoute une nouvelle crise suite Ă  la traine du processus de paix. « Nous avons dĂ©noncĂ© en son temps l’attitude solitaire et suicidaire du gouvernement. Nous avons redoutĂ© la signature d’un accord dont l’application entrainerait le pays vers une autre crise. Nous ne sommes pas loin d’un tel scĂ©nario aujourd’hui dans la mesure oĂč les formats et les calendriers ne sont pas tenus, la confiance se fait attendre et nous sommes devenus tributaires des Ă©vĂšnements. L’histoire nous donne malheureusement raison: le cantonnement n’est toujours pas effectif; le comitĂ© de suivi piĂ©tine; l’administration n’est toujours pas de retour; des milliers d’enfants sont privĂ©s d’Ă©cole; les centres de santĂ© ne fonctionnent pas; les rĂ©fugiĂ©s tardent Ă  regagner leur foyer. », a dĂ©clarĂ© Ă  la presse le samedi dernier, le challenger d’IBK Ă  l’élection prĂ©sidentielle passĂ©e et non moins dĂ©putĂ© du Mali.

TiĂ©bilĂ© DramĂ©, le prĂ©sident du Parena, connu pour la dĂ©nonciation des travers du pouvoir, va plus loin. Selon lui, le processus de paix est enlisĂ© par  faute de vision et du fait de l’immobilisme du Gouvernement. «  L’amateurisme, les tĂątonnements et les improvisations ont fini par exaspĂ©rer les signataires maliens et Ă©trangers de l’Accord. La faiblesse de l’État, l’absence de stratĂ©gie et la recrudescence des activitĂ©s des groupes jihadistes font peser de sĂ©rieuses menaces sur le Mali. L’échec de la derniĂšre session du ComitĂ© de suivi (16-17 dĂ©cembre) et l’ultimatum posĂ© par la Plateforme et la CMA rajoutent Ă  l’impasse. », soutient le leader politique et nĂ©gociateur de l’accord de Ouagadougou qui demande, depuis la signature de l’accord d’Alger, la tenue d’une confĂ©rence d’entente nationale pour dĂ©battre de la refondation de l’architecture institutionnelle globale du Mali.

Madiassa Kaba Diakité

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3 COMMENTAIRES

  1. Un esclave ne sera pas chef de département, soit il serait mandaté par ses maitres pour jouer un sale coup

  2. Cette situation est liĂ©e seulement au comportement d’IBK lui mĂȘme, il devrait prendre les choses en main au lieu de dĂ©lĂ©guer ce pouvoir entre les mains des personnes qui n’ont pas le plein pouvoir concernant ce dossier. Il faut savoir dĂ©lĂ©guer des choses qui peuvent ĂȘtre dĂ©lĂ©guer. Pourtant, IBK doit faire attention Ă  ce dossier Ă©pineux. Ce dossier est sulfureux et plein de fanatiques qui croient qu’ils sont les seuls Ă  avoir raison.
    Qu’Allah le tout puissant protĂšge et aide le Mali.

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