7E congrès du SAM : les magistrats se remettent en cause !

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Le 7e congrès du SAM a été l’occasion pour les magistrats maliens de se dire la vérité en face. Ils se sont mis en cause afin de redorer le blason.

La cérémonie d’ouverture de ce congrès qui a lieu le samedi 26 décembre 2015 à la Cour d’Appel de Bamako, était présidée par Moumouni Guindo, le tout nouveau  secrétaire général du ministère de la Justice, des Droits de l’homme, Garde des sceaux, en présence d’Issa Traoré, le président sortant du SAM.

Le président de la Cour suprême du Mali, Nouhoum Tapily, s‘est interrogé sur la mission même d’un syndicat de magistrats. Il a estimé avoir assisté il y’a 3 ans de cela à la rentrée judiciaire du Bénin, et que le thème était relatif ‘’à la compatibilité entre la fonction du juge et le droit de grève’’. A l’en croire, cette question a soulevé une vraie problématique. Au-delà de la compatibilité entre la fonction du juge et l’’exercice du droit de grève, il s’agissait de savoir si des magistrats peuvent aller en syndicat dans la mesure où le syndicalisme est essentiellement un outil de lutte pour défendre les intérêts matériels et moraux de ses adhérents.

M Tapily a fait savoir que cette lutte se fait à l’encontre d’un patronat ou d’un service employeur, or il se trouve que l’institution judiciaire est érigée au rang de pouvoir par notre Constitution (un pouvoir autonome complet, tout comme le pouvoir exécutif et législatif). Nouhoum Tapily s’est demandé si toutefois ceux qui exercent ce pouvoir, peuvent revendiquer encore quelque chose ? Si oui, contre qui ? Et comment ? Autrement dit, est- ce que les magistrats ou les acteurs de la justice doivent se considérer comme des employés ? De qui ?

A ses dires, la question est très complexe et le rapporteur du thème de cette rencontre du Bénin a fait un long exposé, et malgré sa dextérité et sa doigté, il n’a pas pu définitivement trancher la question. Ce qui a été retenu finalement, c’est qu’un syndicat d’acteurs de la justice quel qu’il soit doit être responsable. Cela, dans la mesure où la mission à lui confiée, est une mission rare, importante, et essentielle pour l’Etat. Pour NouhoumTapily, un syndicat de la magistrature doit absolument être un syndicat responsable, et doit mesurer la méthode et la manière de revendication afin de rester dans la place que la constitution lui a assignée. « Nous ne devons pas demander notre indépendance, car c’est notre Constitution qui nous l’a offerte. Nous sommes un pouvoir indépendant, autonome, et il nous faut assumer aujourd’hui cette indépendance au même titre que les autres pouvoirs. C’est le sérieux dans notre travail, la promptitude avec laquelle nous remplissons la mission que notre Constitution nous assigne, qui fera de nous indépendants des autres pouvoirs », a-t-il fait remarquer. C’est pour cela qu’il a appelé le nouveau bureau qui se mettra bientôt à la tâche. Nouhoum Tapily a, en outre, estimé que la place de la justice dans la refondation de l’Etat n’est pas à démontrer, et que sans justice, il n’y a pas d’Etat, encore moins d’Etat de droit. Et quand ces deux  entités manquent, il n’y a pas de démocratie, la porte est ainsi ouverte à l’anarchie.

« Chacun de nous doit mesurer la gravité et l’importance du rôle que nous devrons jouer. Nous devons nous dédier absolument et résolument pour l’exercice correcte de notre redoutable mais honorable métier », a conclu l’orateur.

Les syndicats amis comme : le Syndicat libre de la magistrature (Sylima) ; le Syndicat des greffiers et secrétaires de greffes ; le Syndicat de surveillant de prison ; le Syndicat des administrateurs civils ; et le Syndicat de la police nationale se sont succédé au pupitre. Ils ont tous appelé à l’unité syndicale de la magistrature.

Le président de jeunes magistrats, a même estimé que son organisation va contraindre le SAM et le Sylima à s’unifier dans l’intérêt des magistrats maliens. A l’issue des travaux, un bureau de 27 membres, dirigé par Cheick Mohamed Chérif Koné, a été élu pour 3 ans. Le nouveau secrétaire général a remercié ses camarades pour lui avoir confié les destinées du syndicat. Il a reconnu que la majorité des magistrats ont émis le souhait de voir les deux syndicats de magistrats unifiés pour une meilleure prise en compte des préoccupations des juges maliens. Il a expliqué que les débats dans ce sens seront poursuivis et renforcés. L’union des magistrats reste la condition sine qua non pour assurer la réussite et le succès des revendications.

A ses dires, toutes les expériences ont prouvé que c’est dans l’union que les magistrats sont plus aptes à se faire entendre. Partout où les magistrats sont unis, ils constituent un corps respecté et écouté et quand ils sont divisés, ils sont écrasés car chaque magistrat constituant une proie à abattre. Aucun autre motif ne doit justifier des hésitations à se retrouver dans le cadre d’un seul syndicat, a affirmé Mohamed chérif Koné. Il dira qu’ailleurs les magistrats séparés ont pu se retrouver au sein d’un même syndicat parfois avec la médiation des magistrats du Mali, et que les greffiers maliens ont donné le bel exemple avec quelques années de dualisme syndical.

« Il est grand temps pour les magistrats de retrouver les forces et ressources nécessaires permettant d’aller à cette unification tant souhaitée par l’ensemble des magistrats maliens dont une grande partie est désemparée ». Il dira que son combat sera l’unification des deux syndicats de la magistrature. Il a estimé que le SAM loin d’être un syndicat coupé de tout, restera très vigilant pour ses revendications, mais en restant ouvert au dialogue pour le bonheur des magistrats maliens.

Pour le représentant du ministre de la Justice, ce 7e congrès démontre de la vitalité et le sérieux du SAM. Il s’est dit rassuré qu’un cadre de collaboration fructueux et heureux sera mis en place avec la ministère de la Justice, et avec les autres syndicats de la justice, le tout dans l’intérêt de la justice malienne.

B. B.

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