La révision constitutionnelle dans l’impasse : Le projet rejeté en bloc par l’opposition

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Après en avoir relancé le processus lors de ses vœux de nouvelle année, le président IBK a remis aux partis politiques et aux organisations de la société civile l’avant-projet de révision de la Constitution, le jeudi 11 avril 2019, à Koulouba. Insistant sur la nécessité d’un processus inclusif et pour éviter le fiasco de 2017 – où il dû reculer face à la pression de la rue – il a eu recours cette fois à un comité d’experts piloté par le Pr Makan Moussa Sissoko. Si l’intention est de déjouer les hostilités de la rue contre le projet précédemment porté par MeTapo, elle n’aura peut-être pas prospéré. Et pour cause : pendant que le texte est fortement attendu à l’Assemblée nationales, de nombreux acteurs et leaders politiques ont d’ores et déjà affiché leur rejet du projet, insistant sur la nécessité d’établir au préalable un dialogue de plus grande envergure nationale. Certains leaders ont même opté pour le boycott de la rencontre avec le chef de l’Etat, notamment ceux du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) et de la Coalition des forces patriotiques(COFOP). Le FSD a estimé que le dialogue national inclusif est un préalable, tandis que que pour la COFOP, l’heure n’est pas à une révision constitutionnelle mais plutôt à la sécurisation du Mali.

Face à la presse, le vendredi12 avril, Soumaïla Cissé, parlant de la main tendue du président qu’il dit avoir fini par accepter, a laissé entendre que la série de rencontres avec IBK – en vue de décrisper le climat politique – n’a rien pas donné pour la simple raison, dit-il, que la révision constitutionnelle est la plus grande préoccupation des hautes autorités du Mali. Et d’avertir que son camp politique ne sera jamais complice d’une quelconque impuissance ou indifférence face aux tueries en masse en cours au centre du Mali, à la détresse des enseignants, des médecins, des magistrats, des cheminots et de tant d’autres couches sociales.

A la différence du FSD et de la COFOP, Mobido Sidibé du FARE et Modibo Kadjoké du PMR ont préféré quant à eux répondre à l’invitation de Koulouba mais en lui signifiant leur regret de ne pouvoir accompagner le processus de la révision constitutionnelle pour diverses motivations. Selon Modibo Sidibé, son parti, de 2013 à nos jours, n’a eu de cesse de signaler que le Mali en crise nécessite une refondation et un dialogue national. Conduire des réformes institutionnelles sans ce dialogue refondateur ne semble pas, à ses yeux, la voie indiquée pour une sortie de crise durable et stable, a-t-il soutenu. « Nous avions indiqué au gouvernement que le logiciel de comité d’experts ne sied pas », a martelé sans ambages le président des FARE, en précisant avoir indiqué au gouvernement que les réformes structurelles quoiqu’indispensables, devraient faire l’objet d’une discussion entre Maliens pour déterminer la façon de refonder leurs institutions, la gouvernance, etc.

Tout en se disant par ailleurs conscient des efforts consentis par la communauté internationale aux côtés du Mali, Modibo Sidibé s’estime en déphasage avec la démarche du gouvernement. Et par conséquent, le projet qui en est sorti n’aura pas son soutien dans le cadre d’un processus référendaire.

Quant à Modibo Kadjoké, son refus d’accompagner le processus est motivé par sa conviction que le Mali a plutôt besoin d’être refondé et les Maliens d’être rassemblés. Il préconise de ce fait d’assurer la sécurité alimentaire, de restaurer la sécurité des personnes et de leurs biens, de négocier un moratoire pour les revendications catégorielles aux fins d’aller à un Dialogue de Refondation Nationale. C’est seulement après ou pendant ce Dialogue qu’on peut parler de révision constitutionnelle, a-t-il ajouté, en insistant sur la difficulté de mener une révision constitutionnelle dans un contexte d’insécurité grandissante.

En définitive, il ne reste au président de la République que quelques rares fidèles et son Alliance Ensemble Pour le Mali (EPM), regroupement de la majorité présidentielle qu’il a rencontré, le mardi 09 avril 2019. Sauf que cette force – qui l’a porté pour son second mandat – est si sérieusement éprouvée par les malaises internes qu’elle parait moins intéressée par une révision constitutionnelle que par la tête du Premier ministre. Et si IBK venait à conserver ce dernier contre vents et marées, il n’est pas exclu que l’EPM, avec le RPM à sa tête, abandonne le régime à mi-chemin.

Pour faire passer le projet – dont le contenu intéresse visiblement moins que la forme – il va falloir qu’IBK s’attire l’empathie d’une opinion publique déjà assaillie par les problèmes de sécurité, de gouvernance et socio-économiques avec une atmosphère alourdie par un front social en ébullition et l’hostilité de religieux. Il faut en défini un miracle pour inverser la tendance en moins de trois mois, pendant que la Plateforme AN TE ABANA n’a pas dit son dernier mot quant à ses intentions ou non de réactiver son mot d’ordre « non à la révision constitutionnelle !».

Amidou Keita

 

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1 commentaire

  1. Ce régime n’est pas sérieux tout simplement. La révision constitutionnelle n’est pas une priorité tout le monde le reconnaît et puis les députés qui doivent légiférer sur cette révision eux même sont “hors la loi” car non élus mais prorogés!
    An te a bana montre toi qu’ils sachent que leur projet de partition du Mali n’aura pas lieu, en effet cette révision ne vise qu’à satisfaire la communauté internationale dont la france en tête pour donner le Nord du Mali à ces renégats de Kidal.

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