Que sont-ils devenus… Adama Traoré : Cet autre héros de “Yaoundé 72”

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La CAN de Yaoundé 1972 constitue le premier tournant important de l’histoire du football malien. C’est l’unique  fois où notre équipe nationale atteint une finale de CAN. Dès lors on se contente des troisième et quatrième places, avec des interrogations sans réponses immédiates pour le moment. Ce prologue a l’avantage de nous servir de brèche pour annoncer que notre héros de la semaine est un ancien de cette belle campagne des Aigles du Mali. Il s’appelle Adama Traoré, ex sociétaire du FC Bobo Dioulasso et de l’AS Réal de Bamako. Pour rafraîchir la mémoire des ainés sur ce joueur, il est l’un des buteurs  de la  demi-finale contre le Zaïre où les Aigles se sont imposés par quatre buts à trois. Il a marqué le premier but malien à la dix-septième minute.  Milieu défensif, ce jour , l’entraineur Allemand des Aigles, Karl -Heinz Weigang, l’a fait évoluer comme avant-centre, parce que l’infirmerie était garnie. Le fait qu’il s’est valorisé dans ce match n’était pas un fait du hasard. Dans son club il était parfois utilisé comme attaquant de pointe dans les derbys contre le Djoliba  parce que le bastion défensif des Rouges, constitué de joueurs teigneux comme Cheickna Traoré dit Kolo, Mokè Diané, Kidian Diallo et Cheick Sangaré, était indéboulonnable. Adama Traoré très véloce avec une couverture de balle extraordinaire était utilisé comme avant-centre pour défier l’axe des Rouges tenu par  Kolo et Mokè.  Un an et demi après la CAN de Yaoundé, il s’exila en France pour, dit-il, tenter autre chose. Pourquoi s’est- il retrouvé très jeune à Bobo Dioulasso ? Quel fut son parcours ? Quelles étaient les raisons de son retour au bercail ? Son intégration dans l’équipe de l’AS Réal ? En équipe nationale ? Ses analyses sur la défaite des Aigles à la CAN de Yaoundé 1972 ? L’antichambre de l’encadrement technique ? Adama Traoré qui vit en France depuis 1974 nous a livré tous les détails.

C’est à juste titre que la Can de Yaoundé 1972  continuera toujours à animer la galerie de l’histoire du football malien. Cependant un constat : tous les joueurs de cette campagne que nous avons rencontrés dans cette rubrique ont un dénominateur commun dans leurs argumentations. Ils soutiennent que le Mali a manqué de chance. C’est tellement dur à présent, pour certains, qu’ils s’efforcent de ne pas verser de larmes. C’est le cas de notre héros du jour, Adama Traoré. Il ne veut pas se souvenir de cette finale où l’espoir de toute une nation a volé en éclats. Pour lui, les Aigles méritaient mieux qu’une deuxième place. Parce que tous les atouts étaient là : effectif de qualité avec des individualités, la motivation du groupe. Mais hélas !

Adama Traoré

Alors quelle explication peut-il donner à la défaite de l’équipe du Mali ? L’encadrement technique a-t-il été influencé par une autorité ? Les récompenses ? Son avis général sur l’après CAN ? Voilà ce qu’il dit : “La défaite du Mali colle aux aléas du football. On ne saurait gagner tous les matches. Je comprends que dans un match il faut un vainqueur et un vaincu que nous fûmes ce jour de 5 mars 1972. Il faut l’accepter, Dieu l’a voulu ainsi. Je n’ai pas connaissance que l’encadrement technique ait été influencé ou infiltré par qui que ce soit pour imposer tel ou tel joueur. Comme récompense, l’Etat a donné à chacun de nous une moto de marque CT, quelques billets d’argent, surtout pas de terrain à usage d’habitation. Cela n’était pas peu, mais les autorités du pays devaient faire mieux pour motiver ces jeunes valeureux de la nation”.

C’est en pleine effervescence  juvénile avec ses amis dans la région de Sikasso que le jeunot Adama Traoré décide de s’aventurer à Bobo Dioulasso. C’était pour apprendre la mécanique. A  l’époque, il avait quinze ans. Cela peut paraitre incompréhensif qu’un adolescent quitte ses parents pour sauter dans l’inconnu. Il ressort de ses explications qu’après son admission à l’entrée en septième année, il n’avait plus l’intention de continuer les études. Voici la raison fondamentale qui l’a poussé à tenter l’aventure.

Une fois sur place chez  sa tante où il logeait, le jeune Adama a eu juste le temps de s’acclimater. Il est envoyé dans un garage, comme apprenti mécanicien. Puisqu’il avait aussi l’intention de jouer au ballon, il s’arrangeait toujours à descendre tôt pour s’entrainer avec le club de la ville. Adama n’avait que seize ans et demi quand il faisait son premier test au FC Bobo Dioulasso. Un essai concluant pour avoir été titulaire quelques semaines seulement après son arrivée et pour ensuite porter le brassard de capitaine. Il aura passé six ans dans ce club qui jouait les premiers rôles des compétitions nationales sans trophée. En 1969, un grand frère décide de lui rendre visite pour s’enquérir de ses nouvelles. Adama en profita pour dévoiler à son ainé l’intention de retourner à Bamako pour jouer au ballon et chercher du travail, en sa qualité de mécanicien confirmé. Il avait vingt-trois ans, l’âge requis selon lui pour donner une visibilité à son talent. Mais il n’avait pas le football comme seul projet. Avec une qualification, c’est à juste titre qu’Adama Traoré, en sa qualité de mécanicien confirmé, a travaillé d’abord à la Sonatam, à la Régie des Chemins de Fer et dans un garage à Quinzambougou.

Bien sûr que le grand frère contacte Idrissa Touré dit Nany pour le cas de son cadet. Celui-ci donne son accord, seulement faudait-il qu’Adama fasse un tour au terrain d’entrainement des Scorpions. Il rejoint le bercail et séduit d’emblée par son gabarit, son efficacité comme milieu défensif et sa capacité de polyvalence. Des atouts mis en valeur dans un groupe composé de Fanta Mady Kéïta, Ousmane Traoré, Idrissa Maïga dit Métiou, Seydou Traoré dit Guatigui, Oumar Thiam, etc …

Avec le Réal il remporte le titre de champion en 1969, intègre l’équipe nationale la même année pour ne la quitter qu’en 1974. C’est ce moment qu’il choisit  pour aller  en France. Entre  temps, il avait joué la CAN de Yaoundé, les éliminatoires de celle de 1974 et des Jeux Africains.

Dans l’hexagone, il joue dans une équipe de troisième division, “Rapide de Mento”. Une blessure au genou entrave sa progression. Ce qui l’oblige à mettre un terme à sa carrière et à tenter autre chose. C’est à dire un emploi. Chose qu’il réussit avec son recrutement à la “Mairie Cagnes sur Mer”. Il a fait valoir ses droits à la retraite en 2012. Adama Traoré est marié et père de quatre enfants. Dans la vie, il aime la simplicité, la franchise et déteste l’hypocrisie.  La difficile équation pour notre héros de digérer à présent le faux pas des Aigles en 1972, fait-il que sa carrière n’a pas connu de bons souvenirs ? Non, répond-t-il. Il pense que la vie est une succession de plusieurs événements, parfois désagréables. Face à de tels phénomènes, il est impérieux de les surmonter pour pouvoir progresser et poser d’autres jalons dans le bon sens. Comme souvenir il retient ses débuts à Bobo Dioulasso, avec ses amis, à l’AS Réal et les différentes campagnes de l’équipe nationale.

En plus de la CAN de Yaoundé, Adama Traoré pense encore à sa blessure au genou comme un très mauvais souvenir.

O. Roger (00223) 63 88 24 23

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