Tabaski 2011 / Prêches / Les imams s’inquiètent de la situation sociopolitique

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La Tabaski est la plus grande fête des musulmans, et le prêche qui est dit ce jour est d’extrême importance. Les Imams, dans leurs mosquées respectives, sont montés au créneau pour dire les grandes préoccupations de l’heure. Parmi elles, deux ou trois sont d’extrême urgence : les élections de 2012 qui comportent déjà des signaux de l’incertitude, le nord Mali en situation incandescente et aussi la production céréalière qui est tributaire du déficit pluviométrique.

L’Imam de la mosquée de Sokorodji, ce jour de fête d’Aïd El Kebir, dans son prêche, n’a pas prodigué que la religion. Il s’est voulu aussi collé à une préoccupation réelle des habitants de la cité, à savoir la paix et la quiétude qui n’ont pas de prix et qui rapportent plus que le pétrole. Notre curiosité nous a conduit à la découverte que c’est cela aussi la religion : dire les menaces qui guettent les habitants, ne pas garder le silence sur un danger qui les concerne, jusqu’au moment où il serait trop tard pour l’écarter ou se mettre à l’abri. Mais les problèmes abordés par l’Imam, qui sont les risques de remous sociaux liés aux élections à venir, et les menaces d’embrasement du septentrion malien, suite à la chute du régime de Kadhafi, concernent tous les Maliens, si nous sommes conscients que le Mali nous appartient à nous tous.

 Le prêche de l’Imam de la mosquée de Sokorodji, après vérification, n’était pas un discours isolé, mais il était partagé par presque la quasi totalité des Imams de Bamako et de l’intérieur du pays qui l’ont abordé sous tous les angles, ce jour d’Aïd El Kebir. Les Imams sont, à ne pas en douter, des hommes bien informés sur ces questions de paix, et ils en savent les menaces ainsi que l’urgence qui y est liée. Ce cri de cœur généralisé des imams, donc des leaders islamiques, dans un pays où 90 % de la population est musulmane, n’est pas fortuit et ne pas le prendre en compte relèverait de la cécité dans la gouvernance du pays. Ce n’est pas la première fois que la menace d’un horizon sombre est évoquée concernant notre pays. Depuis la crise postélectorale vécue, hélas par notre voisin du sud, des voix se sont élevées, du milieu politique et de la société civile, pour attirer l’attention sur les dangers réels ou supposés qu’encourt notre pays et ces mêmes voix appelaient à l’organisation d’élections crédibles et transparentes. Cependant à d’autres niveaux, ce fut comme un dialogue de sourds qu’on a voulu entretenir.   

Ces dangers ne sont pas de nature à y faire face le plus tôt possible pour éviter tout débordement et le chaos. L’Etat est une entité organisée tel qu’il y a des responsabilités liées à des fonctions à des degrés différents. La situation interpelle fortement les hautes autorités de l’Etat qui sont responsables en ce qui concernent les élections, le déficit constaté dans leur organisation : absence de fichier crédible, absence de l’opposition à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et association arbitraire du referendum aux élections sans consultation des partis politiques.

Quant à la situation au nord, le Président de la République n’a jamais prêté la moindre importance à la voix des partis politiques dans la gestion des questions sécuritaires, depuis 2006 où a été signé l’accord d’Alger, entre les deux pays et les rebelles du Mali. Aujourd’hui, l’énoncé du problème semble plus compliqué avec de nombreuses équations et d’innombrables inconnues. Des ethnies touareg ne parlant pas le même langage, et se regardant en chiens de faïence, d’autres qui nourrissent tout simplement des velléités sécessionnistes. 

Selon des sources, certains imams ont attiré l’attention sur une famine qui s’annonce dans certains pays sahéliens et qui concernerait notre pays. Sur tous ces problèmes, l’Etat garde un silence de cimetière. Et c’est ça qui inquiète les Maliens avertis.

B. Daou

 

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