Rétrospection : Regard sur le passé

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Dans ses propositions de révision constitutionnelle, l’équipe de Daba Diawara a fait référence à la Charte de Kurukan Fuga dans le préambule du projet de Constitution. Au même moment, Cheick Boukadary Traoré, président de la CARE, effectue une rentrée politique à Kurukan Fuga où il a fait une Déclaration fracassante.

Makan Moussa Sissoko, ancien Ministre et baron de l’Adéma, pour convaincre les Députés de ce parti de voter le Projet de révision constitutionnelle, a exhumé Napoléon Bonaparte (Empereur de France et de Navarre) et Charles de Gaulle (président de la République de France).

Les hommes politiques, en général, dans leurs trop nombreux discours, évoquent le Mali des grands empires, le Mali, berceau des plus beaux Royaumes du monde.

Alors, questions : tous ces gens se sont-ils attachés à tirer le Mali vers le bas, c’est-à-dire dans les méandres de ce passé jugé glorieux ? Ou tout simplement, entendent-ils ressusciter le passé ? Ou encore, n’est-ce que purs démagogie et populisme ?

En réalité, à voir toutes ces gesticulations, et à entendre toutes ces discours, il est aisé de constater qu’ils ne savent plus où ils en sont. A force de mettre des pieds, des mains et de la tête pour conquérir le pouvoir ou pour demeurer dans les rouages du Sommet, ils en sont réduits à se réinventer des repères référentiels. Mais à bien y regarder, même s’ils sont déboussolés, doivent-ils être fiers de ces références historiques. Non, pour plusieurs raisons.

Il est vrai que depuis des décennies, à longueur d’années, l’on nous sérine que le Mali doit être fier de son passé glorieux. Peut-être, si l’on fait dans cynisme. Plus logiquement et prosaïquement, c’est le contraire qui doit être de mise. En effet, notre pays a plutôt engendré des rois et des empereurs qui ont passé tout leur règne à se faire la guerre et à s’entretuer sans aucune raison autre que la cupidité, l’envie, la jalousie, l’intolérance. Sanguinaires et brutes, ils s’amusaient à faire de leurs villages des champs de ruine. Tout en s’enorgueillissant de réduire des êtres humains en esclavage. Et quels êtres humains ? Des gamins et des filles sans défense. La preuve, en regardant le feuilleton Les rois de Ségou, on se rend vite compte que tous les «guerriers» faits prisonniers étaient des gamins de 12 à 15 ans auxquels les vainqueurs adjoignent quelques filles nubiles destinées aux servitudes des dames du palais. A tous et à toutes on enlève toute espèce de dignité et d’honneur.

Ces rois et empereurs étaient si occupés à s’entretuer qu’ils n’ont jamais pu s’allier face à l’envahisseur blanc venu pour les sortir de leur état de sauvages et d’incultes.

Certains manuels d’histoire nous enseignent qu’un de ces empires s’étendait de la Guinée jusqu’à l’Océan atlantique, qu’en restait-t-il au moment de l’arrivée des Négriers? Quelques Etats disparates dont l’envahisseur n’a fait qu’une bouchée.

Justement, la deuxième référence de ces politiques en manque de repères sains, c’est Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle. Deux instigateurs et acteurs majeurs de l’un des plus grands empires coloniaux de l’Histoire. Sachant que la colonisation ne diffère guère de l’esclavage, on se demande comment des Maliens peuvent se référer à des négriers qui, pour défendre leurs seuls intérêts et dans leur pays, pour sauver leur seule peau sur leur propre sol, soit par couardise et lâcheté, soit par mépris de la vie d’autrui, ont préféré utiliser des Noirs comme bouclier humain et chair à canon. Ils les appelaient tirailleurs sénégalais, et une grande cargaison de ceux-ci sont venus du Mali (ancien Soudan français).

Doit-on comprendre alors que si ces Maliens se référent à ces époques d’esclavage et de colonisation, c’est qu’ils veulent, avec leur nouvelle Constitution, nous diriger comme, pêle-mêle,  Soundjata Kéïta, le Simbo (lion mangeur d’homme), Biton Coulibaly, ma fa donso, (chasseur tueur d’homme), Da Monzon, le spécialiste de la diminution de taille par décapitation, Samory Touré, l’assiégeant de ses frères de sang, Kankan Moussa, qui a gaspillé et dilapider l’or des fonds publics, Napoléon Bonaparte, qui en voulait toujours plus pour étendre son empire aux quatre coins de la planète, De Gaulle, qui a envoyé nos pères et grand-pères se faire massacrer pour défendre une cause qui leur est étrangère.

De cela, il n’en sera pas question. Le peuple comprend tout cela. Il lui revient donc de décider tout seul du sort qu’il réserve au projet de révision constitutionnelle qui sera obligatoirement soumis à son vote.
Cheick TANDINA
 

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