Dix ans après son décès : Kady Bagayogo Sanogho plus que jamais présente à l’AMALDEME

16 novembre 2005-16 novembre 2015 ! Cela fait déjà dix ans que les enfants de l’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant (AMALDEME) sont orphelins de Mme Sanogho Kadiatou Bagayogo affectueusement appelé «Kady». Son ombre plane toujours sur cette structure qu’elle a créée en 1984.

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Brave mère de famille, assistante sociale engagée et Dame de cœur, Kadiatou Bagayogo Sanogho a lancé en 1984 cette structure pour offrir un cadre d’accueil et de réinsertion aux enfants nés avec des déficiences et des troubles mentaux. Comme la regrettée Kady Bagayogo, nous le rappelait si souvent, c’est à partir de son expérience personnelle qu’elle a fondé cette association en soutien à tous les parents qui étaient dans la même situation.

Créée le 31 juillet 1984 et reconnue d’utilité publique en janvier 1996, l’AMALDEME est une association humanitaire à but non lucratif regroupant des partenaires dans l’action au service de la justice sociale en faveur des personnes déficientes intellectuelles. «Elle ne cessait de nous rappeler que nul n’est à l’abri d’un handicap dans la vie. Et dans cette existence de plus en plus aléatoire, il est très facile de basculer d’une vie à l’autre», se rappelle sa fille Yasmina Sanogho, qui se bat maintenant pour maintenir le flambeau de ce combat noble depuis la disparition de sa Maman. Un vrai challenge, car, comme le dit l’adage manding, quand «le baobab se couche, les oiseaux se dispersent». Quand Kady s’est éclipsée, sa crainte perpétuelle s’est malheureusement réalisée : une grande partie des partenaires de la structure caritative a tourné dos aux enfants et à leurs encadreurs. À commencer par l’Etat, malgré le fait que Mme Kadiatou Bagayogo Sanogho se soit battue pour que l’AMALDEME soit reconnue d’utilité publique en janvier 1996.

En créant cette structure, la généreuse assistante sociale visait la prise en charge de la problématique de la déficience intellectuelle, la prévention de la déficience intellectuelle, la promotion de la justice sociale et la défense des droits humains des personnes déficientes intellectuelles ainsi que la formation des enseignants spécialisés. L’association s’occupe aussi de la prise en charge éducationnelle et de l’insertion familiale, sociale, économique et professionnelle des personnes déficientes intellectuelles ; de la promotion de leur autonomie par la valorisation de leur personne afin qu’ils puissent s’impliquer dans la conception, l’élaboration et la mise en œuvre des décisions politiques concernant leur vie. L’appui-conseil aux parents d’enfants déficients intellectuels est aussi un axe majeur des objectifs de l’association.

De sa création en 1984 à décembre 2014, elle a accueilli et accompagné 6 745 enfants et adolescents âgés respectivement de 3 mois à 25 ans. L’infrastructure d’accueil se compose d’un centre de prise en charge, d’une maternelle, d’une école spéciale ou encore d’ateliers d’apprentissage. Aujourd’hui, force est de constater avec regret que l’AMALDEME et ses structures décentralisées peinent à atteindre leurs objectifs. Elle fait face à d’énormes difficultés. «Nos difficultés actuelles sont de plusieurs ordres. Elles sont avant tout financières avec le retard de payement des salaires liés au fonctionnement courant… Et cela malgré le fait que nous ayons été obligés de compresser du personnel», nous confiait Yasmina lors d’une interview en 2014. «Nous sommes également confrontés à des difficultés liées aux ressources humaines ave un besoin de formation qualifiante en éducation spécialisée en orthophonie, en ergothérapie et en psycho-motricité», avait-elle poursuivi.

Une précieuse institution se meurt dans l’indifférence

Dans cet entretien, elle avait aussi pointé du doigt l’absence voire  l’insuffisance de matériel éducatif, le manque de matériel de bureautique et l’absence de moyens de transport pour les enfants. À l’époque, l’EDM (Energie du Mali) avait suspendu sa fourniture d’électricité depuis trois  ans déjà pour un montant de dix millions cinq cent quatre-vingt quinze mille francs Cfa (10 595 000 Frs CFA) de (2004 à avril 2011). C’est dire que la structure n’avait ni eau, ni électricité, ni moyen de communication. «Un vrai calvaire pour les enfants et le personnel d’encadrement», avait témoigné Yasmina. Informées et sollicitées, les autorités maliennes tardaient à se manifester.

«Nos besoins réels portent sur la régularisation du payement des salaires, la reprise du fonctionnement du centre (cantine, transport des enfants, fournitures de bureau) et l’établissement de la fourniture d’électricité, du téléphone, fax. Il est aussi indispensable d’assurer la formation du personnel», nous avait précisé Yasmina loin de baisser les bras malgré les difficultés et l’indifférence des uns et des autres. Par la suite, certaines personnalités s’étaient manifestées pour apporter leur soutien à la direction de l’AMALDEME. À commence par la Première Dame, Mme Kéita Aminata Maïga. Lors de sa visite en décembre dernier (10 décembre 2014), elle avait eu droit à un sketch d’accueil contre la stigmatisation dont sont très souvent victimes les enfants déficients mentaux. Une manière pour les enfants de rappeler aux bonnes volontés leur devoir à leur égard.

Consciente des besoins et qu’une bonne action n’est parfaite que si elle est complète, Aminata Maïga Kéita était arrivée avec les mains chargées de cadeaux. Elle avait offert au centre des dons d’une valeur d’environ de deux millions de FCFA, composés de vivres (riz, mil, huile) et de kits de lavage des mains. Mais, ce que l’assistance avait retenu ce jour, c’était la détermination de la Première Dame à remettre le centre debout, en raison de sa spécificité dans l’univers de prise en charge de la déficience chez l’enfant dans notre pays. Et pour commémorer la Journée internationale de l’Enfant (célébrée chaque année le 20 novembre), la Tribune Jeune pour le Droit au Mali (TRIJEUD-Mali) a offert à l’AMALDEME un don composé de vivres. C’était le 19 novembre 2015. «Nous voulons ainsi aider le personnel de ce centre afin que ceux-ci puissent mieux entretenir ces enfants qui, bien sûr, sont comme les autres enfants, mais qui doivent avoir une attention particulière car nous savons qu’ils souffrent de déficiences mentales», a déclaré M. Adiawiakoye du TRIJEUD, qui entend institutionnaliser le projet afin de pérenniser cette donation à la veille de chaque 20 novembre. «Nous bénéficions généralement de ce genre de geste de la part des volontaires occidentaux. Si aujourd’hui des compatriotes ont décidé de nous venir en aide, nous ne pouvons que leur souhaiter bon vent», a déclaré Soungalo Traoré, chef programme de l’AMALDEME. Au nom des enfants bénéficiaires, elle n’a pas manqué de remercier la TRIJEUD-Mali pour son «initiative noble et louable».

La fondatrice Kadiatou Bagayogo Sanogho a pleinement joué sa partition et assumé courageusement son devoir humain à l’égard de ces enfants. La réhabilitation de la structure et à sa prise en charge est aujourd’hui l’affaire de tous. À commencer par le gouvernement qui n’a aucune excuse pour justifier l’indifférence affichée à l’égard des enfants de l’AMALDEME depuis dix ans. La solidarité ne doit pas être «une valeur cardinale de notre société» seulement dans les discours politiques. Cela doit se traduire par des actes concrets au bénéfice de ceux qui le méritent réellement comme les protégés de la très regrettée Kady Bagayogo. L’amélioration des conditions de vie et de travail des enfants déficients mentaux, particulièrement les pensionnaires de l’AMALDEME, doit être une priorité nationale !

Moussa BOLLY

Encadré : faites parler vos cœurs

Les bonnes volontés désireuses d’aider l’AMALDEME peuvent faire parvenir leur aide sur les comptes bancaires suivants : BOA (Banque of Africa) No 00151117993-01 et BDM (Banque du Mali) No 26001040846-70. Le siège social de l’Association est à Lafiabougou-Taliko pour ceux qui souhaitent rendre visite aux enfants ou faire des gestes en espèces ou en nature.

La Rédaction

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