Modibo Sidibé, ancien premier ministre : «la fragilité économique favorise les conflits et l’insécurité»

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L’ancien Premier ministre du Mali et président des Fare/An ka wuli, Modibo Sidibé, était l’invité de la Fondation Prospective et Innovation le 2 juin 2017 à l’hôtel de ville de Bordeaux. Il a précisément pris part à une rencontre organisée sur le thème, “Bonnes nouvelles d’Afrique”. Nous vous proposons ici quelques idées fortes de la communication de Modibo Sidibé.

 

“L’absence de sécurité hypothèque le développement et réciproquement la fragilité économique favorise les conflits et l’insécurité” ! C’est une conviction de l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé. Le président des Fare An ka Wuli était l’invité de la Fondation Prospective et Innovation le 2 juin 2017 à Bordeaux, en France.

Il intervenait ainsi lors d’une rencontre organisée sur le thème, “Bonnes nouvelles d’Afrique”. Il a été invité par Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, respectivement président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat français et maire de Bordeaux.

“Présentées souvent comme deux objectifs contradictoires et concurrents, la sécurité et la démocratie sont bien plutôt complémentaires en Afrique qui connaît de profondes transformations sociales, économiques et politiques”, a poursuivi M. Sidibé. Et d’éminents spécialistes et chercheurs ont eu “un regard critique” sur démocratie et développement, gouvernance et développement, sécurité et développement, sur la problématique de l’Etat, singulièrement en Afrique.

Pour Modibo Sidibé, “les crises politiques complexes qui ont marqué les dernières décennies en Afrique, y compris le Mali mon pays, ont mis en évidence ce lien entre la démocratie, la sécurité et le développement”.

Parlant du Mali, son pays où il a assumé de hautes responsabilités notamment comme Premier ministre (28 septembre 2007-11 avril 2011), l’orateur du jour a rappelé que “sans une démocratie assurée, sans une vie politique guidée par l’intérêt général, sans un Etat respecté, sans un développement équitable et visible, il est à craindre que les mêmes causes produisent les mêmes effets”.

Comment alors parvenir à une “stabilité structurelle” ? Dans sa communication, Modibo Sidibé a mis en exergue quelques aspects ouvrant de “vraies perspectives” à l’Afrique.  Il s’agit, entre autres, de l’exigence de renouveau démocratique ; la sécurité comme “… service public aux populations” ; l’Etat comme “la cause et la solution”.

 

La fiabilité des institutions en cause

“L’Afrique doit rester en démocratie”, a martelé le président des Fare/An ka wuli. Quelle démocratie ? “On a pointé la démocratie, son déficit ou encore la mal gouvernance, les conflits électoraux, le faible impact sur le développement… Mais, au fond, ce n’est pas la démocratie qui est en cause. Je ne crois pas que les Africains supporteraient de revenir à la dictature”, celui qui a été le locataire de la Primature pendant près de 4 ans durant la présidence du président Amadou Toumani Touré dit ATT.

Et, à son avis, “ce qui est en cause, c’est la fiabilité de nos institutions et le manque de confiance”. Ainsi, a-t-il défendu avec une ferme conviction, “inventer un nouveau fonctionnement institutionnel, une nouvelle alliance entre les citoyens et leur gouvernement est aujourd’hui un préalable au développement”.

Et au Mali, “la situation est si complexe et critique qu’on a besoin que les Maliens se mobilisent, pour être acteurs de leur processus de sortie de crise ; qu’ils se concertent, qu’ils se parlent, qu’on recrée, qu’on réinvente ensemble ces liens de confiance et de crédibilité. Construire ces légitimités dont le moteur est le renouveau citoyen”, a précisé l’invité de Jean-Pierre Raffarin.

Pour l’expert, il faut aujourd’hui reconnaitre que le concept de sécurité recouvre à la fois la sécurité de l’Etat et la “sécurité humaine”. Et, a-t-il précisé, “elles sont toutes deux nécessaires pour le renforcement de la démocratie en Afrique et son développement. Elles doivent se renforcer réciproquement”.

Les problèmes de sécurité en Afrique se posent en termes d’organisation, de contrôle, de financement et de fonctionnement. Sans ignorer des aspects aussi importants que la gouvernance démocratique du secteur, il importe à mes yeux de rendre effectif le “tournant du financement de la sécurité sans tabou”, a souligné Modibo Sidibé.

“Face au terrorisme, la réponse n’est pas que sécuritaire, elle doit être aussi politique, économique, culturelle et sociale. Par exemple au Mali, elle doit s’articuler autour d‘une vraie politique globale et stratégique de notre géographie, répondant à notre responsabilité dans la stabilisation de notre pays et dans celle de notre sous-région”, a déclaré l’ancien Premier ministre du Mali.

Au plan régional, à son avis, pour une réponse régionale efficace et durable (long terme), les Etats doivent sortir des tranchées en créant de véritables forces multilatérales. Une démarche permettant de consolider une “capacité de réponse rapide, collective et efficace” à même d’innover face à un ennemi non conventionnel, et de donner son vrai sens au concept de “pays-frontière”, une notion qui était si chère à l’ancien président Alpha Oumar Konaré.

Pour construire une “stabilité structurelle”, a conseillé M. Sidibé, “osons innover, inventer, c’est la seule réponse durable et soutenable pour nos pays et pour les partenaires engagés à nos côtés”.

“L’Afrique n’a personne à rattraper. Elle ne doit plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu’elle se sera choisi”, a souligné le président des Fare, citant Felwin Sarr.

Et M. Sidibé a conclu sa brillante intervention en rappelant que “cette démarche, résonne en moi car en tant que Premier ministre, j’ai créé une Cellule d’analyse et de prospectives (Cap) à la Primature, dont l’objectif était d’appréhender l’ensemble des grands défis du Mali et ceci tous secteurs confondus”.

Kader Toé

 

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8 COMMENTAIRES

  1. Oui Hochiminh. Tu dis vrai. Il faut des pistes nouvelles et des dirigeants exemplaires qui font ce qu’ils disent. Qui vivent comme nous et qui nous comprennent. Qui sanctionne quand il le faut et avec justice.

  2. De grâce ne blâmer pas ces Monsieurs au Mali c’est ça le problème on blâme celui qu’on aime pas ou quelqu’un qui n’est pas son candidat vœu voyez les élections passées les Maliens ont sollicité IBk dans sa grande majorité et blâmer sans preuve certains candidats soit disant on a entendu ou il paraît que sans preuve Dieu seul en sais le Mali n’est pas la France le Mali traverse une période critique de son histoire il nous faut quelqu’un d’une expérience sur le plan sécurité et Administratives et ça on en a besoin à bon entendeur salut

    • Ben, si on ne dit pas la vérité, on fait quoi ? Depuis des années, ce sont les mêmes. Ou bèta ou bèna et le Mali recule et ils ont tous la langue mielleuse.

  3. CONSOMMATION DE CE QUE NOUS PRODUISONS COMME LE FASO DANFANI, RÉDUCTION VRAIE DU TRAIN DE VIE DE L’ÉTAT, MORALISATION VRAIE DE LA VIE PUBLIQUE, AU NIVEAU DE L’ÉDUCATION NATIONALE, RETOUR AU SYLLABAIRE, EXAMENS D’ENTRÉE AU COLLÈGE, PREMIÈRE ET DEUXIÈME PARTIES DU BAC, VRAI CONCOURS D’ENTRÉE DANS LES GRANDES ÉCOLES. RECOURS À LA COOPÉRATION INTERNATIONALE POUR LES EXAMENS ET CONCOURS POUR UN DÉBUT. PEINE DE MORT APPLICABLE. RECOURS À LA COOPÉRATION AU NIVEAU DE LA JUSTICE, DE LA SANTÉ ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. C’EST CHOQUANT MAIS TOUT EST À REFAIRE PAS AVEC DES BOUBOUS IMMACULÉS OU DES CRAVATES TED LAPIDUS MAIS NOS COTONNADES ET NOS WAX…… À suivre….

    • C’est tout un programme, Ho Chi Minh. Mais ils ne viennent pas au pouvoir pour ça.

  4. Tous ces hommes politiques aujourd’hui sont incapables de sortir des griffes du “social” avec ÉPOUSE et ENFANTS à l’affut. Des COUSINS ET NEVEUX À PLACER, DES AMIS POUR DES MARCHÉS. LA COMPÉTENCE N’EST PLUS UN CRITÈRE DE SÉLECTION MAIS LE SANG. Le drame, c’est que tous ces hommes politiques de la place de prennent pour ce qu’ils ne sont pas. N’écoutent pas et n’écouteront qu’avec le couteau sous la gorge. TOUS DES MÉGALOS.

  5. Le problème de la démocratie doit être revue et repensé au Mali. Comment combattre ou à défaut contourner la corruption et l’achat de voix et de conscience ? Sortir la démocratie des griffes de l’argent et des riches, des griffes de ces vieux politiciens qui n’ont plus rien à offrir. Modibo est entrain de réchauffer un riz “couché”. Tant qu’il y a l’argent comme BAROMÈTRE, nous n’irons nulle part. Tu n’as pas d’argent, tu ne fais pas de politique.

    • Raffarin a bien compris. Au Mali la situation est vraiment complexe. Réinventer et innover ? Je suis d’accord. Mais comment ? Cela prendra surtout combien de temps ? Pour qu’il y ait la confiance il faut de nouvelles têtes, des hommes nouveaux qui proposent de nouvelles pistes. Pas des gens qui ont été aux commandes durant des années et en qui nous n’avons plus confiance. Regardez l’aéropage politique au Mali. Qui choisir ? Qui peut ? Tous les programmes se ressemblent et aucun n’est concret et pragmatique avec TEMPS, MOYENS et RÉSULTATS..Le combat contre l’impunité en donnant soi même L’EXEMPLE. Prêt à FUSILLER son frère CORROMPU. Ne pas abandonner la peine de mort parce que c’est tout simplement politiquement incorrect. Être prêt à démissionner dès que l’on découvre des casseroles après nous. Ne pas S’ASSEOIR et THÉORISER. Tout est médiocre mais tout n’est pas mauvais. Il nous faut un SANKARA, pas un SIDIBÉ PAS UN DRAMÉ PAS UN CISSÉ, UN SACKO UN MARIKO, UN SANGARÉ, UN DEMBELÉ, MAIS UN VRAI SANKARA.

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