Les exigences des jeunes africains, dont le nombre était en rapide augmentation, se précisèrent au cours de cette période. En francophonie, ils réclamaient la révision d’accords de coopération léonins et l’africanisation des cadres, rendue possible par les énormes progrès de l’éducation et l’explosion urbaine. Ces revendications furent d’abord rejetées: le président sénégalais Senghor exerça une répression violente contre les étudiants de l’université de Dakar en 1968, et à nouveau en 1973; le président Houphouët-Boigny fit de même en Côte d’Ivoire jusqu’en 1992, et ce fut le cas dans bien d’autres pays africains.
Durant ces années, du côté français, les institutions n’avaient le plus souvent subi qu’un habillage de façade masquant leur continuité effective avec la colonisation. Ainsi, le Fonds d’aide et de coopération (FAC), géré par la Caisse centrale de coopération économique (CCCE, devenue depuis lors l’Agence économique) et suivi de près par le ministère français de la Coopération, où l’on continua longtemps de parler des «pays du champ» ou encore du «pré carré» français), avait pris la suite quasi directe du Fonds d’investissement pour le développement économique et social (FIDES) et de la Caisse centrale de la France d’Outre-Mer (CCFOM) naguère contrôlés par le ministère des Colonies d’où la Françafrique.
La longue récession inaugurée par les chocs pétroliers de 1973 et 1979 rendit la progression difficile et heurtée. Il n’empêche: sans que ce fut immédiatement visible, et malgré la répression sévère de régimes dictatoriaux implacables et durables: Mobutu au Zaïre, Eyadema au Togo, etc., le travail souterrain de démocratisation progressait dans la société civile.