Kadhafi, suite mais pas fin

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L’escadrille française peut se bomber la poitrine : elle a fait 26 000 sorties en Libye, n’a perdu aucun appareil ni soldat. La « légion démocratique » peut rentrer chez elle, maintenant que le vase communicant Otan-Cnt a broyé Kadhafi. A côté, les victimes libyennes de ses frappes ne comptent pour du beurre. Pour ce qui est de la Syrie martyr et martyrisée, on repassera.

Pour l’instant, l’Otan est fatiguée de ce qui, au lieu d’être la promenade annoncée, fut un vrai parcours du combattant et puis, le porte-avions qu’est devenue l’Onu n’a pas encore mis à prix la tête d’Assad, l’imperturbable tueur de peuple. Mais l’expédition libyenne, si elle a une fois de plus permis de tester des armes à la précision chirurgicale, ne libère pas véritablement la Libye.

Car la fin atroce et extra judiciaire de Kadhafi est une honte. Et c’est bien piètre argument que de rétorquer ceci : bien fait pour lui, car l’ancien guide ne s’était jamais senti, lui non plus, tenu par la déclaration universelle des droits de l’homme. Car c’est justement au nom de ces valeurs que l’Etat libyen a été envahi. Contre l’ignominie de tirer sur son propre peuple.

Contre la confiscation des libertés. Contre le fait du prince. Que mettra-t-on demain dans les manuels d’histoire pour les jeunes Libyens qui n’auront connu que l’ère de la liberté ? Ensuite, Mahmoud Djibril l’a dit et beaucoup d’Etats africains l’ont expérimenté à leurs dépens : gérer la diversité et la différence est bien plus facile sous l’autoritarisme où le peloton d’exécution fait office de modérateur principal que sous le projet démocratique qui, lui, valide plutôt l’arme du débat, du dialogue et de la persuasion, une culture à encore ancrer.

En attendant, il faudra bien animer une démocratie sans démocrates. De Tripoli à Yaoundé, en passant par Tunis et Hararé, s’accrocher aux oripeaux de la gouvernance libérale plutôt qu’à sa substance et à ses obligations, est bien une verrue africaine. Le Cnt pour lequel il a été plus facile de refroidir Kadhafi que de composer un gouvernement, le sait et il pressent des lendemains pas automatiquement enchanteurs pour la Libye « libérée ». Autre crainte pour les palais arabes surtout : le mur de la peur est franchi dans les dictatures off-shores où jusque-là la rue avait droit soit aux grosses cylindrées soit à un minimum démocratique. Sidi Bouzid, c’était pour le pain et la liberté, Benghazi pour la dignité et l’alternance, Bahrein pourrait être pour l’équité, Ryad contre les princes octogénaires. La dépouille de Kadhafi, dans ce sens, rouvre les débats sur la gouvernance de la nation arabe.

Adam Thiam

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