Mahamane Mariko, Président de Craj-Faso Nyeta : “Nous ne pouvons plus continuer à ignorer les manquements individuels et collectifs»

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La situation sociopolitique de notre pays interpelle chaque Malien à apporter sa touche à la reconstruction nationale. C’est dans cet ordre d’idées que le président de la Convention des réformateurs pour l’alternance et la justice (Craj-Faso Nyèta), Mahamane Mariko, a bien voulu nous accorder une interview au cours de laquelle il apporte son analyse sur plusieurs sujets d’actualité de notre pays. Ainsi, selon lui, ” au Mali, nous ne pouvons plus continuer à ignorer les manquements individuels et collectifs “.

Aujourd’hui : Pouvez-vous nous parler de votre formation politique ?

Mahamane Mariko : Le parti Convention des réformateurs pour l’alternance et la justice-Faso Nyèta (CRAJ) se porte bien malgré sa jeunesse. Nous avons pris part aux élections présidentielles en apportant notre soutien au candidat Cheick Modibo Diarra de la Coalition CMD. Et notre parti s’organise, individuellement, fidèle à l’esprit de cette coalition, dans la perspective des autres joutes électorales.

En votre qualité d’ancien leader du mouvement estudiantin, quelle est votre lecture de la qualité de l’éducation ?

S’il y a un sujet qui doit inquiéter au Mali aujourd’hui, c’est d’abord l’éducation. Il faut uniformiser le programme de l’éducation au Mali.  L’école doit être liée à la vie. C’est-à-dire que les futurs diplômés doivent être des acteurs économiques potentiels et non des dépaysés dans un environnement de l’emploi devenant de plus en plus rude et compétitif. Ensuite, nous constatons qu’au nom de la décentralisation, l’État est absent dans certaines parties du pays dans l’encadrement et la formation des enfants. Je pense que si le droit à l’éducation est une prérogative constitutionnelle, il s’agit aussi de l’égal accès à un même programme pour une même chance dans la vie.

Si nous voulons aller loin, les enseignants tant au niveau de la base, du secondaire que du supérieur et les chercheurs doivent être pris en compte par l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. Et c’est regrettable aujourd’hui que beaucoup d’enfants maliens soient “coupés” de l’école à cause du climat d’insécurité qui règne dans certaines zones.

C’est ce qui doit préoccuper aujourd’hui plus que le débat sur l’éducation sexuelle complète. D’ailleurs, il faut saluer la décision des hautes autorités d’abandonner ce projet d’éducation sexuelle complète. Mais, en même temps, il faut reconnaitre que là aussi il y a un problème de transparence quand on regarde le décalage entre les arguments et les fuites en avant dans ce dossier. Nous ne devons pas tomber dans un mimétisme béat des autres à tout bout de champ. Nous avons une histoire et des valeurs culturelles. On doit prendre chez les autres ce qui est essentiel et compatible avec nos valeurs, mais pas ce qui nous dénature.

Que pensez-vous de la gouvernance au Mali ?

Le choix de gouvernance a dévié de ses objectifs premiers, à savoir une école de masse et de qualité, une bonne politique de santé, la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance. On nous a offert une démocratie qui brille par l’organisation des élections toujours contestées (1997, 2002, 2013, 2018). Aujourd’hui, je suis d’accord qu’il faut se retrouver, mais dans quelle condition et pour quelle direction ?

2018, année de la présidentielle, parlons-en ?

L’année 2018 a été aussi celle de l’élection du président de la République. L’élection a été organisée dans les délais constitutionnels. C’est à saluer sinon les conséquences seraient incalculables. Mais il faut souligner les graves limites de notre processus électoral. Nous devons trouver les moyens de mettre en place une structure permanente et indépendante d’organisation des élections dans notre pays. Sinon, à cette allure, nous dépenserons des milliards de nos francs pour découvrir que celui qui tient l’administration gagnera et les autres vont protester. Il faut aussi revoir les délais de saisine de la Cour constitutionnelle et donner un temps raisonnable à ladite Cour pour examiner les requêtes.

Que pensez-vous de prorogation du mandat des députés ?

Les autorités ont prorogé le mandat des députés en voulant nous faire croire que cela est constitutionnel. Je doute fort, mais cela m’amène à toucher du doigt la question essentielle, la révision constitutionnelle.

La Constitution de février 1992 a montré ses limites à bien des égards. Je ne légitime pas qu’on doit tout mettre là-dedans au nom de sa révision. Une bonne Constitution n’est pas celle qui est élaborée par les éminents constitutionnalistes, mais celle qui interroge l’ancienne pour l’adapter à ces manquements et ses bégaiements face à la pratique et aux vicissitudes du temps.

Quelle lecture faites-vous de la lutte contre la corruption ?

La lutte contre la corruption n’est pas une question de juxtaposer des structures anticriminelles. Il s’agit d’avoir une volonté politique ferme, avec une institution judiciaire indépendante dont les acteurs sont au-dessus des besoins élémentaires pour ne pas être des proies. L’appareil judiciaire sera toujours grippé s’il est victime d’interférences politiques souvent faisant de lui un moyen de chantage par une gestion discriminatoire des dossiers.

Comment attirer les investisseurs dans un pays dont le climat politique et judiciaire ne rassure guère ?

Votre analyse sur le front social ?

La grève de l’Untm est un signal fort à l’État. J’avais dit un moment qu’il n’y a pas de petites étincelles à côté d’une paille. Il faut sortir des méthodes de médiation dans les conflits sociaux avec les syndicats. Ce n’est pas efficace. Il faut prendre langue avec les acteurs et élaborer un chronogramme de mise en œuvre pour voir ce qui peut être fait dans le court, moyen et long terme. L’État est une continuité.

Il n’y a pas de raison aujourd’hui que notre pays ne puisse pas tenir certaines grandes sociétés et entreprises d’Etat comme le chemin de fer du Mali, l’Office du Niger, etc.

Pouvez-vous nous livrer vos impressions sur la Défense et la Sécurité dans notre pays ?

Nous n’avons pas le droit, 50 ans après l’indépendance, de sous-traiter la sécurité de notre pays soit avec les milices ou la communauté internationale. Les forces armées et de sécurité doivent être hautement sensibles. Il ne faut pas les politiser. Pendant les dix premières années, après mars 1991, les gouvernants ont détruit l’armée en faisant croire que le monde a dépassé le stade de la guerre. Ils sont tous là, qu’ils reconnaissent le mal fait au pays. Qu’ils reconnaissent qu’ils se sont trompés.

La situation sécuritaire du pays va dans tous les sens, il faut qu’on se ressaisisse pour nous en sortir. La situation du pays aujourd’hui ne doit pas s’analyser par une question de personne, mais il faut mettre le système à plat.

Pendant qu’on cherche à faire rentrer Kidal dans la République, une bonne partie du centre du pays échappe à tout contrôle. L’éternel déplacement du problème. Le choix de gouvernance a dévié de ses objectifs premiers, à savoir une école de masse et de qualité, une bonne politique de santé, la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance. On nous a offert une démocratie qui brille par l’organisation des élections toujours contestées (1997, 2002, 2013, 2018). Aujourd’hui, je suis d’accord qu’il faut se retrouver, mais dans quelle condition et pour quelle direction ?

Est-ce qu’il faut refuser d’admettre que c’est l’échec d’un choix politique amorcé en 1991 qui nous a amené à ce niveau de déchéance du pays ? On ne peut pas continuer à ignorer les manquements individuels et collectifs.  Il nous faut tracer un nouveau cap pour la refondation de notre pays car nous sommes à terre par le fait que notre souveraineté est désormais sous tutelle.

     Réalisée par Boubacar PAÏTAO

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