DOSSIER TRAFIC DE DROGUES

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DOSSIER TRAFIC DE DROGUES

Plaque tournante

En plus de l’augmentation de la consommation des stupéfiants comme le cannabis, le Mali a tendance à devenir une plaque tournante du trafic international des drogues. C’est du moins un transit privilégié par les trafiquants de la sous-région.

Selon une étude du Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (Pnucid), les organisations criminelles utilisent les pays africains comme plaque tournante du trafic international de drogues. En outre, elles favorisent de plus en plus la production et la consommation de drogues illicites ainsi que le blanchiment d’argent sur le continent. Cet accroissement des activités liées à la drogue a notamment pour conséquence l’augmentation du nombre de crimes violents, de la corruption, de la fraude bancaire et de la désintégration de la société.

Pour Geopolitical Drugs Watch, les réseaux nigérians sont présents partout dans le monde et détiennent une part appréciable du commerce de la cocaïne et de l’héroïne. Malheureusement, les trafiquants nigérians choisissent de plus le Mali comme pays de transit afin de brouiller les pistes. Ainsi, des Nigérians, Ghanéens… sont régulièrement appréhendés par les services de la douane ou les forces de sécurité. Comme ce fut le cas, il y a quelques semaines à l’aéroport de Sénou.

Un ressortissant ghanéen a été arrêté, il y a quelques jours à l’aéroport international de Bamako en possession de plusieurs boules d’héroïne d’une valeur marchande de 50 millions de F CFA. Et la saisie déjà effectuée par les forces de sécurité dans la nuit du 29 au 30 octobre 2005 illustre mieux cette mauvaise image de plaque tournante du trafic de drogue dans la sous-région. Cette nuit, deux trafiquants de drogue ayant avalé chacun 40 capsules de cocaïne ont été appréhendés à l’aéroport.

Le Mali est de plus en plus un passage choisi pour approvisionner le marché international. Mais, il faut aussi dire qu’une importante quantité de stupéfiants est écoulée dans le pays. Ainsi, en octobre dernier, nos policiers avaient également mis la main sur deux Maliens en possession de 200 kg de cannabis qu’ils s’apprêtaient à écouler sur le marché de la capitale.

On ne peut pas dire que le fait que le Mali soit une escale privilégiée pour les trafiquants est lié au fait que nos forces de sécurité sont laxistes. Elles ont donné la preuve qu’elles peuvent être efficaces si on leur prêtait main forte. A commencer par les populations.

En dehors de la bonne collaboration entre les différents services de sécurité, il faut que les populations jouent leur rôle de relais dans la transmission des informations. Cela est d’autant plus important qu’elles sont le plus souvent contactées par les passeurs pour servir de convoyeurs sur des moyens de fortunes.

Mais, il faut aussi un appui institutionnel et logistique pour appuyer les forces de sécurités dans ce combat. Cela est d’autant nécessaire que le Mali a signé et ratifié presque toutes les conventions des Nations unies (1961, 1971, 1988…) réglementant le régime juridique des stupéfiants et des substances psychotropes. Ce qui doit se traduire par des sanctions contre la détention ou l’achat de drogue, même pour usage personnel.

Moussa Bolly

 

PORT D’EXPLOITATION DE SABLE DE KALABANCORO : Un marché de drogues

Le port d’exploitation de sable de Kalabancoro est aujourd’hui un marché florissant de drogues. Un endroit qui n’a rien à envier au cartel de Medellin de Pablo Escobar.

L’existence d’un marché de narcotrafiquants à Kalabancoro ne fait aucun doute. Réputé comme l’un des lieux d’exploitation de sable, le port, situé non loin du Mouffou, attire plus de monde en raison de l’abondance des matériaux de construction qu’on y trouve. Mais à côté de ce marché se trouve celui de la drogue de toutes sortes. Un marché de marijuana, cannabis, bleu-bleu… florissant.

Ces drogues sont expédiées par un réseau depuis des villages du Mandé. Elles sont acheminées par des piroguiers transportant le sable qui, une fois au port, les file à leurs partenaires. L’opération se fait généralement de nuit. Si c’est dans la journée, le transporteur (le piroguier) accoste son navire sur une île permettant aux intercepteurs de prendre possession de la marchandise. Le produit est ensuite partagé entre les réseaux de distributeurs. Pas besoin de débourser de million pour se procurer de la drogue.

La came sous toutes ses formes

Pour avoir un petit sachet de bleu-bleu, il suffit de mettre sur table un 5000 F CFA. « Je fournis certains hauts responsables en drogue de qualité. Ils achètent jusqu’à 100 000 F CFA. Au cas où j’arriverais à les satisfaire, je suis récompensé », nous a affirmé un distributeur qui a affirmé pouvoir vendre jusqu’à 300 000 FCFA par jour.

De nombreux jeunes du quartier et environnants vont là-bas pour acheter le « almou caye-caye » pour 1000 à 1500 F CFA. Il arrive que l’opération se déroule devant le poste de gendarmerie située à l’entrée même du port. Ignorance ou indifférence ? Nous saurons le trancher. Ce qui est sûr par contre, c’est que la vente de la drogue à Kalabancoro se porte à merveille et n’est cachée des autorités communales.

La montée du trafic et du banditisme dans la Commune a conduit le département de la Sécurité intérieure et de la Protection civile à créer un poste de gendarmerie au sein du port d’exploitation. Malheureusement, la présence de ce poste n’enlève rien à l’emprise de la drogue.

Amadou Sidibé

 

TRAFIC DE DROGUE AU MALI : Le Brésil, un gros fournisseur

Les quartiers de Missira, Ngolonima et les gares routières sont les zones de grande consommation de substances stupéfiantes.

Au Mali, la loi stipule que la consommation de la drogue est un délit et son trafic un crime. La Brigade des stupéfiants, unité chargée de lutter contre la consommation et le trafic des stupéfiants dans notre pays, travaille, selon le commissaire Cheickna Magassouba, adjoint au commandant, sur la base d’informations et de preuves. « Notre action est basée sur l’information, car il ne faut pas qu’il nous arrive d’interpeller par erreur d’honnêtes citoyens », souligne-t-il.

Selon M. Magassouba, c’est partout au Mali, que la drogue est consommée et vendue, mais « les quartiers Missira, Ngolonina et les gares routières sont pratiquement des zones à outrance de la consommation et du trafic des stupéfiants ».

En dehors des produits prohibés et toxiques provenant généralement du Nigeria, le Mali, connaît aujourd’hui malheureusement le trafic international des drogues dites pures. Il s’agit de l’héroïne et de la cocaïne, etc. D’après notre interlocuteur, le Brésil reste le principal fournisseur du Mali en drogues « pures ». Les trafiquants en provenance du Brésil via le Maroc, approvisionnement le marché malien clandestinement.

Du 1er janvier 2006 à nos jours, les éléments de la Brigade des stupéfiants, dirigée par le commandant Sékou Touré, ont interpellé 37 personnes. Toutes ont été traduites en justice pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Parmi ces personnes interpellées, figurent 27 Maliens, dont une femme.

Au courant de la même période, la Brigade des stupéfiants et d’autres unités de police nationale ont saisi des produits stupéfiants et pharmaceutiques qu’elles ont acheminés à la direction de la pharmacie et du médicament pour destruction.

Les saisies ont porté sur des stupéfiants comme l’herbe de cannabis (381,360 kg), la cocaïne (2,4 kg), l’éphédrine ou « katorzi » (518 533 comprimés), le Drastin ou « samani » (182 comprimés) et le Diasepen ou « bleu-bleu » (1090 comprimés).

Amadou Waïgalo

 

INFRACTIONS RELATIVES A LA DROGUE : Un crime punissable

Exceptée la consommation, les autres infractions en rapport  avec la drogue (trafic, détention, transport…) constituent un crime punissable d’une peine allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement.

A la différence de la consommation qui n’est pas sévèrement réprimée (6 mois à 3 ans d’emprisonnement), les autres infractions relatives à la drogue ; à savoir : la détention, le transport, l’entretien… constituent un crime punissable d’une peine allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement, selon Daba Coulibaly, chef de la section recherche à la Brigade des stupéfiants. Autrement dit, la consommation de la drogue est un délit tandis que les autres infractions constituent un crime.

Pourtant, la loi 83-94 de 1983 réprimait toutes les infractions de la drogue à des peines criminelles. Mais, explique M. Coulibaly « cette loi qui était l’ancienne loi sur la drogue a été abrogée par celle pré citée compte tenu du fait que le Mali a ratifié les 3 conventions de 1961, 1971, et de 1988. Cette ratification a conduit le Mali à classer la consommation dans le rayon des délits pour être conforme aux autres pays adhérents aux dites conventions ».

A en croire le chef de la section recherche de la Brigade des stupéfiants, il n’y a pas de distinction dans l’application des peines à moins que le délinquant soit un mineur. « Auquel cas, le juge décide en fonction de son intime conviction ».

Les personnes qui ont l’âge compris entre 18 et 46 ans sont les plus interpellées. Notre interlocuteur estime que tant qu’il y aura des consommateurs, la drogue sera vendue. « Dans le temps, l’auteur était puni d’une peine criminelle de 5 à 10 ans avec des interdictions de séjour. Avec la ratification de certaines conventions, nous n’avons pas le choix, l’on est obligé de se mettre à la page avec les autres. Quelqu’un qui sait qu’après 6 mois de prison, il recouvre sa liberté, il va toujours consommer », regrette-t-il.

Mohamed Daou

 

LA MANNE DE LA DROGUE : Entre 700 et 1000 milliards de dollars par an

D’après une étude du Fonds monétaire international (FMI), la caisse de l’argent sale issue du trafic des stupéfiants dispose d’avoirs capitalisés qui varient entre 700 et 1000 milliards de dollars et augmente chaque année de 80 à 100 milliards, 300 ou 350 par an selon Interpol.

Le marché international de la drogue se porte à merveille si l’on en croit une étude du Fonds monétaire international (FMI). Il se chiffrerait annuellement, pour les pays industrialisés, principaux consommateurs, à environ 122 milliards de dollars. Les avoirs capitalisés de ce sale trafic avoisineraient 1000 milliards de dollars.

Les organisations qui s’occupent du trafic sont de véritables puissances qui peuvent se permettre de discuter d’égal à égal avec les Etats, quand elles ne contrôlent pas directement les institutions. L’importance des sommes en jeu et des mouvements planétaires est telle qu’elle pervertit les économies. Ces sommes échappant à tout impôt et à tout contrôle, permettent toutes les fraudes et tous les crimes. Bénéfices faramineux et corruption sont les maîtres mots du champ économique de la question des stupéfiants.

Les saisies, reconnaît un policier de la Brigade des stupéfiants du Mali, sont dérisoires par rapport à l’ampleur du trafic.

D’un point de vue économique, ajoute-t-il, la lutte contre la drogue a un coût prohibitif qui engloutit des moyens humains et financiers. « L’interdiction d’un produit crée sa valeur. La répression ne permet pas d’endiguer le trafic, loin s’en faut. Il génère plutôt des profits colossaux », indique-t-il, avant d’ajouter que la moindre saisie de drogue est l’occasion d’une exploitation médiatique spectaculaire, alors que les quantités saisies sont dérisoires par rapport au volume du trafic et de la consommation.

« Le moindre résultat est exagéré et exploité au service de cette guerre qui est loin d’avoir porté ses fruits, c’est le moins qu’on puisse dire », déplore le policier.

Sidiki Y. Dembélé

 

EPILOGUE : Les brigades pour rire

A l’inverse de l’alcool, dont la consommation est autorisée par la loi sous certaines conditions, celle de la drogue est formellement interdite à cause de ses effets dévastateurs sur le sujet qui en prend et sur la société dans laquelle il vit. Sa consommation est donc assimilée à un début et c’est pourquoi elle se fait clandestinement, de même que son commerce et ses négociants et revendeurs pris pour des délinquants et des hors-la-loi.

Tout ceci explique que la drogue pénètre illégalement sur le territoire national en dépit de l’existence de structures destinées à la combattre. Il faut dire que le Mali est un grand pays continental qui n’a pas moins de sept frontières, toutes aussi longues et poreuses les unes que les autres. Le contrôle de ces frontières n’est pas chose aisée dans le contexte de la lutte contre les stupéfiants dont le commerce implique plus de gens qu’on ne le croît et pas les moindres.

Le manque de moyens financiers et économiques fait que les populations assistent impuissantes à l’entrée sur leur territoire national de beaucoup de sortes de drogues ainsi que de nombreux autres articles issus de la contrebande. De la sorte, bien que n’étant pas producteur de drogue, l’intérieur du pays en est surchargé par les soins des dealers qui la font entrer par tous les côtés.

Mais le manque de moyens (ou leur insuffisance) de l’Etat n’explique pas seulement l’invasion de notre pays par ces substances, car même dans des Etats plus puissants et mieux organisés que le nôtre comme la France et l’Allemagne, les pouvoirs publics se montrent incapables de contrôler les frontières et de freiner la circulation de la drogue entre les différentes communautés.

Le problème est que la drogue est le contrôle difficile, voire impossible, en raison des intérêts en jeu. Elle fait vivre des millions de gens et des Etats en Afrique du Nord et en Amérique latine en ont carrément fait un produit d’exportation qui pèse lourd dans la balance commerciale.

A Bamako, beaucoup de gros commerçants et d’hommes d’affaires font de la came à côté de l’activité commerciale régulièrement marquée sur l’enseigne lumineuse. La rapidité avec laquelle certaines fortunes s’arrondissent ne peut s’expliquer que par l’exportation intelligente de réseaux bien organisés de la drogue, la marchandise qui marche plus que toutes les autres. Ces grossistes ravitaillent à leur tour d’autres petits points de vente situés dans les quartiers périphériques ou à l’intérieur du pays, dans les villages, les arrondissements et les cercles, etc.

Des témoins qui sont nés avec le siècle passé et qui sont bien introduits dans les milieux d’affaires de Bamako assurent que sous quelques grosses fortunes de la capitale se cache la drogue et que certains gros bonnets de la place ne sont en fait que d’anciens trafiquants de la came reconvertis dans d’autres branches commerciales comme la quincaillerie, les tissus ou les céréales.

Pourtant, à la direction nationale de la police existe bien évidemment une brigade chargée de lutter contre les stupéfiants, tout comme il en existe dans les directions régionales et dans de nombreux commissariats. Mais ces structures se signalent surtout par leur inefficacité dans la lutte contre les stupéfiants et tout se passe comme si leurs animateurs avaient partie liée avec les trafiquants et les consommateurs. La façon d’opérer des brigadiers anti-drogue laisse penser qu’ils sont eux-mêmes des clients cachés de la came ou qu’ils ont des intérêts dans son commerce et par conséquent ne désirent pas qu’il soient arrêtés.

La conséquence de ce laxisme de la police dans la lutte est qu’il y a de plus en plus de toxicomanes et que la consommation des psychotropes gagne du terrain chaque jour. Il y a seulement quelques années (environ 9 ou 10), les jeunes gens se cachaient pour « fumer l’herbe » ; maintenant ils le font au grand jour aux carrefours et aux auto-gares, souvent à la barbe même des policiers.

D’un autre côté, il n’est un secret pour personne que certains revendeurs et trafiquants ont leur entrée dans les bureaux de la police ; la collusion est donc nette entre brigadiers et dealers, d’où le non-sens de la lutte menée à ce niveau. De la même manière, les trafiquants et les revendeurs sont bien connus des voisins, mais ceux-ci, soit par peur, soit par indifférence n’osent pas les dénoncer.

Mais tout laisse penser que c’est l’argument de la peur qui prime parce que les négociants en drogue ne sont pas des enfants de chœur et, tenant à leur marchandise comme à la prunelle de leurs yeux, sont prêts à tout moment à donner dans la violence. Même les vieux flics réfléchissent à deux fois avant de se décider à aller les interpeller lorsqu’ils exagèrent ou ne veulent plus coopérer financièrement avec la police.

Ainsi qu’on le voit la route de la lutte contre les stupéfiants est encore longue. Et comme le dit l’adage bamanan, lorsque celui qui est chargé de rechercher une flèche (ou un objet quelconque) a les pieds posés là-dessus, il y a de forte chance que cet objet ne soit pas retrouvé. Autrement dit : l’autorité chargée de lutter contre les drogues n’a pas intérêt à ce que cette lutte aboutisse et fait tout pour bloquer la machine répressive.

Facoh Donki Diarra

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