Que sont-ils devenus… Abdoul Wahab Traoré dit Bob : Le baobab du karaté malien

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Le karaté est l’une des disciplines des arts martiaux, dont la pratique repose sur la coordination physique accrue et une disposition mentale concentrée. Son essor fut beaucoup plus constaté en Inde, en Chine et au Japon. Les dernières statistiques révèlent 110 millions de pratiquants à travers le monde, dont le Mali. Évidemment nous avons rencontré l’autorité morale du karaté malien, Abdoul Wahab Traoré dit Bob, ceinture noire 9e dan. Il est le plus haut gradé de la discipline au Mali. Pour titrer l’article de Bob, les idées se chevauchaient dans notre esprit. Parce qu’il fallait un titre approprié à la dimension de l’homme. Notre bon réflexe de rencontrer Papa Oumar Diop afin qu’il témoigne sur Abdoul Wahab Traoré nous a facilité la tâche. Comment ? Quelles sont ses impressions sur le grand Bob ? Notre éminent confrère et doyen, l’enfant de Nioro du Sahel dont la passion a contribué au développement des arts martiaux, manque de mots adéquats pour qualifier Bob. Il a fourni un gros effort pour soutenir qu’il est un homme exceptionnel dont le sérieux a permis d’investir son argent, son temps dans le karaté. Selon lui Bob a une dimension sociale qui a su allier vie de père de famille et activités sportives. Pratiquant assidu, exemplaire, très discret d’où l’interrogation de Papa Oumar Diop pour savoir si c’est la pratique du sport qui explique toutes ces qualités. En résumé, Bob incarne la tranquillité, et pour avoir le cœur net, il l’a qualifié de baobab du karaté malien. Notre éminent confrère a lâché l’épithète : baobab. Pourquoi ne pas prendre ladite qualification comme titre ? Nous profitons de cette brèche pour annoncer qu’Abdoul Wahab Traoré est notre héros de la semaine pour l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Nous lui avons rendu visite dans sa famille paternelle, dans le mythique et populaire quartier de Niaréla.

bdoul Wahab Traoré a 48 ans d’expérience dans la pratique et la gestion des sports. Il a occupé les postes de président de la Fédération malienne de yoseikan budo, 1er vice-président de la Fédération malienne de karaté, président de la Commission nationale des grades, médiateur de la Fédération malienne. Expert international, il possède un brevet d’Etat de professeur d’arts martiaux, ceinture noire 9e dan en karaté, ceinture noire 7e dan en yoseikan.

Bob, dans son adolescence et sa jeunesse, était turbulent et ne reculait pas quel que soit le danger. Doté d’un gabarit de boxeur et d’une agressivité rare, chaque fois qu’il se sentait méprisé, il réagissait avec la dernière rigueur. Sa vérité absolue était que dans un quartier populaire, il faut se battre pour éviter d’être une proie facile de sa génération.

Est-ce cette raison pour pratiquer le karaté ? Oui, répond-il. Dans un premier temps l’objectif recherché était le self défense, mais par la suite il s’est rendu compte que c’est un facteur d’éducation, de maîtrise de soi dans la société, même devant les situations de bagarre.

Pour conforter sa puissance dans le quartier, et sa réputation d’“Hercule”, Bob pratiqua la boxe et le judo. Baladji Cissé (l’un des monuments de la boxe malienne) lui a appris les notions sommaires, et il s’entrainait dans le dojo de René Canvel. En 1969, Bob à la recherche de l’efficacité choisit le karaté avec ses camarades d’enfance : Hamed  Doumbia, Ibou Diabaté, Modibo Sidibé dit Capone et Adama Traoré. L’homme a fait le pèlerinage à La Mecque. Malgré tout, ses amis d’enfance continuent de l’appeler “Kafri” (mécréant) tellement il était sans pitié avec ses adversaires.

De compétition en compétition, il passe la ceinture noire en 1976, à l’issue d’un stage animé par le Japonais Taïgi Kazé. Tout est parti de cette première consécration du jeune Adama, à l’époque il avait 28 ans. Bob ne lâche pas prise, il n’a rien ménagé pour se perfectionner à travers les stages internationaux, les combats nationaux et internationaux. Et voilà qu’il est le karatéka le plus gradé au Mali. Bob a reçu la médaille du Mérite sportif à la veille de notre visite chez lui. Cette décoration en tant que telle est une première.

Certes le décret de création de la distinction a été signé sous le règne du président IBK, mais elle n’avait pas été mise en application. Déjà en 2015, Bob a été décoré chevalier de l’Ordre national. Avec cette deuxième décoration quel sentiment l’anime ? Quelle explication peut-il lui donner en tant que sportif ?

“Je suis animé d’un sentiment de joie, de fierté parce qu’il n’est pas donné à tout le monde de recevoir deux décorations dans sa vie. Des sportifs émérites sont décédés dans l’anonymat total. Voilà pourquoi je dois me réjouir une fois de plus. J’explique que c’est le fruit de tout ce que j’ai pu poser comme acte en tant que praticien et dirigeant sportif. Je suis très ravi de cette nouvelle décoration et elle me réconforte”.

Nous profitons d’ailleurs pour affirmer de façon péremptoire que ces deux distinctions reflètent la récompense du mérite pour un homme qui a consacré presque sa vie aux arts martiaux.

48 ans sur 74 mettent en évidence tout l’engagement de ce Monsieur pour l’essor des arts martiaux. Mieux que tout cela Bob dans sa passion pour la discipline a entraîné sa famille. Tous ses fils ont rejoint le cercle de la discipline.

Son premier garçon Ahmed Cheick Traoré est champion d’Afrique en karaté, le cadet Ben Housseyni a été champion ouest-africain plusieurs fois. Cette carrière honorable de Bob est liée à une multitude de bons souvenirs : ses victoires par K. O. parce qu’il évitait toute polémique dans les combats pour une victoire très saine, la culture générale que le karaté lui a inculqué, pour un bon comportement en société, la joie de sa mère quand celle-ci a appris que Bob ne se battait plus avec les gens dans la rue.

Au tableau des mauvais souvenirs, il retient : le départ de son maître, un coopérant français. Ce qui a laissé un grand vide. Et son remplaçant avait un autre style auquel les combattants ne s’adaptaient pas.

Dans la vie Bob aime les arts martiaux, la lecture du Coran, l’élevage et l’agriculture. Il déteste les mauvais comportements de ses enfants dans la rue, les coups de poignard. Il est marié et père de neufs enfants.

O. Roger Tél (00223) 63 88 24 23

 

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