Mamadou Koné, Directeur général de l’ANASER: «Il y a plus d’un million de motos au Mali, mais peu de conducteurs casqués»

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L’insécurité routière est devenue un fléau dans notre pays. La route, de plus en plus, tue et provoque des handicaps à vie, en particulier dans la couche des jeunes. Le nombre d’accidents de la route s’est accru avec l’augmentation considérable du nombre d’engins à deux roues qui circulent. Pour mieux nous imprégner de la stratégie élaborée pour réduire les risques liés aux accidents de la circulation routière, notamment en ce qui concerne le port du casque, nous avons tendu notre micro au Directeur général de l’Agence Nationale pour la Sécurité routière, Mamadou Koné. Lisez plutôt.

22Septembre: Pouvez-vous nous présenter votre structure? 
Mamadou Koné: L’ANASER est un établissement public à caractère administratif,  créé par l’Ordonnance n°09-003/P-RM du 9 février 2009, ratifiée par la loi n°09-006 du 5 juin 2009. Sa création est l’une des mesures phares de la lutte contre l’insécurité routière. Ses textes sont relatifs à la création, à l’organisation et aux modalités de fonctionnement de ladite Agence.

L’Agence Nationale de la Sécurité Routière (ANASER) a la mission de promouvoir et renforcer la sécurité routière et de contribuer à l’amélioration des conditions d’exploitation du réseau routier. A ce titre, elle veille notamment à assurer, en rapport avec les autres services, le respect des règles en matière de circulation et de sécurité routière et des normes d’exploitation des véhicules routiers. Elle  entreprend des actions de formation, d’information, de communication à l’intention des usagers et à gérer la banque de données de la sécurité routière. Principalement, l’ANASER a pour mission de participer à la définition des règles en matière de circulation et de sécurité routière et veiller à en assurer le respect, de veiller au maintien des véhicules routiers en bon état technique, de contribuer à l’application des normes d’exploitation des véhicules routiers, de contribuer à l’exploitation optimale et sécurisante des voies routières ouvertes à la circulation publique et d’entreprendre toutes études nécessaires à l’amélioration de la sécurité routière et toutes actions de formation, d’information, de communication et de sensibilisation des usagers de la route entre autres.

22Septembre: Il est de plus en plus question de la promotion du port du casque, en ce qui concerne les engins à deux roues. Quelles en sont les raisons?
MK: Vous savez, au niveau des accidents des engins à deux roues, 70% des victimes sont tuées par traumatisme crânien, 2/3 des victimes souffrent de séquelles et 50% des accidentés sont des jeunes. C’est dire qu’il faut corriger le problème. Il s’agit pour nous de les sensibiliser, car, quand on tombe, il n’y a pas que le bras ou la jambe qui peuvent se casser. Or, en cas de traumatisme crânien, il est très difficile de s’en sortir et, pire, dans les hôpitaux, il y a même un déficit en matériel. C’est pourquoi de la célébration de la Décennie de la sécurité routière, le Président de la République a insisté sur le port du casque. Pour ce faire, nous avons élaboré une stratégie. Dans celle-ci, nous avons décidé que tous les opérateurs économiques puissent importer des casques. Nous sommes dits qu’il fallait permettre à tous les commerçants de le faire, pour les rendre plus accessibles à la population. On ne peut pas faire la promotion du port du casque sans en distribuer quelques uns à certaines personnes. Cela pour amener les gens à venir avec nous et pour qu’ils sachent qu’il ne s’agit pas seulement du respect d’une législation mais aussi une nécessité individuelle. Nous allons effectuer la sensibilisation à grande échelle pour le port du casque, à travers toutes les couches sociales, armée, jeunes, femmes et journalistes, entre autres, et nous avons des actions en préparation dans ce sens. Nous nous sommes donnés un an pour que tous les Maliens propriétaires d’engins à deux roues portent des casques.

22Septembre: On se rend compte que le marché malien est inondé de casques, mais quels sont les modèles adaptés aux motocyclistes maliens?
MK: Il faut savoir qu’il y a 4 types de casques: le casque intégral, le casque ouvert, le demi-casque et le casque tropical. Tous ces casques protègent bien. Le casque remplit trois fonctions principales. Il atténue, en cas de choc, le déplacement du cerveau dans la boite crânienne, car le cerveau, à l’intérieur, ne fait normalement pas de mouvement. Il répartit la force du choc sur la tête. Les zones les plus résistantes de la tête, qui n’entraînent pas de dommage corporel, encaissent le choc. Mais il y a des zones sensibles: une fois qu’elles sont touchées, c’est la mort. Le casque empêche la tête de toucher le sol ou des objets contondants en cas d’accident. Les 4 modèles de casques doivent respecter la décision n°06-41/MIC-SG du 3 octobre 2006, portant sur les caractéristiques d’aptitude à l’emploi des casques de protection pour les conducteurs et les passagers de motocyclettes et vélomoteurs. En la matière, la couleur du casque est aussi importante. Les couleurs conseillées sont les couleurs claires et visibles, comme le rouge, le blanc, le jaune, le bleu clair. Par contre, la couleur noire est déconseillée, parce qu’on ne l’aperçoit pas de loin.

22Septembre:  Avez-vous un appel à lancer à la population?

MK: Un appel tout d’abord à l’ensemble des importateurs de motos et de casques, pour qu’ils ne vendent plus de motos sans casques. Il faut inclure le prix du casque dans celui de la moto. Il y a plus d’un million de motos, mais pas un million de casques au Mali. Au besoin, dans les familles, on  peut exiger: pas de casque, pas de moto. Il n’y aura pas de monopole dans la vente des casques. J’en appelle à tous les parents, hommes politiques et décideurs, pour un sauvetage de la jeunesse malienne. Chacun doit jouer sa partition. La première cause de mortalité des jeunes de 15 à 20 ans, selon les statistiques de l’OMS, ce sont les accidents de la circulation.

Entretien réalisé par Youssouf Diallo

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