Renforcement des militaires dans le gouvernement : Assimi a-t-il piégé le M5-RFP ?

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Protestations voire condamnations au sein de la classe politique et réactions mitigées sinon silencieuses au sein du M5-RFP, dénotent une certaine fraîcheur dans l’accueil du gouvernement du Premier ministre Choguel. Base peu élargie et mépris des résultats des consultations préliminaires semblent avoir caractérisé les choix des membres du nouvel exécutif, finalement fort peu éloigné des méthodes cavalières usitées avec l’équipe Moctar Ouane.

 En assurant ce vendredi 28 mai dernier, devant la classe politique et la société civile son souhait «que le poste de Premier ministre revienne au M5-RFP» tout en demandant leur soutien, le colonel Assimi Goïta n’a pas laissé entrevoir qu’il refilait une patate chaude à l’ancienne contestation populaire du régime d’IBK dont la junte, pour justifier son putsch, avait assuré parachever la lutte.

Restauration de l’ordre Kaki

L’initiative de confier la Primature au M5-RFP et le choix de Choguel Maïga, le président de son comité stratégique, comme futur Premier ministre, ont suscité beaucoup d’espoir. Mais à l’arrivée, tout porte à croire que les militaires ont plutôt déferré aux pressions de la communauté internationale, mais n’ont renoncé ni dans la méthode ni dans les objectifs à leur pré-carré arraché le 18 août dernier, en renversant le régime d’IBK.

Et bien que se servant des civils comme faire-valoir, les proconsuls de Kati ont visiblement du mal à se départir de leurs habitudes d’exclusion, comme l’avait illustré la composition du premier gouvernement de la Transition et que d’ailleurs le M5-RFP, et Choguel Maïga plus singulièrement, avait pourtant dénoncé avec constance et ténacité.

Le second coup d’Etat, de ce 26 mai, opéré par Assimi Goïta, contre le président qu’il avait lui-même choisi, a abouti à un renforcement considérable des militaires au sein de l’exécutif. Les proconsuls de Kati n’ont cure des cris d’orfraie : avec le nouveau exécutif, ils raffermissent plutôt leur contrôle, comme on l’aura remarqué avec la reconduction de certains ministres à leur exclusive dévotion.

Les militaires à la Défense, l’Administration territoriale, la Réconciliation conservent leur portefeuille, en dépit des accusations de parjure voire de trahison qui avaient affaibli la position du colonel-major Ismaël Wagué et du lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga. De même, un second couteau certes mais une caution concédée à l’irrédentisme nordiste, le col-maj Daoud Aly Mohammedine, vient à la Sécurité en lieu et place de Modibo Koné.

Mieux, en remplaçant Makan Fily Dabo par Mme Dembélé Madina Sissoko comme ministre des Transports et des Infrastructures, l’épouse du général Ibrahim Dahirou Dembélé, l’ancien ministre de la Défense au moment du coup d’Etat du 18 août 2020, la junte procède à l’unification des forteresses militaires, en restaurant l’autorité des officiers compromis non seulement avec IBK, mais aussi et surtout dans les tueries du capitaine boucher de Kati, Amadou Aya Sanogo.

Car, en plus d’être l’épouse de l’ancien patron des fameux ‘’Damis’’, une quasi-secte d’officiers et de militaires au sein de l’armée malienne, liés par une sordide solidarité, Madina Sissoko, est aussi à la tête d’une association d’épouses de militaires, engagée activement à laver complètement de toute accusation de meurtre de masse et de culpabilité de fosses communes l’éthylique Boucher de Kati, le capitaine Sanogo, et ses acolytes de l’époque, dont justement ‘’Bri’’, le général Dahirou Dembélé.

Le retour d’Alfousséyni Sanou et de Lamine Seydou Traoré, renvoyés par Bah N’Daw et Moctar Ouane, lors de leur tentative éphémère, signe que la junte n’entend rien changer à ses projets de contrôle effectif des leviers de l’Etat. Bien au contraire, avec la reprise en main du taiseux colonel qui a chassé ‘’son’’ président potiche, tout porte à croire que la junte se soucie comme d’une guigne des slogans d’un nouveau départ du Mali, mais que de façon pragmatique, ils entendent s’imposer et assurer durablement leurs devenirs financiers et matériels.

L’Etat sous le contrôle de la garde républicaine

La nomination de l’ancien ministre de la Sécurité à la Direction générale de la Sécurité d’Etat décuple la puissance du controversé colonel Modibo Koné, faisant apparaître la réalité des rapports de force au sein de la junte sous un nouveau jour. Car, outre qu’il revienne à son poste de ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Sadio Camara remonte à la deuxième place, après le Premier ministre, dans l’ordre de préséance gouvernementale. La Garde républicaine, à travers donc ses deux cadres, reprend une main qu’elle n’avait jamais réellement perdue, car on sait que sous l’ère IBK, le général Moussa Diawara, l’inamovible Directeur général de la SE, régentait l’Etat à sa guise, à travers ses choix pour les nominations au gouvernement et dans la haute administration.

Certains craignent, à raison, qu’à travers cet héritage du général Moussa Diawara, l’homme qui a en réalité orchestré le coup d’Etat du 18 août 2020, la junte n’essaye pas d’assurer sa mainmise sur l’Etat, pour de nombreuses générations à venir. On a tendance à y croire, avec la flamboyance impudique observée par le sanguinaire Boucher de Kati, le capitaine Sanogo, le retour en force, même par procuration de ses complices dans le massacre des bérets rouges, en plus de la présence de son fidèle Malick Diaw au sommet du CNT, et le fait d’avoir déjà trusté les plus juteuses et significatives fonctions de la haute administration.

La nomination de Mamoudou Kassogué, le polémique procureur du pôle économique, participe certainement de la couverture indispensable pour assurer les arrières des militaires de Kati. Outre sa propension à la médiatisation à outrance de ses activités, au mépris parfois de la sérénité indispensable à l’instruction des dossiers, le Procureur Kassogué s’est signalé par une tendance aux dossiers qui n’aboutissent jamais et davantage actuellement par sa promptitude à agir efficacement au mieux des intérêts des nouveaux proconsuls. En somme, sa nomination constitue une juste récompense pour davantage de services à rendre aux putschistes de Kati.

En fin de compte, le Premier ministre Choguel Maïga est bien conscient que «certains, de bonne foi, sont sceptiques d’autres franchement hostiles.». Mais sa résolution «…de dissiper leurs réserves, leurs interrogations … de conforter l’espoir et d’obtenir l’adhésion de la grande majorité des Maliens» commence déjà à relever d’une gageure.

 

 Mohamed g Aliou

 

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