Passeport biométrique : l’envers du décor

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Sécurité des documents de voyage : Le Mali dans l’ère du passeport biométrique
Lancement du passeport biométrique

Annoncé comme un document très «sécurisé», le nouveau passeport dit biométrique est une denrée hors de portée pour nombre de Maliens. Sans s’attarder sur ses ambiguïtés et l’opacité qui a entouré la passation du marché, il prive l’Etat malien de plus de 4 milliards de francs de recettes annuelles.

La mise en circulation du nouveau passeport biométrique malien a été récemment commentée par le ministre de la Sécurité comme étant la meilleure solution pour le bonheur des usagers de ce précieux document. Il y a anguille sous roche. Nos investigations sur le terrain nous ont permis de découvrir l’envers du décor presque parfait dépeint par le ministre de la Sécurité.

Les demandeurs du passeport «biométrique» souffrent le martyr pour déposer leur demande à cause de la procédure mise en place, laquelle présente un grand inconvénient : en plus d’une file d’attente interminable à Ecobank pour le paiement des frais du passeport, elle exige la possession de la carte NINA comme seule et unique pièce valable. Aucune autre alternative n’est possible. Or, tout le monde ne détient pas la carte NINA, qui a été imprimée pour un besoin électoral. Pis, elle n’avait été imprimée que pour les personnes ayant l’âge de voter (18 ans ou plus).

En clair, toutes les personnes et tous les enfants dépourvus de cette carte ne sauraient prétendre à posséder un passeport biométrique. Encore qu’il faille d’abord, pour obtenir une carte NINA, s’enrôler dans une Mairie qui vous donnera un délai de 6 mois, voire un an. Sont dans ce cas de figure plusieurs dizaines de demandeurs qui ont versé les frais d’établissement du passeport sur un compte bancaire à Ecobank, sans pour autant pouvoir déposer leur demande : ils ne possèdent pas le précieux sésame. De fait, ces personnes ignoraient que la carte NINA était une exigence. Autant dire que la mise en circulation du nouveau passeport a souffert d’un déficit de communication et d’information.

Un autre grand handicap de ce nouveau passeport est le délai de 4 semaines annoncé par le ministre de la Sécurité, au regard de certaines contingences qui pourraient survenir et mériteraient un traitement diligent (cas de maladie, missions urgences, etc.). Au final, au lieu de faciliter la délivrance du passeport, la nouvelle procédure semble la rendre encore plus difficile.

Au-delà de ces constats, plusieurs questions sur la pertinence de ce nouveau passeport restent jusqu’à présent sans réponse : Quelle solution a-t-on prévu pour les Maliens de l’extérieur qui sont le plus souvent confrontés à un besoin pressant de passeport ? Quel est l’avantage sécuritaire de ce nouveau passeport par rapport à l’ancien ? Surtout que de l’avis de certains experts, l’ancien passeport est très sécurisé et contient aussi une zone biométrique. Selon les mêmes experts, la différence avec le nouveau va être l’incorporation de la puce électronique. Question : pourquoi un passeport à puce si le passeport actuel ne souffre pas de défaillance sécuritaire ?

Une perte sèche de plus de 4 milliards par an

 

Selon nos informations, le Mali gagne très peu sur le plan des recettes dans la délivrance du nouveau passeport. Pour ainsi dire, le Mali perdra beaucoup d’argent. En effet, l’ancien passeport revenait à seulement 4.000 Fcfa le livret et nos autorités le cédaient à 50.000Fcfa aux demandeurs. Ce qui générait des recettes annuelles de près de 6 milliards de Cfa, en dehors des recettes réalisées au niveau des Ambassades et Consulats. Avec ce nouveau passeport, le Mali ne perçoit que 33% des recettes, soit à peu près 2 milliards par an. Ce qui représente une perte sèche de plus de 4 milliards par an. Ce manque à manger va atterrir sur les comptes du concessionnaire, en l’occurrence la société Oberthur Technologies ; laquelle a créé une société-écran à cet effet du nom de MSN (Mali Solution Numérique).

 

Au demeurant, selon certaines personnes très proches du dossier, le concessionnaire, qui a obtenu son marché dans des conditions très obscures, n’a pas encore une solution satisfaisante. Faut-il le rappeler,  c’est en conseil des ministres que le marché du nouveau passeport a été attribué à la société française Oberthur Technologies. Plus troublant encore, le contrat a été signé par le président de la République, en personne, lors de sa visite d’Etat en France. Toute chose qui paraît très bizarre ! Last but not least : pourquoi IBK a pris tout seul la décision d’engager le Mali dans cette affaire ? Nous reviendrons sur d’autres aspects obscurs de cette affaire, qui vous permettront de voir la main cachée de la France et d’un certain Bathily…

 

Ahmed TOUNKARA

 

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